Une haie gérée durablement est rentable
Dans un contexte énergétique tendu, le bois retrouve ses lettres de noblesse tant auprès des collectivités que de l’industrie. À ce titre, la haie peut redevenir une ressource productive pour les agriculteurs. À condition de la gérer durablement.
Dans le dossier
• Entre rendement et énergie : les défis de l’agrivoltaïsme pour les exploitants
• Arvalis expérimente l’agrivoltaïsme pour guider les agriculteurs
• Bois-énergie : une haie gérée durablement est rentable
• Valoriser une ressource plutôt que de la perdre
• Filière miscanthus : un marché qui s’installe pas à pas
• Contrats de revente d’énergie : « Bien négocier la promesse »
• Méthanisation : la filière atteint un point de bascule
• CIVE : « Ma meilleure marge nette »
Frein à la mécanisation, alliée contre le vent ou l’érosion, réservoir de biodiversité, consommatrice de main-d’œuvre… La haie ne laisse que rarement indifférent dans les exploitations agricoles. Si le verdissement de la PAC ou les problématiques environnementales locales lui ont donné un nouvel élan, elle reste toutefois une denrée affaiblie. « D’après le rapport du CGAAER datant de mai 2023, qui sont les derniers chiffres en notre possession, nous perdons encore chaque année 23 500 km de haies », relève Fanny Duperray, responsable Stratégie & Relations publiques au sein du Réseau Haies France.
Pourtant, en dehors de ses services écosystémiques, la haie peut aussi (re)devenir une ressource productive, sur un marché de l’énergie en plein bouleversement. C’est par exemple la conviction de la société coopérative Eden, en Seine-Maritime. En une vingtaine d’années, elle a vu son activité passer d’une dizaine de tonnes de bois déchiqueté par an à plus de 4 000 tonnes aujourd’hui.
Structurer l’offre dans la durée
« L’énergie reste un marché tendu quand on veut sortir de l’autoconsommation », relève Christophe Gauffre, le directeur d’Eden. La filière se développe lentement. Les collectivités, via leurs chaudières et réseaux de chaleur, restent les acheteurs les plus actifs : elles représentent environ 50 % du marché. Mais l’industrie se montre elle aussi intéressée. S’ajoute à cela une demande naissante sur le marché de l’élevage, la plaquette pouvant être utilisée comme litière, pure ou associée à de la paille.
Face à cela, la structuration de l’offre reste primordiale. « Il faut éviter absolument les effets d’opportunités, avec, par exemple, des arrachages », plaide Christophe Gauffre. « La production de bois-énergie doit se raisonner à l’échelle de l’exploitation, comme un projet intégré au système agricole. Cela suppose de travailler sur des haies vivantes et d’avoir un plan de gestion durable sur au moins 15 ans. »
Outre l’effet structurant de l’offre, cette démarche de moyen terme - voire de long terme - présente aussi l’avantage de rendre la haie rentable. « Beaucoup d’agriculteurs ne voient la haie qu’à travers le passage du lamier ou de l’épareuse », soulève Alexandre Cesari, chargé de mission au sein du Réseau Haies France. « C’est un entretien qui est coûteux, de l’ordre de 300 à 400 €/km/an, et qui est surtout néfaste et destructeur pour la haie. La valorisation économique de la haie n’est valable que si elle est gérée durablement. »
Gestion durable, gestion rentable
Cela suppose quelques concessions, dont la première est d’accepter de laisser de la place à la haie. « Si elle ne fait pas au moins 3 mètres de large, la haie ne sert à rien », résume Christophe Gauffre. On parle même d’une largeur de houppier supérieure à 6 mètres. De même, l’entretien doit stimuler la pousse du bois et pas l’inverse. Exit donc toute pratique de sur-prélèvement ; coupe de reprise et de recépage doivent être pensées dans la durée.
C’est tout l’objet du Label Haie, qui codifie et certifie la gestion durable des haies. Selon le Réseau Haies France, la gestion d’une haie bocagère via ce label conduirait à un coût de chantier d’environ 72 € par tonne sèche de plaquettes produites. Coût comprenant les coupes de reprise et de recépage, le débardage, le déchiquetage, le transport et la main-d’œuvre… « Sachant qu’actuellement le prix du marché est d’environ 132 € la tonne sèche », précise Alexandre Cesari qui rappelle que l’agriculteur vend généralement des plaquettes vertes. Le Réseau Haies évoque ainsi une marge brute de l’ordre de 150 €/km et par an.
Mais en combinant vente et autoconsommation, la marge brute gonfle grâce aux économies d’énergie (ou de paillage) réalisées. Toujours selon le Réseau Haies, une ferme de 85 ha disposant de 3,5 km linéaires de haies Label Haie (soit 16 tonnes de bois sec par an), pourrait ainsi générer jusqu’à 4 120 € de marge annuelle en combinant autoconsommation et vente locale.
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Valoriser une ressource plutôt que de la perdre
Des aides locales ou nationales
Ces chiffres intègrent les coûts annexes (notamment administratifs) liés à l’obtention du label qui sont normalement couverts par le Bonus Haie de la PAC. Son montant est de 20 € par hectare exploité, si l’ensemble de l’exploitation dispose du label Haie et si au moins 6 % de la SAU est consacrée à la haie (à raison de 20 m² par mètre de linéaire de haie, soit environ 30 mètres linéaires de haie par hectare). Le label Haie ouvre aussi droit à des aides locales (paiement pour services environnementaux des agences de l’eau, MAEC Haie) ou nationales (Pacte en faveur de la haie).
De quoi expliquer que de plus en plus de producteurs revoient leur politique vis-à-vis de la haie sur leurs exploitations. « En passant par le biais économique, on arrive à intéresser beaucoup d’agriculteurs », conclut Christophe Gauffre.
Et en résumé
Longtemps perçue comme une contrainte, la haie agricole peut devenir une ressource énergétique rentable grâce au bois déchiqueté. Avec une gestion durable certifiée par le Label Haie, la valorisation permet de générer des marges et des économies d’énergie. Mais la filière doit se structurer et inscrire la haie dans un projet d’exploitation à long terme.
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