Arvalis expérimente l’agrivoltaïsme pour guider les agriculteurs
Arvalis teste les cultures sous ombrage photovoltaïque. Objectif ? Produire des références techniques robustes et adaptées aux spécificités régionales.
Dans le dossier
• Entre rendement et énergie : les défis de l’agrivoltaïsme pour les exploitants
• Arvalis expérimente l’agrivoltaïsme pour guider les agriculteurs
• Bois-énergie : une haie gérée durablement est rentable
• Valoriser une ressource plutôt que de la perdre
• Filière miscanthus : un marché qui s’installe pas à pas
• Contrats de revente d’énergie : « Bien négocier la promesse »
• Méthanisation : la filière atteint un point de bascule
• CIVE : « Ma meilleure marge nette »
La plupart des projets mêlant photovoltaïque et agricole sont sortis de terre avant la parution de la loi APER. Il y a donc peu de données disponibles valorisables. Pour répondre à ce besoin, Arvalis a lancé des expérimentations afin de fournir des résultats concrets sur les comportements des cultures en condition agrivoltaïque. « Notre objectif est de produire des références techniques neutres, robustes et accessibles à l’ensemble de la profession, afin d’éclairer les choix des agriculteurs et de sécuriser la conception de projets adaptés aux enjeux du changement climatique », souligne Nathalie Bigonneau, directrice de région chez Arvalis.
Évaluer objectivement l’impact de l’ombre
Pour commencer, l’institut a mis en place des tests avec un système de voiles, simulant l’ombre créée par les panneaux photovoltaïques. Ces essais, réalisés dans différentes régions, permettent d’observer l’impact du rayonnement et de la température sur la croissance des plantes. Les premières expériences ont porté sur le maïs dans le Sud-Ouest, puis sur le blé en zone intermédiaire, afin de fournir des références fiables pour adapter les pratiques culturales à l’implantation des panneaux. « Ces références donnent aux agriculteurs des bases solides pour décider comment implanter leurs panneaux et ajuster leurs rotations. Bien évidemment, en plus des résultats, il faut prendre en compte les climats et spécificités de chaque région », explique Nathalie Bigonneau.
« Des expérimentations doivent sortir des références neutres et solides pour sécuriser des projets adaptés au changement climatique. »
La phase suivante consiste à intégrer ces expérimentations dans des projets réels, avec différentes technologies et configurations. « Nous sommes en cours d’instruction sur deux projets dans lesquels nous serions partie prenante. Sur la ferme expérimentale des Bordes (36), en partenariat avec les Chambres d’agriculture de l’Indre, du Cher et de Nouvelle-Aquitaine, où un projet est en réflexion en polyculture-élevage bovin avec EDF Power Solutions, et sur la station expérimentale du Chaumoy (18), en partenariat avec Axéréal, où un projet est en réflexion en grandes cultures avec Total Energies-Ombrea », détaille la directrice de région. C’est un secteur qui évolue vite. Pourtant, « tester avant d’installer reste indispensable, d’autant plus que ce sont des projets qui prennent du temps », conclut-elle.
Le photovoltaïque en toiture, un outil toujours pertinent ?
Simple à mettre en œuvre, le photovoltaïque en toiture reste un moyen concret pour les agriculteurs de valoriser leur bâtiment et de compléter leurs revenus. Les projets sont moins longs à réaliser qu’un projet au sol : la période moyenne entre la déclaration préalable et la mise en service est de 18 mois, contre 3 à 5 ans pour un projet au sol. De plus, les installations sont moins dépendantes de l’acceptation locale, puisqu’elles s’intègrent sur des bâtiments existants.
Plusieurs modèles économiques existent. Il est ainsi possible de construire son bâtiment et de financer la centrale avec les revenus générés par la vente d’électricité. Mais aussi de louer ses toitures existantes, y compris lors de rénovations (comme le remplacement d’une toiture amiantée), ce qui permet d’exploiter le photovoltaïque sans investissement immédiat dans le bâtiment. Ou encore de recevoir un bâtiment gratuit en échange de la mise à disposition de sa toiture.
« Il y a de ça deux ou trois ans, le photovoltaïque sur toiture était un super outil de financement pour les agriculteurs. Nous leur construisions un bâtiment gratuitement en échange de la location du foncier et de l’exploitation de la centrale », rappelle Quentin Verbeke, directeur Métier énergie chez Terre Solaire. Mais le contexte a changé : la baisse des tarifs d’achat oblige les agriculteurs à mettre la main à la poche pour financer une partie du projet. « Auparavant, le kilowattheure se vendait 10 centimes, ce qui permettait de financer l’installation. Aujourd’hui, il se vend 8 centimes. Pour 2 500 m², nous devons demander 100 000 € à l’agriculteur. C’est un vrai frein », précise Quentin Verbeke.
En outre, si l’acceptation locale est plus aisée pour ces projets en toiture, les assureurs, eux, ne les voient pas toujours d’un bon œil. Redoutant le risque d’incendie, ils peuvent bloquer un projet en fonction du type de bâtiment choisi et de la nature de ce qui est stocké en dessous…
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