Désherbage des pommes de terre : quelles stratégies pour 2026 ?
Pour aider les agriculteurs à y voir clair entre chaque levier de désherbage disponible, Arvalis teste des stratégies combinant chimie et mécanique. La complémentarité des leviers peut sécuriser le désherbage des pommes de terre mais le 100 % mécanique n’est pas toujours suffisant face à de fortes infestations.
Dans le dossier
• Innovation variétale en pomme de terre : comment se traduit-elle sur le terrain ?
• Variétés de pomme de terre : focus sur la promotion 2026
• Comment limiter le sucrage des tubercules de pommes de terre au stockage
• Pomme de terre : Premières pistes face aux stress hydrique et thermique
• Face aux pucerons, quels leviers sont réellement efficaces ?
• Désherbage des pommes de terre : quelles stratégies pour 2026 ?
Pour faire émerger des solutions concrètes et durables de désherbage face au retrait de substances actives, les projets 1er DECCLIC et GRAMICIBLE, lancés dans le cadre du plan PARSADA1, mobilisent les équipes d’Arvalis. Des essais sur pomme de terre ont ainsi été lancés en avril 2025 sur les plateformes de Villers-Saint-Christophe (Aisne) et de Boigneville (Essonne). L’ambition est claire : comparer, en conditions réelles, des stratégies de désherbage chimique, mécanique et mixte afin d’évaluer leurs robustesses techniques.
Sécuriser sa stratégie dès l’implantation
Le premier levier de maîtrise des adventices en pomme de terre se joue dès la mise en place de la culture. Planter dans un premier temps puis réaliser le buttage quelques jours plus tard permet de créer un effet « faux-semis ». Les adventices levées après la plantation sont alors détruites lors du passage de la butteuse. Ce décalage offre également un avantage stratégique : il laisse le temps d’identifier la flore présente dans la parcelle et d’adapter en conséquence le programme de prélevée.
Les interventions de prélevée, qu’elles soient mécaniques ou chimiques, restent déterminantes, en particulier sur flore complexe. Les herbicides racinaires doivent impérativement être appliqués sur des buttes bien formées, stabilisées et suffisamment humides pour garantir leur efficacité. Une mauvaise préparation des buttes pénalise fortement le résultat.
En année sèche, en l’absence d’irrigation, les passages de sarcleur doivent être plus nombreux ; dans ces conditions, le désherbage 100 % mécanique peut se montrer performant sur certaines flores. Les essais conduits par Arvalis en 2024 indiquent toutefois que le levier mécanique conserve aussi son efficacité en année pluvieuse, à condition d’avoir des créneaux d’interventions pour réussir à positionner son passage au bon stade de l’adventice et avec un bon ressuyage de la parcelle.
Des dispositifs pour comparer différentes stratégies
Les essais ont été implantés avec deux variétés de pomme de terre différentes. Deux dispositifs ciblaient principalement les adventices dicotylédones, tandis qu’un troisième, consacré aux graminées, n’a finalement pas pu être exploité en raison de l’absence de levées.
Les stratégies comparées reposaient sur trois grandes logiques. Dans un premier temps, des programmes de désherbage chimique avec le test de certaines nouveautés. Dans un second temps, des programmes mixtes associant un désherbage chimique localisé en prélevée sur le rang à un passage mécanique en postlevée. Et enfin, des conduites entièrement mécaniques, réalisées à l’aide de sarcleurs de précision, notamment le modèle GH-4 du constructeur GRIMME et l’Ecoridger développé par AVR. Ces équipements permettent d’intervenir en prélevée et en postlevée (avant fermeture du rang), tout en limitant le recours aux herbicides.
La campagne 2025 a offert des conditions d’infestation particulièrement intéressantes pour l’analyse. Sur les deux sites, la pression adventice dépassait cinq plantes par mètre carré dans les témoins. À Villers-Saint-Christophe, la flore était dominée par le chénopode blanc et la mercuriale annuelle, avec respectivement 87 et 59 plantes/m². À Boigneville, la pression reposait surtout sur la renouée persicaire, avec une moyenne de 39 plantes/m². Ces différences de flore, associées à des contextes climatiques distincts, ont fortement influencé les résultats.
À Boigneville, les conditions pluviométriques ont été favorables au moment des applications, et l’essai a bénéficié d’une irrigation. Dans ce contexte, la majorité des stratégies testées ont atteint des niveaux d’efficacité supérieurs à 95 % (figure 1). Aucune modalité ne s’est réellement démarquée, qu’il s’agisse de programmes chimiques, mixtes ou mécaniques, à l’exception d’une combinaison herse étrille puis butteuse, restée en retrait. Cette situation montre qu’en pression modérée et lorsque l’implantation et l’alimentation hydrique sont sécurisées, plusieurs itinéraires peuvent conduire à un résultat satisfaisant.
Figure 1 >>> Efficacité globale du désherbage des pommes de terre à la fermeture des rangs, selon la stratégie choisie
Le « tout mécanique » montre ses limites
Le contraste est net avec le site de Villers-Saint-Christophe. L’absence d’irrigation et la sécheresse ont limité le développement de la culture, réduisant la couverture des rangs. Dans ces conditions, les modalités 100 % mécaniques n’ont pas dépassé 80 % d’efficacité.
En cas de forte infestation et mauvais recouvrement, il convient de multiplier les passages pour garantir une efficacité, ce qui pose la question du coût et de la faisabilité (le coût du passage mécanique est estimé à 60 €/ha). Les programmes chimiques appliqués en plein se sont montrés plus performants sur ce site à forte pression. Ils montrent toutefois une efficacité insuffisante pour les stratégies en un passage. Seuls les programmes avec un deuxième passage intégrant du rimsulfuron ou du Proman montrent une bonne efficacité.
En conditions climatiques de plus en plus compliquées, il est nécessaire d’adapter les désherbages.
Sur mercuriale annuelle, les programmes à base de clomazone ont donné de bons résultats, mais des levées tardives ont nécessité des rattrapages. Sur chénopode blanc, les bases aclonifène et clomazone ont montré leurs limites en situation de forte infestation. L’ajout de pendiméthaline puis de métobromuron au stade cracking a permis de renforcer le niveau de contrôle.
Ces observations rappellent combien l’adaptation fine du programme à la flore de la parcelle reste déterminante.
L’un des enseignements majeurs de ces essais concerne toutefois la complémentarité entre chimie localisée et mécanique. La combinaison d’un traitement de prélevée ciblé sur le rang suivi d’un passage de sarcleur en postlevée a permis d’atteindre, tout en réduisant les intrants, des efficacités comprises entre 82 et 88 % en moyenne. À Villers-Saint-Christophe, cette stratégie a apporté une sécurisation intéressante dans un contexte de forte pression en chénopode. Néanmoins, attention aux salissements tardifs et aux levées échelonnées dans l’inter-rang.
Le traitement de prélevée protège le rang, zone la plus difficile à travailler mécaniquement, tandis que le passage de sarcleur assure le nettoyage de l’inter-rang. Cette approche apparaît comme un compromis crédible entre réduction de l’usage des herbicides et maintien d’un niveau de performance acceptable.
Ces premiers travaux constituent une étape exploratoire dans la recherche de systèmes de désherbage plus résilients. Ils confirment que le 100 % mécanique reste sensible aux conditions de l’année et au type de flore, que la chimie à 100 % conserve une efficacité élevée lorsqu’elle est bien positionnée, et que les conditions météo sont humides lors du positionnement des herbicides racinaires. Quant aux stratégies mixtes, elles offrent une voie intermédiaire intéressante pour diminuer ces intrants.
1. PARSADA : Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives
Réglementation : ce qui change en 2026
Les spécialités commerciales ALMERIA 70 WG, ARCADE, BASTILLE, BRETTEUR, CITATION, METRIC et SENCORAL SC ne sont plus utilisables depuis novembre 2025. Cette évolution impose une réorganisation des programmes.
Certaines restrictions spécifiques concernent les produits à base de diflufénicanil (DFF) et de pendiméthaline. Dans la filière Plants, ces matières actives ne sont pas utilisables en raison de risques importants de marquages, notamment en cas de cumuls de pluie élevés après application. Cette contrainte vise en particulier les spécialités BOKATOR et CODIX. L’utilisation de buses antidérive est obligatoire avec ces produits, et avec les produits à base de prosulfocarbe, ce qui implique d’anticiper le matériel et les réglages avant l’intervention.
Pour les pommes de terre de consommation, ces produits doivent impérativement être positionnés en prélevée. Le respect du stade est déterminant : le germe doit se situer à plus de 5 cm sous le sommet de la butte. Tout décalage expose à un risque accru de phytotoxicité.
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