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Conduite des blés : évaluer à la parcelle le risque «Ergot»

01 juin 2021
Arvalis a mis au point une grille évaluant le risque d’accumulation d’ergot dans les lots de blé dur et de blé tendre, intégrant différents facteurs de risque. L’objectif ? Identifier les parcelles les plus à risque sur votre exploitation afin de prendre les mesures appropriées.

L’ergot du seigle (Claviceps purpurea) est un champignon ascomycète s’installant à la floraison sur les ovaires des graminées sauvages ou adventices (vulpin, ray-grass…) et parfois directement sur les céréales cultivées. Les sclérotes constituent la forme de conservation du champignon. Ils contiennent des toxines de la famille des alcaloïdes.

Le contexte réglementaire se durcit

Dans son dernier avis de 2017, l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA) a conclu que l’exposition de certaines catégories de population aux alcaloïdes de l’ergot pouvait être trop élevée et donc nuire à la santé des consommateurs. La Commission Européenne a donc voté le 15 avril 2021 la révision du règlement 1881/ 2006 pour la consommation humaine.

Actuellement, la teneur maximale en ergot est de 0,5 g/kg pour toutes les céréales, excepté pour le maïs et le riz (non réglementés). Le nouveau règlement (tableau 1) abaisse la teneur maximale réglementaire pour les sclérotes d’ergot dans les grains. Sur les produit transformés, non réglementés jusqu’ici, il prévoit dorénavant des teneurs maximales réglementaires pour les alcaloïdes de l’ergot. Il entrera en vigueur le 1er janvier 2022 et concernera la collecte 2021 mise sur le marché à partir de cette date. La collecte de l’année mise sur le marché avant le 1er janvier 2022 sera soumise au seuil actuel.

Un réseau de parcelles d’agriculteurs animé par Arvalis, en partenariat avec les organismes de collecte, les agriculteurs et FranceAgriMer, a été initié dès 2012. Il a étudié l’occurrence de l’ergot au champ afin d’en hiérarchiser les déterminants agronomiques dans 2362 parcelles de blé tendre et 888 de blé dur couvrant l’ensemble du territoire.

La base de données agronomiques ainsi constituée a été enrichie par l’étude du climat favorisant l’installation de l’ergot sur les épis. Cette étude a identifié les principaux facteurs influençant les contaminations en ergot.

Maîtriser l’inoculum dans la parcelle

La maîtrise des sclérotes présents dans le sol est le premier levier de gestion. Un sclérote peut produire plusieurs milliers d’ascospores susceptibles de contaminer à la floraison les graminées environnantes dans un rayon de 20 m. Les sclérotes sont viables dans le sol pendant deux ans.

Adapter le travail du sol les deux années qui suivent en parcelles contaminées. Un travail du sol profond enfouira suffisamment les sclérotes dans le sol pour que ces derniers y germent, empêchant l’émission des ascospores dans l’air. Toutefois un second labour l’année suivante doit être évité car il remonterait à la surface 60 % des sclérotes précédemment enfouis.

Objectif : zéro sclérote dans les semences ! L’utilisation de lots de semences contaminés par l’ergot introduit l’inoculum dans des parcelles saines. Vis-à-vis de ce risque, deux techniques de lutte ont fait leur preuve mais le traitement de semences associant des fongicides (prochloraze et le triticonazole, ou carboxine et thirame) n’est plus envisageable car ces substances actives ont été retirées du marché. De ce fait, le tri des semences demeure actuellement l’unique voie curative, l’objectif étant de semer des lots indemnes de sclérotes.

En cumulant ces él éments de gestion de l’inoculum, cette étude définit le risque inoculum à la parcelle en trois catégories (tableau 2).

Les parcelles ayant un risque inoculum moyen présentent des contaminations en ergot en moyenne trois fois plus élevées que les parcelles à risque inoculum faible. Pour les parcelles à risque inoculum fort, les teneurs moyennes en ergot sont 22 fois plus élevées que pour un risque inoculum faible !

Contrôler les graminées adventices en culture malgré les restrictions

La présence de graminées en sortie d’hiver dans les céréales est le deuxième facteur le plus important après le risque « inoculum » : ces graminées constituent une source potentielle de contamination de la récolte - et de la parcelle à plus long terme. La contamination peut être directe (les sclérotes des graminées non contrôlées se retrouvent dans la récolte), soit indirecte (les graminées servent de relais à l’ergot, avant de contaminer la céréale en floraison).

Or les collecteurs constatent un accroissement du taux de salissement des parcelles : seules 9 %() d’entre elles sont jugées propres en 2018, et la présence d’adventices résistantes aux herbicides est généralisée.
 
Le recours au désherbage d’automne est donc une nécessité dans de nombreuses situations, faute de solutions chimiques efficaces en sortie d’hiver.

En situation à risque, la fauche des bords de champ avant la floraison des graminées sauvages est recommandée si la réglementation l’autorise.

Dans cette étude, les parcelles dont le désherbage en culture est jugé insatisfaisant par les agriculteurs présentent en moyenne des niveaux de contamination en ergot 7 fois plus élevés que les parcelles dont le désherbage est jugé satisfaisant.

Tenez compte du climat

L’installation de l’ergot sur les épis de blé peut être favorisée par certaines conditions météorologiques survenant autour de la méiose (à la dernière feuille étalée ± 5 jours) ou de la floraison (± 7 jours) du blé. Ainsi un déficit de rayonnement à la méiose, des températures inférieures à 4°C à la méiose et/ou à la floraison, et enfin plus de 40 mm de pluies à la floraison peuvent conduire à des accidents de fécondation.

Le climat est considéré comme :
non favorable à l’installation de l’ergot sur épis seulement si aucune de ces situations n’a été rencontrée durant le cycle ;
favorable dans tous les autres cas.

Pour les parcelles présentant un risque inoculum élevé et un désherbage en culture jugé insatisfaisant, un climat favorable à l’installation de l’ergot sur les épis conduira à des contaminations par l’ergot en moyennes 9 fois plus élevées que dans les parcelles où le climat n’aura pas favorisé l’ergot.

Un nouvel outil pour évaluer le risque d’accumulation d’ergot dans les lots de blé à la récolte

L’ensemble de ces éléments a permis à Arvalis de proposer une nouvelle grille d’évaluation du risque d’accumulation d’ergot dans les lots de blé tendre et de blé dur à la récolte (tableau 3). Celle-ci attribue à chaque itinéraire une classe de risque d’accumulation d’ergot à la récolte.

       

On observe une progression significative entre les différentes classes de risque (figure 1). À chaque classe de risque sont associées les recommandations suivantes :

A : le risque « Ergot » est minimum

Il présage d’une excellente qualité sanitaire des lots vis-à-vis de la teneur en ergot. Aucune action n’est nécessaire.

B et C : le risque « Ergot » est plus important mais peut être minimisé

Une stratégie de désherbage antigraminées efficace tout au long de l’année, pendant deux ans, peut minimiser ce risque.

L’inoculum présent dans la parcelle doit être maîtrisé en complément, par un travail du sol profond après la récolte qui devra être suivi d’un travail superficiel l’année suivante, et l’utilisation de semences indemnes de sclérotes.

D : le risque « Ergot » est très fort

La classe de risque D doit faire l’objet d’une gestion spécifique à la récolte et nécessite de revoir le système de culture post-récolte.

L’inoculum présent dans la parcelle doit être maîtrisé après la récolte par un travail du sol profond, qui devra être suivi d’un travail superficiel l’année suivante.

Adapter la rotation en évitant de cultiver des céréales à paille pendant deux ans.

Un désherbage antigraminées soigné doit compléter ces actions, afin d’éviter que l’ergot ne se réinstalle en culture.

La fauche des bords de champ avant la floraison des graminées sauvages durant 2 ans est également recommandée, lorsqu’elle est autorisée, afin de stopper leur fonction de relais de la maladie.

Utiliser des semences indemnes de sclérotes lorsqu’il sera à nouveau possible d’implanter une céréale.

Béatrice Orlando - b.orlando@arvalis.fr
Agathe Roucou - a.roucou@arvalis.fr

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