Détroit d’Ormuz bloqué : l’énergie, les engrais et l’agriculture sous pression
Avec l’arrêt du trafic dans le détroit d’Ormuz, l’agriculture est touchée par les conséquences de la guerre en Iran. Vision croisée des analyses publiées par Arthur Portier (Argus Media), Virginie Ciesla-Maudet (Assertis), Sébastien Roumegous (Biospheres) et Jean-Marc Jancovici (The Shift Project).
C’est un fait : le trafic est à l’arrêt dans le détroit d’Ormuz. Or, « les calculs de la The World Bank et d’autres experts, comme Argus Media, montrent que près de 40 % du commerce maritime des engrais azotés transite par le détroit d’Ormuz, ainsi qu’environ 20 % du gaz naturel liquéfié. Ce même gaz représente 80 % du coût de production de l’ammoniac, lui-même à la base de la fabrication de nombreuses autres formes d’engrais », présente Arthur Portier, consultant senior chez Argus Media, sur LinkedIn.
De fait, les prix du gaz et de l’urée augmentent (figure 1).
Figure 1 : Evolution des prix du gaz TTF(1) en ce lundi suivant les attaques au Moyen-Orient
En outre, « environ 20 % du pétrole mondial y transite par tanker », précise Jean-Marc Jancovici, fondateur et président du think-thank The Shift Project. Or, « l’énergie reste un maillon structurant : engrais, transport, transformation, logistique maritime », souligne Virginie Ciesla-Maudet, analyste technique spécialisée dans la gestion de la volatilité des prix sur les marchés de matières premières.
« Les turbulences sur les marchés des matières premières sont bien réelles », insiste Arthur Portier.
Les prix des céréales tardent à répondre
« L’expérience récente rappelle que les tensions énergétiques peuvent progressivement influencer l’environnement des matières premières agricoles ». « La corrélation entre les cours du pétrole et ceux des matières premières agricoles n’est plus à démontrer lorsque les turbulences sont fortes ! », rappelle quant à lui Arthur Portier (figure 2).
Figure 2 : Cours du blé meunier Euronext et du pétrole West Texas Intermediate (WTI)
Un nouvel ordre mondial
Mais considérer uniquement cette guerre comme une énième perturbation temporaire serait une erreur. Dans un monde de plus en plus sous pression, notamment par les conséquences du changement climatique et les tensions géopolitiques, l’instabilité est la nouvelle base de fonctionnement.
Ce conflit est donc un rappel de l’urgence en France de la décarbonation, de la relocalisation industrielle et de l’agriculture de régénération.
« Le pétrole reste indispensable aux transports, et […] le transport est indispensable aux chaînes de valeur, donc à l'économie ». « La décarbonation n'est pas juste un sujet environnemental. C'est aussi une manière de rendre l'économie plus robuste », rappelle le fondateur du Shift Project. « Le lien entre souveraineté alimentaire et énergétique est direct », insiste Arthur Portier, avant de déplorer le manque de « véritable politique industrielle, pourtant essentielle pour construire notre puissance ».
« Plus l’énergie est volatile, plus les exploitations dépendantes aux intrants sont fragilisées », résume Sébastien Roumegous, fondateur de Biosphere(2). Outre l’impact sur les engrais, les « attaques de tankers, reroutages, primes d’assurance en hausse » et autres détours massifs augmentent les coûts et délais des agroéquipements et autres intrants produits hors de l’Hexagone. L’agriculture régénératrice réduisant la dépendance, « la géopolitique accélère une réalité : l’agriculture régénératrice […] est une stratégie de sécurité ».
(1) TTF : Title Transfer Facility. C’est un point virtuel d'échange de gaz naturel aux Pays-Bas, servant de référence principale pour les prix du gaz en Europe.
(2) Biosphere accompagne le développement de filières en agriculture régénératrice.
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