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Stockage des grains : trois itinéraires de conservation comparés

01 janvier 2022
La réduction, voire l’abandon, des insecticides chimiques de stockage exige d’adapter l’itinéraire de conservation des grains. Trois itinéraires ont donc été testés dans trois cellules de la Plateforme Métiers du Grain de Boigneville (91).

Stocker sans insecticide chimique impose d’adapter l’itinéraire de conservation des grains. Selon les choix retenus et les conditions particulières de chaque année, une telle modification des pratiques peut impacter le coût du stockage, voire la qualité des grains stockés, avec une présence plus ou moins importante d’insectes.

Trois itinéraires de conservation de blé tendre sont donc testés dans la Plateforme Métiers du Grain de Boigneville (91) afin de comparer le coût des intrants, le temps de main d’œuvre, la consommation d’énergie, l’évolution de la qualité des blés stockés et la présence ou non d’insectes. Le projet, démarré en 2020, va s’étaler sur cinq campagnes afin de capter la variabilité liée à la qualité des blés à la récolte, aux conditions climatiques durant les phases de refroidissement et aux conditions d’environnement dans le blé, plus ou moins favorables au développement de populations d’insectes. Une telle durée d’essais permettra par ailleurs de mesurer d’éventuels effets cumulatifs de campagnes successives.

Pour la première campagne, les blés ont été stockés huit mois et demi, de mi-juillet 2020 à fin avril 2021. Il est difficile de conclure après une seule campagne, aucun des itinéraires ne se distinguant pour l’instant sur le niveau et les dynamiques d’infestations par les insectes, mais la poursuite des essais sur les campagnes suivantes devrait confirmer l’intérêt du pilotage par thermostat, tant en nombre d’heures de ventilation que pour la date de sa réalisation la plus précoce mettant les grains le plus rapidement en protection. Les essais suivants devraient également consolider les premières observations sur la variation des doses de ventilation entre les paliers. Ils approfondiront aussi le lien entre des phénomènes de reprise en eau et de remontées en température.

Un suivi sur toute la hauteur du grainLe suivi de la température du grain est assuré par les lignes de thermométrie Silostar en place dans les cellules de la Plateforme Métiers du grain. Les capteurs de thermométrie sont positionnés à même hauteur que les points de piquage dans lesquels ont également été insérés des capteurs de température et d’hygrométrie Kimo (figure 1). Les prélèvements de grains sont effectués sur ces points piquages pour suivre l’évolution de la qualité du blé tout au long de l’essai et sur toute la hauteur de la colonne de grain. En complément, la température et l’hygrométrie de l’air sont suivis par des capteurs Kimo positionnés en amont et en aval de chaque ventilateur assurant le refroidissement des cellules. Après le remplissage de chaque cellule, 5 pièges « tube » et 2 pièges en pomme d’arrosoir ont été positionné en haut de cellule. Une sonde Kimo complémentaire est insérée dans le grain à proximité immédiate de ces pièges, à 30 cm de profondeur, pour suivre la température. La fréquence de relevé des pièges dépend de la température du grain à ce point là : un relevé hebdomadaire quand elle dépasse 15°C, ou mensuel en dessous. Les insectes piégés sont comptés après détermination des espèces présentes. En complément du piégeage, des prélèvements de grains sont effectués à la canne sonde tous les deux mois à proximité de chaque piège sonde (à environ 30 cm du piège). Les formes libres présentes sont identifiées et comptées. Le grain, après tamisage et extraction des formes libres est placé en incubation en étuve (27°C, 70 % d’Hr pendant 56 jours) pour déterminer et dénombrer des formes cachées.
Lors de l’expédition, les prélèvements d’échantillons moyens ont été tamisés pour la recherche d’insectes (avant et après incubation).

DISPOSITIF EXPÉRIMENTAL : un monitoring complet

Trois itinéraires pour creuser la comparaison

Les trois itinéraires testés sont très différents pour couvrir la diversité des leviers d’action et de leur combinaison pour la réduction, voire l’abandon, des insecticides chimiques.

Le premier correspond à la pratique la plus répandue en France. Cet itinéraire « classique » (IC) autorise l’usage d’insecticide liquide de contact sur les locaux vides comme sur les grains. Le traitement des grains n’est pas systématique à réception mais il est utilisé en curatif, si une infestation non maîtrisée est détectée. Le blé est refroidi jusqu’à 12°C, en deux paliers. Le ventilateur ne peut tourner qu’en heures creuses (de 22h à 6h) et il n’est mis en marche par l’opérateur que lorsque les températures prévues durant ces heures sont favorables au refroidissement.

Le deuxième itinéraire, sans insecticide chimique (ISIC), fait appel à une combinaison de méthodes de lutte physique, associant le traitement des locaux par une poudre inerte, le nettoyage approfondi des locaux et des grains, puis le refroidissement jusqu’à 5°C dans le grain. La ventilation est conduite en trois paliers et pilotée par un thermostat.

"Lorsque la ventilation est pilotée par un thermostat, le refroidissement est plus rapide et plus précoce."

CONDUITE DES ESSAIS : trois itinéraires de conservation très différents

Le dernier itinéraire, sans résidus (ISR) est peu pratiqué en France. Il repose sur un recours à la fumigation à la phosphine si des populations d’insectes connaissent un fort développement. Les méthodes de lutte prophylactiques sont réduites : le nettoyage des locaux est sommaire et la température des grains n’est abaissée par ventilation que jusqu’à 20°C, en un palier, avec un pilotage par thermostat.

Lors de l’essai 2020-2021, les trois lots de blé mis en cellules présentent des caractéristiques communes : ils sont relativement secs avec une teneur en eau < 12,5%, propres, avec des PS élevés. Leurs caractéristiques technologiques et sanitaires sont bonnes. Ces blés proviennent de la ferme de Boigneville (91). Ils ont été récoltés et réceptionnés entre le 10 juillet et le 17 juillet 2020.

Le résultat le plus surprenant sur cette première campagne d’observation est la variabilité du nombre d’heures nécessaires pour atteindre l’objectif de température lors d’un palier : d’une quarantaine d’heures à près de trois cents !

Deux indicateurs peuvent être utilisés pour mesurer l’efficacité du pilotage d’une ventilation : le nombre d’heures nécessaire pour atteindre l’objectif et la date de réalisation de cet objectif. Un palier effectué en moins d’heures de ventilation consomme moins d’énergie. Un palier effectué plus précocement permet de mettre plus vite le blé à l’abri des dégradations. Lorsque la ventilation est pilotée par un thermostat, le refroidissement est plus rapide et plus précoce.

Lors du premier palier, les deux cellules pilotées par thermostat ont ainsi été refroidies en une quarantaine d’heures contre 112 pour le pilotage manuel. Le palier était réalisé une semaine après la récolte lorsque la ventilation était pilotée par un thermostat alors qu’il a fallu attendre plus d’un mois pour terminer le palier avec un déclenchement manuel et une ventilation limitée aux heures creuses. Ce constat est à nuancer en deuxième palier : le nombre d’heures de ventilation avec le pilotage manuel a été de 233 heures contre 289 heures avec un thermostat. Cependant, la date de réalisation était plus précoce de près de trois semaines avec le thermostat (figure 2).

SUIVI DE LA VENTILATION : tous les grains arrivent sous les 12°C

Quel que soit le pilotage de la ventilation, les trois lots de blé ont fini par descendre sous les 12°C (température à partir de laquelle les insectes ne se multiplient plus), soit grâce à la ventilation (IC et ISIC) soit simplement par conduction (ISR) mais alors, bien plus tardivement (autour du 15 janvier).

De 40 à 300 heures de ventilation !

Le nombre d’heures théoriques de ventilation est le rapport entre le volume d’air nécessaire pour refroidir un volume de grain (la dose spécifique) et le débit d’air du ventilateur. Dans l’essai, le débit du ventilateur n’a pas varié entre les paliers. La variation du nombre d’heures nécessaires pour atteindre la température souhaitée ne peut être attribuée qu’à une variation de la dose spécifique, ou à un nombre d’heure de ventilation inutile très supérieur en palier 2 par rapport au palier 1, ce qui est peu probable dans le cas de l’itinéraire ISIC piloté par un thermostat. Une augmentation significative de la dose peut s’expliquer par des phénomènes de condensation, la transformation de l’eau sous forme gazeuse en eau liquide dégageant de la chaleur et donc réchauffant l’air de ventilation. Durant le second palier, des remontées en température des grains situés dans les couches inférieures concordent avec des reprises en eau des grains observées dans les prélèvements effectuées. Les hygrométries de l’air entrant (avant ventilateur) dépassaient alors 80 % voire 90 %.

TEMPÉRATURES : les remontées concordent avec les reprises en eau

Pas de développement exponentiel d’insectes

Dès le premier relevé (21/07), des captures sont observées dans les trois cellules, même en faible nombre. À chaque date de relevé des pièges, au moins un insecte ou acarien a été comptabilisé dans chaque cellule, même lorsque le grain présentait des températures très inférieures aux seuils de reproduction ou de mobilité. Entre le 21/07 et le 28/04, les populations sont très différentes d’une cellule à l’autre.

Pour l’itinéraire IC : 229 individus, de 7 espèces différentes dont une forte proportion de Psocoptères. 32 % des individus capturés étaient des ravageurs des grains (triboliums, petits silvains plats et teignes), mais uniquement des espèces secondaires.

Pour l’itinéraire ISIC : 1671 individus dont une très grande majorité de psoques et d’acariens. Sept espèces différentes d’insectes et d’acariens ont été identifiées. Seuls 3 % des captures étaient des espèces de ravageurs des grains et uniquement secondaires : triboliums, petits silvains plats et teignes.

Pour l’itinéraire ISR : 971 individus, de 10 espèces différentes. 23 % des individus étaient des espèces ravageuses des grains, quelques primaires (1 charançon, 4 capucins, 1 alucite) et de nombreuses secondaires (triboliums, petits silvains plats, teignes).

Compte tenu du nombre de captures et de leur évolution dans le temps, aucune lutte curative n’a été appliquée, quel que soit l’itinéraire. Lors de l’expédition, avant de nettoyer le grain, des échantillons représentatifs des cellules ont été constitués. L’examen de ces échantillons n’a révélé ni formes libres (après tamisage des grains) ni formes cachées (après incubation des échantillons).

Le suivi des infestations est assuré par des pièges tubes, qui détectent mieux les coléoptères, et des pièges en pomme d'arrosoir, mieux adaptés à la capture les psoques.

Des résultats à confirmer

Plusieurs constats peuvent être effectués à l’issue de cette première campagne. Ainsi, les objectifs de température ont été atteints pour chaque itinéraire (figure 2), à savoir des températures inférieures à 20°C pour ISR (Cellule C4), 12°C pour IC (Cellule C2) et 5°C pour ISIC (Cellule C3). Malgré l’inertie du blé, la température des grains stockés a continué à évoluer en dehors des plages de ventilation jusqu’à atteindre des températures inférieures à 10°C pour C2, y compris au cœur du grain. La durée de ventilation totale a été très variable : 353 h pour C2, 454 h pour C3 et 38 h pour C4.

Aucun des trois itinéraires ne se distinguent, si ce n’est une plus importante diversité des insectes dans C4.

A l’issue du projet, les comparaisons complètes seront disponibles y compris les coûts et leur variabilité.

Katell Crépon - k.crepon@arvalis.fr

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