Face aux pucerons, quels leviers sont réellement efficaces ?
Sur pommes de terre, la gestion des pucerons repose sur une combinaison de leviers : choix variétal, préservation des auxiliaires et interventions raisonnées. Les essais menés au champ en 2025 ont permis de tester plusieurs solutions de lutte et de mieux apprécier leur efficacité, dans des conditions particulièrement discriminantes.
Dans le dossier
• Innovation variétale en pomme de terre : comment se traduit-elle sur le terrain ?
• Variétés de pomme de terre : focus sur la promotion 2026
• Comment limiter le sucrage des tubercules de pommes de terre au stockage
• Pomme de terre : Premières pistes face aux stress hydrique et thermique
• Face aux pucerons, quels leviers sont réellement efficaces ?
• Désherbage des pommes de terre : quelles stratégies pour 2026 ?
En culture de pommes de terre, les pucerons peuvent entraîner des pertes de rendement lors de fortes pullulations. Ils sont également vecteurs de virus susceptibles d’altérer la qualité des plants et, dans certains cas, celle des tubercules à la récolte en présence de la souche virale YNTN.
Pour limiter les dégâts, plusieurs leviers doivent être combinés, et en particulier des mesures prophylactiques :
- privilégier, lorsque cela est possible, des variétés peu sensibles aux viroses, notamment au virus Y ;
- favoriser la présence et l’installation des auxiliaires, qui contribuent à la régulation naturelle des populations.
La surveillance régulière des parcelles est également essentielle. Une intervention insecticide ne se justifie que lorsque le seuil de 5 à 10 pucerons par feuille ou 50 % des folioles colonisées est dépassé (tableau 1). En dessous de ce niveau, l’impact sur le rendement est généralement négligeable et le traitement ne sera pas valorisé.
Tableau 1 >>> Efficacité des produits insecticides sur pucerons
Enfin, il est recommandé d’éviter l’utilisation de produits à base de pyréthrinoïdes seules, compte tenu du risque important de résistance à ces molécules chez Myzus persciae, l’espèce prédominante en pommes de terre.
Pour évaluer l’efficacité de solutions alternatives, des essais au champ sont conduits par Arvalis depuis plusieurs années.
Une pression exceptionnelle en 2025
En 2025, quatre essais ont été conduits dans l’Aisne, la Somme, le Loiret et la Marne pour évaluer huit solutions de lutte directe, dont quatre à base de biocontrôle. Cette campagne se distingue par une pression pucerons exceptionnelle, avec une apparition précoce et une présence continue jusqu’à la floraison, offrant des conditions particulièrement discriminantes pour comparer l’efficacité des traitements.
Dans chaque essai, la première application a été réalisée lorsque le seuil d’intervention recommandé était atteint, soit en moyenne 5 à 10 pucerons par feuille. Des applications supplémentaires ont été effectuées 7 à 10 jours plus tard, lorsque la population du témoin non traité restait au-dessus de ce seuil.
L’efficacité des produits a été évaluée à partir de comptages de pucerons réalisés 3 et 7 jours après chaque traitement. L’impact sur le rendement a également été mesuré en fin de culture.
Les résultats détaillés présentés ici proviennent de l’essai conduit à Audeville (Loiret), les trois autres essais ayant montré des tendances similaires.
Des références chimiques toujours efficaces
Concernant la réduction des populations de pucerons, TEPPEKI confirme son statut de référence. Le produit se distingue à la fois par sa rapidité d’action et par sa persistance.
Les produits à base de cyantraniliprole, associés à un adjuvant, présentent également de bons niveaux d’efficacité, comparables à ceux du TEPPEKI. La réduction des populations est de l’ordre de 60 à 70 %, avec une dynamique d’action similaire.
En comparaison, MAVRIK JET montre également un effet rapide - la baisse des populations s’observe trois jours après l’application - mais son efficacité diminue nettement une semaine après traitement.
Restrictions et réautorisation 2026
Le TEPPEKI (flonicamide, 500 g/kg) a été réautorisé pour les filières Consommation, Fécule et Plants, avec des conditions d’emploi plus strictes : une seule application par an, à raison de 0,16 kg/ha, et une fenêtre d’application limitée aux stades BBCH 10 à BBCH 15 maximum.
En parallèle, tous les produits à base d’esfenvalérate autorisés sur ces usages, tels que MANDARIN GOLD ou GORKI, ne seront plus disponibles pour la campagne 2026. La date limite d’utilisation était fixée au 28 février 2026, suite au non-renouvellement de leur AMM.
Des performances limitées pour les biocontrôle
Les produits de biocontrôle testés se sont révélés globalement peu performants dans les conditions des essais. Les efficacités observées restent limitées, avec des réductions de populations comprises entre 10 et 20 % par rapport au témoin non traité.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces résultats : une pression pucerons particulièrement élevée, des conditions d’application (température et/ou hygrométrie) inadaptées à certains produits à base de micro-organismes, et le fait que les techniques de pulvérisation classiques peinent à atteindre les pucerons situés sur la face inférieure des feuilles et pénalisent donc les produits avec une action uniquement de contact.
Des travaux sont d’ailleurs en cours pour tester de nouvelles techniques de pulvérisation (volumes, types de buses…) et ainsi déplafonner les efficacités de ces produits.
Malgré les fortes infestations observées et la présence de symptômes visibles en culture sur la variété DITTA, les essais montrent peu d’écarts significatifs de rendement entre les modalités traitées et non traitées.
Dans l’essai d’Audeville, le gain maximal atteint 20 % pour une modalité à base de cyantraniliprole avec adjuvant. Les gains observés avec MAVRIK JET et TEPPEKI sont plus modestes, respectivement 6 % et 10 % (figure 1).
Figure 1 >>> Rendement de la pomme de terre DITTA selon le traitement insecticide reçu ou pas (témoin)
Ces faibles écarts peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Les essais ont bénéficié d’une irrigation suffisante et n’ont pas subi de stress hydrique, ce qui a permis à la culture de maintenir un développement foliaire important et une bonne capacité de photosynthèse.
De plus, un phénomène de compensation a parfois été observé lors du grossissement des tubercules : le nombre de tubercules a légèrement augmenté, mais avec un calibre un peu plus faible. Ce mécanisme a contribué à atténuer les différences de rendement brut entre les modalités.
Des pertes liées aux viroses
En revanche, des pertes supplémentaires liées aux viroses ont été constatées, en particulier sur les variétés sensibles au virus Y, comme DITTA.
Dans l’essai d’Audeville, 28 % des tubercules récoltés présentaient des symptômes d’arcs nécrotiques caractéristiques de la souche NTN, ce qui entraîne au minimum un déclassement du lot ou un refus de commercialisation selon le débouché.
Le paillage, un levier de lutte indirecte
Des travaux ont été lancés depuis 2022 afin d’évaluer l’intérêt du paillage pour limiter les populations de pucerons. Le dispositif consiste à épandre uniformément de la paille de blé sur la parcelle après le buttage définitif et avant la levée des pommes de terre.
La synthèse des cinq essais conduits depuis montre qu’un paillage à 4 t/ha réduit significativement le niveau d’infestation. L’effet est particulièrement marqué en début de cycle, avant la fermeture des rangs, avec une réduction moyenne des populations proche de 60 %.
Dans le but de tester la robustesse de cette technique et d’en réduire le coût, une densité plus faible de 2,5 t/ha a également été expérimentée en 2025 sur deux sites (Audeville et Villers-Saint-Christophe).
Même si l’efficacité est globalement inférieure à celle obtenue avec 4 t/ha, les résultats restent encourageants, avec des réductions maximales de 30 à 60 % selon les sites (figure 2).
Figure 2 >>> Variations du nombre de pucerons lorsqu’un paillage est appliqué avant la levée des pommes de terre, selon le stade de développement de celles-ci
Le rôle des auxiliaires dans la régulation des pucerons
Parallèlement aux comptages de pucerons, le nombre d’auxiliaires a été suivi tout au long de l’essai d’Audeville.
Les observations montrent que l’arrivée massive d’auxiliaires à partir de la mi-juin coïncide avec une chute rapide des populations de pucerons, alors même que le niveau d’infestation était très élevé et que les conditions climatiques demeuraient favorables à leur développement. Preuve s’il en faut que ces insectes sont importants pour réguler naturellement les pucerons en culture.
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