La ramulariose de l’orge en une fiche
Quand les premiers symptômes de ramulariose apparaissent entre épiaison et fin floraison sur les feuilles d'orge les plus exposées à la lumière, la maladie ne peut plus être contrôlée. La lutte ne peut être que préventive, et le traitement phytosanitaire, à décider a priori.
Pourquoi s’inquiéter de la ramulariose ?
La ramulariose concerne aujourd’hui toutes les régions françaises, et est favorisée par un printemps humide et frais. Des conditions rencontrées notamment en 2024 où la pression a été historiquement forte en orge d’hiver ; la ramulariose ayant atteint l’épi, une transmission par les semences n’est donc pas à exclure en 2025.
Les nécroses sévères sur toute la surface foliaire entraînent des pertes de rendement qui se chiffrent en moyenne à 15 q/ha, et jusqu’à 25 q/ha dans les situations les plus graves (sur variété sensible non traitée, en conditions climatiques favorables).
Développement de la maladie
- La contamination : la maladie démarre à l’automne mais progresse sans symptômes apparents jusqu’au début de la floraison de l’orge. Lorsqu’elle est transmise par la semence, les trois premières feuilles sont systématiquement contaminées.
- Le développement : à la floraison de l’orge, le champignon produit en grande quantité un métabolite, la rubelline. Une fois activée par la lumière, cette molécule phytotoxique photosensible détruit les parois cellulaires et accélère la senescence des feuilles. Elle détruit aussi la chlorophylle, d’où la présence de chloroses. Le dessèchement très rapide des feuilles s’accompagne de la sporulation du champignon. La répartition des plantes atteintes est homogène dans la parcelle.
- La propagation : les spores produites sur les tissus nécrosés sont véhiculées par le vent et contaminent ainsi de nouvelles plantes : diverses céréales à paille mais aussi les graminées sauvages, notamment le chiendent. Les épis peuvent être contaminés dès le début de la floraison. Le champignon peut se maintenir tout l’été sur la semence qui peut donc transmettre la maladie. Les repousses d’orge et les graminées adventices peuvent aussi maintenir le champignon tout au long de l’été jusqu’à l’automne.
Situations à risque de ramulariose
- Variété sensible à cette maladie (schéma) : le risque parcellaire est essentiellement conditionné par la sensibilité des variétés à la ramulariose. Hélas, la majorité des orges y sont assez sensibles, en particulier les orges de printemps irriguées.
- Conditions humides et fraiches autour de l’épiaison, en particulier les périodes humides fin mai-début juin coïncident régulièrement avec des attaques sévères. Les captures de spores dans l’air sont corrélées à la pluie ; toutefois, il semble que de simples rosées puissent suffire à assurer son développement.
- Présence de plantes-hôtes (graminées sauvages) et de repousses d’orge.
- Épis touchés : le champignon peut se maintenir sur les semences qui transmettront la maladie.
Symptômes de ramulariose
Les premiers symptômes n’apparaissent habituellement qu’à partir de la floraison, et peuvent être confondus avec ceux de l’helminthosporiose. Mais dans certaines situations, ils sont visibles dès la montaison.
Ce sont des taches brunes de 1 à 2 mm de large qui suivent les nervures. De forme plutôt rectangulaire, ces taches sont entourées d’un halo jaune de chlorose, d’où un aspect en « taches de léopard » ; elles sont visibles sur le dessous de la feuille aussi. En revanche, contrairement aux nécroses de l’helminthosporiose, ces taches restent courtes : 2 à 5 mm de long. Elles se multiplient rapidement tandis que les feuilles se dessèchent. Les nécroses faites par les grillures sont superficielles et principalement visibles sur la face de la feuille exposée à la lumière, contrairement aux taches de la ramulariose qui traversent la feuille.
L’origine du nom de la maladie provient de la forme en col de cygne des fructifications de R. collo-cygni. En conditions humides, ces fructifications sont habituellement visibles seulement sur la face inférieure des feuilles. À la loupe, à proximité des taches brunes matures, on distingue des alignements de petits bouquets de « poils » blancs. Ils sortent des stomates et portent les spores. Plus la feuille est sénescente, plus les fructifications ont des chances d’être visibles.
Malgré la sénescence du feuillage, les nécroses restent bien visibles sur les deux faces de la feuille.
En image
Protection
Lorsque les symptômes apparaissent sur les feuilles les plus exposées à la lumière, entre l’épiaison et la fin de la floraison, la maladie ne peut plus être contrôlée. La lutte ne peut être que préventive, et le traitement phytosanitaire est à décider a priori.
EN PRÉVENTIF
- Éviter de semer une variété très sensible si le risque de maladie est élevé. Parmi les variétés d’orges d’hiver les plus largement cultivées, Pixel et KWS Faroy sont particulièrement sensibles.
- Allonger la rotation au-delà de deux ans et limiter les cultures-hôtes (céréales à paille). Dans tous les cas, attendre deux ans avant le retour de l’orge.
- Retarder la date de semis pour les variétés d’hiver. Cela diminue la durée totale d’exposition des cultures au champignon.
- Éviter les excès d’azote et les semis denses. Ils favorisent une forte biomasse qui entretient un microclimat humide favorisant la propagation de la maladie.
LUTTE CHIMIQUE
La lutte contre la ramulariose s’effectue dans le cadre de la protection chimique globale des orges contre les maladies foliaires. Cette protection est toutefois moyennement efficace. R. collo-cygni est, en effet, devenue très rapidement résistante aux strobilurines, et sa résistance aux SDHI est généralisée.
- En orge d’hiver, les substances actives qui restent les plus efficaces sont des IDM : prothioconazole ou méfentrifluconazole. Lors du second traitement au stade « Sortie des barbes », l’ajout de folpel (multisite) apporte un supplément d’efficacité sur ramulariose.
- En orge de printemps, quand l’helminthosporiose n’est pas la cible principale de la protection globale contre les maladies foliaires, la ramulariose est contrôlée avec une association SDHI + IDM appliquée au stade « Dernière feuille étalée ».
- Traitement de semences : il n’y a pas de traitement de semences efficace pour lutter contre la ramulariose. L’utilisation d’un SDHI en traitement de semences (sédaxane, fluxapyroxade, fluopyram), même à faible dose, exerce potentiellement une pression de sélection : il ne faut alors plus utiliser de SDHI lors des applications ultérieures de fongicides.
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