Enquête « Féverole » : le semis direct en forte progression
D’après la dernière enquête de Terres Inovia sur la culture de la féverole, la pratique du semis direct s’intensifie en 2024, et le taux d’utilisation de semences certifiées baisse, traduisant une tendance à l’extensification de la conduite. Quelques points techniques sont à améliorer, comme la densité et la profondeur de semis en féverole d’hiver.
Tous les trois ans depuis 2018, Terres Inovia enquête auprès de producteurs de féverole. Des évolutions de pratiques ont été notées en 20241 par rapport aux deux précédentes enquêtes, concernant principalement le mode et la profondeur de semis, les variétés semées, et les dates de semis. Les rendements ont été plutôt élevés en 2024.
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Répartition et types de variétés
Cinq bassins de production sont distingués : Normandie/Nord, Ouest, Est, Centre et Sud-Ouest. Les variétés d’hiver représentent environ 80 % de la sole de féverole – une proportion qui a légèrement augmenté par rapport à 2021, sauf en Normandie/Nord où les variétés de printemps occupent 60 % de la sole, et dans le bassin Est où les deux types de féverole coexistent désormais en proportions équivalentes.
En agriculture conventionnelle, la féverole est principalement semée en pur (sans association avec une autre espèce récoltée), contrairement à ce qui se pratique en agriculture biologique. Elle est majoritairement cultivée dans des exploitations de grandes cultures ; mais dans les bassins Sud-Ouest, Ouest et Centre, on la retrouve aussi en zone d’élevage et, dans le Sud-Ouest, avec des cultures spécialisées.
Conditions de culture et types de sols
En 2024, la féverole a été majoritairement implantée en sols limono-argileux dans tous les bassins, excepté au Sud (sols majoritairement argilo-calcaires) et dans l’Ouest et le Centre (15 à 19 % de parcelles en limons sableux, plus drainants).
49 % de la sole nationale est implantée en sols moyennement profonds (40 à 80 cm) et 45 % en sols peu caillouteux. Mais par rapport à l’enquête de 2021, la féverole a été plus souvent positionnée en sols profonds en 2024 (> 80 cm de profondeur), notamment en Normandie/Nord et dans l’Est, ce qui a pu contribuer en partie aux rendements élevés observés.
Le semis direct se développe
Techniques d’implantation et travail du sol
32 % des surfaces de féverole ont été implantées en semis direct - une technique bien adaptée à cette culture à grosses graines. Ce taux, qui est élevé comparé à d’autres espèces de grandes cultures, a doublé par rapport aux enquêtes précédentes. Les rendements obtenus avec ce type d’implantation sont dans l’ensemble très satisfaisants.
Le recours au travail du sol sans labour (superficiel ou profond) a légèrement diminué, alors que la proportion de surfaces de féverole implantées après labour est restée stable (25 %), hormis dans le bassin Normandie/Nord, où elle reste toujours importante et représente 52 % de la sole (52 %ha).
Matériel de semis et utilisation des semences
81 % des surfaces de féverole de printemps sont semées avec un semoir à céréales, souvent combiné à un outil animé de type herse rotative (68 %ha). En féverole d’hiver, un semoir classique type céréales est utilisé une fois sur deux, et sinon c’est un semoir spécifique au semis direct, en lien avec la progression de ce dernier. Le recours à un outil combiné au semoir est faible (28 %ha).
En 2024, seule 15 % de la sole de féverole d’hiver a été semée avec des semences certifiées. Ce taux – l’un des plus bas, voire le plus bas, des différentes espèces de grandes cultures –, a diminué de moitié depuis la dernière enquête dans les bassins Est, Ouest et Centre. Il reste extrêmement faible dans le bassin Sud (inférieur à 10 %ha), sans doute en raison d’un débouché « Semences pour couvert » (encadré) et d’une utilisation à la ferme supérieurs à la moyenne nationale. Il est un peu plus élevé en féverole de printemps, avec 36 % des surfaces pour le bassin Normandie/Nord.
Une utilisation plus fréquente en semences
En France, lors de la campagne 2023-2024, 85 % de la sole de féverole a été semée avec une motivation agronomique mais, l’argument économique est cité dans 36 % des situations. Près de 60 % des surfaces de féverole sont valorisées en alimentation animale, pour l’autoconsommation ou pour une collecte et une utilisation par des fabricants d’aliments du bétail. La légumineuse contribue ainsi à l’autonomie protéique des élevages.
Cependant, son utilisation en tant que plante de service, dans des couverts en interculture ou en association avec du colza, a fortement augmenté au cours des dernières années. Les producteurs collectent les semences pour la prochaine campagne, ce qui explique pourquoi autant d’entre eux ont indiqué un débouché « Semences » (36 % de la sole de féverole). De même, dans le Sud-Ouest, la production de semences représente une part toujours importante de la sole (49 %).
En revanche, le débouché « Alimentation humaine » reste très faible, à moins de 5 % de la sole.
La production est principalement livrée à un organisme collecteur (62 % des surfaces en moyenne), avec une variabilité entre bassins. C’est 70 % de la sole dans le bassin Normandie/Nord, et 80 % dans l’Est ; alors que dans le Sud, où l’autoconsommation pour l’alimentation animale ou les semences est plus fréquente, c’est un peu moins de la moitié.
Un traitement de semences a été utilisé sur 21 % de la sole de féverole d’hiver et sur 52 % en féverole de printemps. Ce résultat, en baisse depuis 2018, est à relier à la baisse du taux de semences certifiées.
Un renouvellement variétal plus marqué en type printemps
Variétés dominantes en féverole d’hiver
Axel, Diva et Irena totalisent près des trois quarts de la sole de féverole d’hiver (figure 1). Diva, très résistante au gel, est largement cultivée dans les régions froides de l’Est et du Centre, tandis qu’Axel, plus sensible au gel, est cultivée surtout dans les bassins Ouest et Sud où les hivers sont moins rigoureux.
On voit aussi apparaître la variété Divine, une féverole de printemps ancienne à faible teneur en vicine-convicine, très utilisée en agriculture biologique et très présente dans le bassin Sud. Elle est semée en automne, d’où son classement en féverole d’hiver. Il n’existe, en effet, pas de variété d’hiver à faible teneur en vicine-convicine ; or cette caractéristique est recherchée pour l’alimentation des animaux monogastriques (volailles notamment).
Des variétés plus récentes sont aussi présentes, comme Nairobi (5 à 7 %ha dans les bassins Est, Ouest et Centre) et Noumea (4 %ha dans l’Est), mais elles progressent lentement. Cela illustre un faible renouvellement variétal par les producteurs en féverole d’hiver.
Nouvelles tendances en féverole de printemps
En féverole de printemps, Tiffany, Victus, Synergy et Allison, toutes à faible teneur en vicine-convicine, totalisent près des deux tiers des surfaces, signe que ce critère de qualité est très recherché.
Inscrite en 2022, Synergy, à teneur en protéines élevée, a fortement progressé en 2024 dans les bassins Centre, Ouest et Normandie/Nord (23, 22 et 12 %ha respectivement) ; en revanche, elle est absente des bassins Est et Sud. La présence de cette variété récente est associée à un taux de semences certifiées plus important en féverole de printemps qu’en féverole d’hiver.
Semis : des surdensités observées en féverole d’hiver
En 2024, la densité de semis médiane est de 45 graines/m² pour la féverole de printemps, et de 35 graines/m² pour la féverole d’hiver ; des valeurs dans les plages de densité de semis préconisées2. Des surdensités ont été constatées, en particulier dans le bassin Est pour la féverole d’hiver, où 20 % des densités de semis dépassent 58 graines/m², soit plus du double de la densité conseillée. Rappelons que les couverts trop denses sont plus sujets aux maladies et à la verse et qu’en cas d’hydromorphie, cela peut accentuer le risque de maladies.
Selon les répondants, la profondeur de semis médiane pour les deux types de féverole est de 5 cm - une valeur proche de celles des deux précédentes enquêtes. En féverole d’hiver, il est conseillé de semer à 8 cm de profondeur afin de minimiser le risque de gel ; or seulement 20 % des valeurs observées en Centre et Ouest sont bien de cet ordre. En féverole de printemps, les semis précoces ont été plus profonds dans le bassin Ouest, conformément aux préconisations.
Un itinéraire technique peu chargé en intrants
Pratiques de désherbage et de protection phytosanitaire
En féverole d’hiver, dans le bassin Sud, un traitement herbicide de postlevée seule domine et est en progression par rapport aux deux enquêtes passées ; dans les bassins Centre et Ouest, plus de 50 % des surfaces sont désherbées en prélevée puis en postlevée. En féverole de printemps, 41 % de la sole en Normandie/Nord est traitée en prélevée seule, et 36 % en prélevée puis postlevée.
50 % des surfaces de féverole, d’hiver comme de printemps, n’ont reçu aucun insecticide sur la campagne 2023-2024, et 25 %ha, un seul traitement. Pour 64 % de la sole traitée, la bruche a été la principale cible visée, devant les sitones (38 %ha). Les pucerons, moins présents qu’en 2021, ont été moins fréquemment visés.
Les préconisations de protection sanitaire semblent globalement plutôt bien suivies.
Près de 34 % des surfaces de féverole d’hiver ont reçu trois fongicides lors de la campagne, tandis qu’en féverole de printemps, les programmes en deux traitements sont majoritaires sur la moitié des surfaces concernées. Les maladies les plus fréquemment ciblées sont la rouille et le botrytis.
On utilise donc moins d’herbicides et d’insecticides mais plus de fongicides sur féverole d’hiver que sur féverole de printemps. Les préconisations semblent, dans l’ensemble, assez bien suivies pour les deux types de féverole.
Apports en azote et rôle dans la rotation
Étant une légumineuse, la féverole restitue de l’azote à la culture suivante. Dans un contexte de prix élevé des engrais azotés, elle constitue donc un atout pour introduire de l’azote dans les systèmes de culture. Comme en 2018 et 2021, l’enquête 2024 montre que sur près des trois quarts de la sole de féverole, la grande majorité des producteurs ont économisé 20 à 40 unités d’azote minéral sur la culture suivante (souvent un blé), et ont modulé la réduction de dose selon les reliquats azotés mesurés en sortie d’hiver.
361 répondants en 2024, identifiés grâce à un partenariat avec FranceAgriMer, globalement bien répartis sur la zone de production de la culture. (Réponses volontaires à un questionnaire en ligne).
20 à 30 graines/m² en féverole d’hiver, 40 à 50 graines/m² en féverole de printemps, à moduler selon le type de sol.
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