Diagnostic de la filière Féverole : structurer pour mieux développer
Terres Univia a réalisé en 2025 un état des lieux de la filière française Féverole dans le cadre du projet Cap Protéines + (2024-2027). Ses atouts agronomiques en font une culture d’intérêt pour répondre aux enjeux de souveraineté protéique. Mais pour l’heure, le manque de structuration de la filière pénalise sa valorisation.
Le diagnostic réalisé par Terres Univia a permis d’explorer les enjeux au niveau de chaque maillon de la filière « Féverole » et d’identifier le potentiel de développement de la culture. Avec une teneur atteignant 28 %1 de protéines, la féverole est la troisième légumineuse la plus riche en protéines après le soja et le lupin. Naturellement sans gluten et non OGM, elle constitue une source de protéines locale répondant aux enjeux de souveraineté protéique.
Des surfaces françaises en hausse
L’Union européenne représente, après la Chine, la deuxième production mondiale de féverole avec 1,38 millions de tonnes (Mt) en 2024-25. L’Allemagne, la Lituanie et la France en sont les trois principaux contributeurs avec respectivement 18, 17 et 16 %2 de la production européenne3 sur cette campagne.
En France, les surfaces de féverole ont progressé de + 40 %4 sur un an pour atteindre 116 000 ha en 2025-26 (figure 1). Les bonnes performances agronomiques en 2023 et 2024, ainsi que les mesures appartenant à l’éco-régime de la PAC ont favorisé cette hausse.
Figure 1 >>> Évolution des surfaces et des volumes de féverole produits sur la période 2000 à 2025
Appartenant aux légumineuses, la féverole fixe l’azote atmosphérique et ne nécessite donc pas d’engrais azotés. Ses caractéristiques sont particulièrement adaptées aux systèmes de production durables, comme l’agriculture biologique (près de 20 %4 des surfaces en 2025) ou les techniques culturales simplifiées : grosses graines adaptées au semis direct, biomasse limitant le besoin de désherbage, racine pivot structurante, production de nectar floral et extrafloral, et tige solide peu sensible à la verse.
Si au niveau agronomique les atouts de la féverole sont indéniables, côté aval, les marchés peinent à se structurer, ce qui en fait une culture encore trop peu valorisée.
L’alimentation animale comme principal débouché
La féverole est une culture avec une importante tradition d’autoconsommation pour la fabrication d’aliments à la ferme ou la production de graines de ferme à destination des semis, notamment de couverts d’interculture. Ainsi, seulement 60 %4 de la production de graines est collecté par des organismes stockeurs.
Sur la campagne commerciale 2024-25, l’alimentation animale en France représente 2/3 des consommations de féverole, auxquels s’ajoutent plus d’un quart de graines exportées pour l’alimentation animale. Ainsi, seules 5 %5 des graines sont orientées vers l’alimentation humaine en France. Pour combler les besoins sur le marché intérieur, les importations de féverole ont atteint 35 250 t6 en 2024-25, provenant à 56 % du Royaume-Uni et à 36 % des pays baltes.
Malgré une demande croissante en protéines locales pour l’alimentation animale, les protéagineux restent concurrencés par les tourteaux de soja importés, plus compétitifs et très performants sur le plan zootechnique. En 2024/25, les Fabricants d’aliments pour bétail (FAB) ont incorporé environ 100 000 t de féverole, surtout en graines entières crues, plus rarement décortiquées ou extrudées. Peu différenciante dans les aliments majoritaires, elle offre une forte valeur ajoutée en aquaculture : son amidon favorise l’expansion et la flottabilité des granulés et permet jusqu’à 20 %7 d’incorporation, sur un marché français de plus de 110 000 t d’aliments aquacoles. Le développement de ce débouché reste toutefois limité par une réglementation stricte freinant la création de nouveaux élevages aquacoles en France.
Côté débouchés, 25 % de la production française (58 000 t) a été exportée, dont plus de 75 %6 vers la Norvège sous forme de graines décortiquées destinées à l’aquaculture. Le reste approvisionne les FAB des pays voisins.
De nouvelles perspectives en alimentation humaine
Terres Univia estime que 10 000 t/an de féveroles sont utilisées en alimentation humaine en France - un marché restreint et peu visible. Les volumes sont principalement destinés à la boulangerie, sous forme de farine intégrée à celle de blé pour blanchir la mie et faciliter la panification.
Sa teneur élevée en protéines et ses atouts technologiques en font une matière première d’intérêt pour la fabrication d’ingrédients riches en protéines (concentrat, isolat, protéines végétales texturées) destinés au marché des alternatives végétales à base de légumineuses. Ce marché encore de petite taille (130 millions d’euros en 2024), est toutefois dynamique (+ 22 % en valeur entre 2023 et 2024)8. Grâce à ses propriétés moussantes, gélifiantes et émulsifiantes, la féverole est utilisée comme substitut aux produits carnés, aux œufs ou encore aux produits laitiers.
À noter qu’entre 2000 et 2015, l’Égypte était un débouché majeur pour les graines entières destinées à l’alimentation humaine, avec un pic de 250 000 t exportées vers ce pays en 2010. Ce marché n’est aujourd’hui plus accessible en raison de la bruche, principal ravageur au champ, qui dégrade la qualité visuelle des graines. Des recherches génétiques visent à identifier des sources de résistance.
Figure 2 >>> Les multiples usages de la féverole
Rendement et stabilité orientent la sélection variétale
En juin 2026, 34 variétés de féverole étaient inscrites au Catalogue français. Les principaux objectifs de sélection sont le rendement, la stabilité et la faible teneur en vicine et convicine9 (critère attendu par les utilisateurs mais existant uniquement sur les variétés de printemps actuellement). La qualité technologique reste un axe secondaire, faute de consensus sur les attentes des industriels. Le faible recours aux semences certifiées (37 % pour les variétés de printemps, 22 %10 pour celles d’hiver) et les surfaces limitées en féverole réduisent le financement de la recherche variétale par les royalties. L’arrivée de variétés d’hiver à faible teneur en vicine et convicine pourrait toutefois relancer les achats de semences certifiées.
Structurer l’amont pour développer la culture
Les volumes actuellement destinés à l’alimentation humaine restent très faibles et plusieurs défis doivent être relevés pour valoriser pleinement les atouts de la féverole. La stabilité de la production et l’allotement variétal sont essentiels pour garantir un approvisionnement régulier en quantité comme en qualité. Les utilisateurs en alimentation humaine, en raison du risque de favisme, ainsi que certains acteurs de l’alimentation animale, recherchent des variétés à faible teneur en vicine et convicine. Toutefois, les faibles volumes demandés et des prix souvent insuffisamment rémunérateurs rendent les opérations de ségrégation variétale trop coûteuses et difficiles à mettre en œuvre par les organismes de collecte.
« La sélection variétale de la féverole se fait essentiellement sur trois critères : le rendement, la stabilité et la faible teneur en vicine et convicine. »
Malgré ces défis, la filière « Féverole » dispose d’atouts agronomiques, d’une capacité à répondre aux politiques publiques en faveur des protéines végétales locales et à valoriser ses caractéristiques différenciantes pour des débouchés alimentaires spécifiques. Elle est donc portée par de solides perspectives de développement.
1. En pourcentage de matière sèche, Terres Univia et Terres Inovia, fiche qualité des graines 2025.
2. Sur la campagne 2024-25 d’après FAO stat.
3. Eurostat, sources nationales et FAO stat.
4. Terres Univia d’après FranceAgriMer, SSP et Agence Bio.
5. Bilan des utilisations de féverole, Terres Univia d’après FranceAgriMer et autres.
6. Douanes France.
7. Diagnostic filière « Féverole » 2025, Terres Univia.
8. Observatoire Oléoprotéines, Terres Univia 2025.
9. Facteur antinutritionnel dont la consommation peut provoquer des cas de favisme (maladie génétique) chez les individus prédisposés et limite la digestibilité des protéines en alimentation animale.
10. Enquêtes « Pratiques culturales » 2024, Terres Inovia.
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