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Récolte de maïs ensilage

Maïs fourrage 2020 : un cru correct à l’Ouest, très hétérogène du Centre à l’Est

23 novembre 2020
Après un été difficile, les rendements du maïs fourrage sont meilleurs que prévus. Côté qualité, la situation est très contrastée : des maïs bien pourvus en grains et riches en amidon à l’Ouest et dans la bordure maritime Nord, jusqu’à des maïs avec très peu de grains dans le Centre et l’Est. La digestibilité des tiges et des feuilles est également très variable, en fonction notamment de la date de récolte.

Les surfaces françaises de maïs fourrage restent relativement stables en 2020, autour de 1,4 million d’hectares.

Les semis ont été réalisés en deux temps : une partie avant le 20 avril, principalement dans le Nord et l’Est, et du 6 au 25 mai. Les derniers semis ont parfois été réalisés dans le sec avec de mauvaises levées. Mais les températures supérieures aux normales d'avril à début juin ont permis des levées rapides et homogènes et, globalement, une bonne installation des cultures.

Les floraisons sont observées avec quelques jours d’avance. A ce stade, les maïs présentaient un bon développement végétatif, à l’exception des régions où le déficit hydrique observé dès mi-juin avait déjà affecté la croissance des plantes (nord de la région Centre, Haute-Normandie, Est Picardie). Le mois de juillet a été très sec, partout en France, mais sans excès de températures. La fécondation s’est globalement bien déroulée. Le retour de la pluie, à partir de début août, a surtout concerné l’Ouest et la bordure maritime nord. Dans ces régions, les conditions de fin de cycle ont été très favorables au remplissage des grains. Ailleurs, le déficit hydrique persistant s’est soldé par des avortements de grains qui ont affecté le rendement et la teneur en amidon des maïs.

Figure 1 : Bilan hydrique (P-ETP) du 11 juin au 20 août 2020

Malgré une période sans pluie de début juillet au 10 août, la région Ouest et la bordure maritime nord sont relativement épargnées par le déficit hydrique estival en 2020.

Des rendements meilleurs qu’en 2019

Les premiers chantiers d’ensilage ont commencé tôt, avant mi-août, dans certains secteurs du Centre-Ouest et de Rhône-Alpes où les maïs commençaient à se dessécher.

Le retour de la pluie et la baisse des températures ont ensuite ralenti la maturation des maïs. Les chantiers se sont prolongés jusqu’à mi-octobre dans la bordure maritime nord. Plusieurs périodes de coups de vents (mi-août, puis début octobre) ont provoqué de la verse, notamment en Bretagne et Basse-Normandie. Les derniers chantiers ont été sérieusement ralentis, avec un peu de pertes au champ.

Dans les régions où la sécheresse a commencé dès le mois de juin (Centre, Lorraine, Hauts-de-France et Haute-Normandie), la variabilité des rendements est parfois très forte dans un même secteur (de 5-6 à plus de 15 t MS/ha) selon la profondeur de sol, la localisation des orages…
Dans les autres régions, malgré une période d’au moins 5 semaines sans pluie autour de la floraison, grâce à une réserve du sol reconstituée au mois de juin, les cultures ont pu attendre le retour des pluies début août. Avec des gabarits corrects et un bon remplissage des grains, les rendements observés sont bons en moyenne, meilleurs qu’en 2019, avec des maïs assez bien pourvus en grains.

Tableau 1 : Rendements 2020 et pluriannuels (moyenne 2015-2019) du maïs fourrage par régions françaises (par ordre décroissant de surfaces)

Sources : Surfaces et rendement pluriannuel 5 ans : Agreste au 01/10/2020 - Rendement 2020 : Agreste-ARVALIS

Une teneur en matière sèche parfois élevée

Sur la base des conditions pédoclimatiques, quatre grandes zones ont été dessinées en France pour affiner le bilan qualité des maïs fourrages récoltés :
• « Bordure Manche » : Bretagne + Mayenne, Normandie, Hauts de France + Ardennes,
• « Centre-Est » : Grand-Est (sauf Ardennes), Bourgogne Franche-Comté, Centre - Val de Loire + Sarthe, Auvergne–Rhône-Alpes, Limousin,
• « Centre-Ouest » : Pays de la Loire (sauf Mayenne et Sarthe), Poitou-Charentes,
• « Sud-Ouest » : Nouvelle-Aquitaine, Midi-Pyrénées + Aude

La teneur en matière sèche (MS) moyenne à la récolte, à 33,7 % MS, est conforme aux préconisations. Cependant, l’hétérogénéité reste importante et bon nombre de maïs ont été récoltés tardivement : 37 % des chantiers d’ensilage ont été réalisés à plus de 35 % MS, en particulier dans le Centre, en Bourgogne-Franche-Comté et Rhône-Alpes. Dans ces régions, les teneurs en amidon sont pourtant faibles à moyennes, ce n’est donc pas le grain qui a tiré la matière sèche vers le haut mais plutôt le desséchement de l’appareil végétatif.

Ailleurs, malgré des teneurs en grains correctes (Centre-Ouest) à élevées (Bordure Manche), le stade de récolte a été globalement bien maîtrisé, notamment grâce à des températures modérées en fin de cycle.

Des maïs moyennement pourvus en amidon

La teneur moyenne en amidon est de 28,3 % (± 6,5 %) à l’échelle France, inférieure de 1,4 point par rapport à 2019. Comme l’année passée, une très grande variabilité entre les régions est observée. Les maïs récoltés sur la bordure Manche et en Aquitaine sont globalement bien pourvus en grains, avec de bons rendements, et relativement homogènes. En revanche, les teneurs en amidon sont plus limitées dans les autres régions. Sur la zone Centre-Ouest, les maïs présentaient dans l’ensemble de bons gabarits et les rendements sont très corrects. Le retour des pluies à la mi-août a permis d’assurer le remplissage des grains dans de bonnes conditions, excepté dans les terres les plus superficielles où les maïs avaient déjà été ensilés. La teneur en amidon moyenne sur cette zone, à 25,6 % (± 7,7 %), est donc assez variable.

Sur la zone Centre-Est, la teneur en amidon moyenne des ensilages de maïs est de 24,1 % (± 7,6 %), avec une très forte variabilité intra-région.

Les régions Lorraine, Champagne-Ardenne, Bourgogne et Centre-Val de Loire ont été particulièrement touchées par le déficit hydrique persistant jusqu’à la récolte. L’hétérogénéité constatée intra- région s’explique par des différences de potentiel de sol, des orages très localisés dans certaines zones et la possibilité d’irriguer ou non.

Des fibres encore bien digestibles à la récolte

La digestibilité des fibres (dNDF) est bonne cette année, avec une moyenne de 53 % (± 3,6 %), soit un point de plus qu’en 2019. Ce haut niveau de digestibilité des fibres se retrouve notamment dans les régions où les ensilages ont été récoltés précocement (Centre-Est), qui présentent un niveau de dNDF moyen de 56,1 %, soit 3 points de plus que le moyenne nationale. Sur ces secteurs, les ensilages ont commencé très tôt, parfois début août, alors que les plantes commençaient à dessécher sur pied. La qualité des fibres de ces plantes jeunes a ainsi été préservée de la sénescence accélérée de la fin de cycle.

Comme l’an passé, les ensilages réalisés sur la zone Bordure Manche présentent une digestibilité des fibres inférieure à la moyenne nationale à cause d’une durée de cycle plus longue. Le niveau de digestibilité des fibres est intermédiaire dans les régions Centre-Ouest et Sud-Ouest.

Des valeurs alimentaires correctes

La teneur en matière azotée totale (MAT) des ensilages de maïs est proche de celle obtenue en 2019, avec en moyenne 7,5 % (± 1,0 %). Là encore, l’hétérogénéité inter-régionale est forte et négativement corrélée au rendement : de 7,2 % en bordure de Manche à 8,1 % MAT sur la zone Centre-Est. Outre l’effet dilution par le rendement (facteur explicatif majeur), rappelons que la qualité d’implantation (enracinement) et la minéralisation de l’azote du sol, notamment avant la floraison, sont aussi des facteurs explicatifs de la teneur en MAT.

Les valeurs azotées moyennes sont de 46 g/kg MS de PDIN et 68 g/kg MS de PDIE.

La teneur en UFL (2007) des maïs fourrage à l’échelle nationale est en légère baisse (- 0,01 UFL/kg MS) par rapport à l’année dernière. En 2020, elle s’élève à 0,91 UFL/kg MS (± 0,03). Plus d’un tiers des ensilages de maïs présente une valeur énergétique inférieure à 0,90 UFL/kg MS, peu adaptés pour des animaux hauts productifs. L’origine de cette énergie est assez variable selon les régions. On retrouve ainsi des maïs plus typés « amidon » sur les zones Bordure Manche et Sud-Ouest, mais avec une fibre un peu moins digestible, bien que le niveau absolu soit tout à fait correct. La bonne digestibilité des fibres des ensilages de maïs du Centre-Est permet de compenser la plus faible teneur en amidon pour maintenir une valeur énergétique correcte. Sur ce secteur, les rendements font néanmoins défauts, avec des niveaux inférieurs de 1,5 à 2 fois ceux observés sur la bordure Manche et sur la façade Ouest. Intra-zone, de fortes disparités sont toutefois constatées sur le niveau énergétique, et surtout sur l’origine de l’énergie (amidon ou fibres). Au vu de la variabilité intra-région, cette année encore, la valeur énergétique du maïs fourrage et les teneurs en amidon et en fibres digestibles doivent être prises en compte pour caler les rations !

Tableau 2 : Caractéristiques qualitatives des maïs fourrage 2020 par zone géographique

La base de données constituée rassemble 11599 analyses de fourrages effectuées par 25 organismes : Wisium, MiXscience, Sanders, Evialis, Nutrea, LG, Laboratoire CESAR, Neolait, Nealia, Lorial, Provimi, Germ-Services, Océalia, Alicoop, Seenovia, DFP Nutraliance, Terrena, IDENA, Littoral Normand, Eilyps, Optival, Oxygen, Feedia, Union laitière de la Meuse, RAGT Plateau central.

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2 commentaires 07 décembre 2020 par MOUREAUX

Bonjour, Demain encore plus qu’aujourd’hui, l’autonomie fourragère passera certainement par une diversité de solutions. Le maïs fourrage en fera encore partie, dans beaucoup de régions. Quand il n’y a pas un minimum de pluie dans la période sensible, les rendements sont certes réduits Mais quel autre fourrage peut produire autant, dans les mêmes conditions météo et en 1 seule récolte ? Un ou deux épisode orageux en été permettent d’obtenir beaucoup plus…et de sécuriser ses stocks. (quels sont les rendements mini-maxi chez vous ?) La profondeur du sol et le précédent (les meilleurs maïs sont après prairies..) jouent évidemment, mais aussi, comme vous le soulignez très bien, l’itinéraire cultural. Notamment la date de semis (et une précocité variétale adaptée, pour avoir une floraison précoce), la date d’apport du fumier, de destruction du couvert…tout ça a un impact très important sur le rendement, surtout quand l’été est sec ! Et on ne peut gagner sur tous les tableaux à la fois, rechercher un gros rendement avec les dérobés et optimiser la culture du maïs… Dans les situations où le maïs fourrage ne dépasse jamais les 10-12 t MS/ha, le sorgho fourrager est à tester. Pour les autres solutions, il s’agira de profiter de toutes les opportunités (parfois plus facile à écrire qu’à faire…). Quelques exemples : exploiter l’herbe tôt en sortie d’hiver ou tard à l’automne ? pour compenser l’absence de pousse estivale. Quand les conditions météo le permettront… Implanter des cultures dérobés d’été ? Réussite conditionné par un minimum de pluie à l’implantation... Implanter des méteils dans la période de repos végétatif des prairies ou luzernières ? (pratiqué, par exemple, en Pays de la Loire). Profiter des hivers plus doux pour produire des fourrages et conforter ses stocks… Chez Arvalis, nous travaillons sur ces différentes pistes dans nos fermes expérimentale Arvalis, et avec des partenaires. Michel Moquet - Hugues Chauveau, ARVALIS

24 novembre 2020 par ROEDERER

Confirmation cette année de la grande sensibilité du maïs aux conditions de culture: profondeur du sol, préparation, date de semis, fumure, couverts précédant le maïs, répartition des quelques rares pluies ou non, vents dessèchants estivaux, implantation avec ou sans récolte(s) de dérobées, etc... Bien qu'étant satisfait de ma récolte de maïs cette année (quantité et qualité), j'ai dû compléter ma surface avec celle d'un voisin (content, j'espère, de ne pas avoir à récolter en grains), je commence à sentir que le maïs va de plus en plus souvent être en difficulté pour couvrir les besoins fourragers de mon troupeau laitier. J'observe aussi que les conditions estivales ne permettent plus une pousse correcte des prairies, donc on ne peut compter sur l'herbe non plus...Par quoi donc remplacer le maïs progressivement (parce que, pour l'instant, je ne vois rien qui puisse faire l'affaire...)? Avez-vous des idées ? Sachant que l'indépendance fourragère est ce qui nous permet de gagner notre vie, et donc, est la priorité des priorités. PS: pour les années à venir, je pense que disponibilités en pulpes de betteraves, en pommes de terre et autres sont fortement compromises pour différentes raisons....!

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