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Campagne céréalière 2020 : des rendements particulièrement disparates

01 novembre 2020
La campagne 2020 s’est démarquée par une récolte globale faible, résultat de surfaces en nette baisse pour les céréales d’hiver, et de rendements en moyenne inférieurs à ceux des dernières années. Au-delà de ce constat, une analyse s’impose, à la fois sur l’hétérogénéité des rendements (des records côtoient des catastrophes) et sur l’intensité des fluctuations climatiques.

Les statistiques retiendront sans doute que 2020 aura été une récolte médiocre à l’échelle de la France : la production nationale de blé tendre, estimée à 29 millions de tonnes (données Agreste, octobre 2020) est l’une des plus faibles de ces vingt dernières années. Les surfaces sont en net retrait, du moins pour les céréales d’hiver: blé dur, blé tendre et orge ; ces emblavements en baisse ont bénéficié aux cultures de printemps et d’été, dont l’orge de printemps.

La cause de ces modifications d’assolement est aisée à identifier : l’excès de pluies en automne qui a perturbé les implantations, et parfois même les récoltes des précédents. Les rendements sont également en baisse pour toutes les espèces de céréales à paille avec, toutefois, des nuances régionales notables mais aussi avec une forte variabilité entre parcelles voisines, confirmée par nos réseaux d’essais, et par les retours de terrain (encadré).

De grandes hétérogénéités de rendement dans les fermes et dans les essaisLa disparité des situations a fortement surpris lors de la moisson, avec des parcelles très productives qui côtoient d’autres champs très décevants. Les causes de ces variations ont été identifiées : la qualité de l’enracinement (et donc de l’accès à l’eau), la maîtrise des ravageurs et, éventuellement, l’ajustement de la fertilisation azotée en fonction de la situation étaient les prérequis indispensables pour profiter d’un scénario climatique finalement favorable car très ensoleillé.

Cette hétérogénéité intersite a fait l’objet d’une analyse spécifique sur le réseau d’essais « Évaluation variétale-Blé tendre » mené en partenariat avec les acteurs du développement et les obtenteurs. Ce réseau regroupe 2000 essais au total, s’étale de 1997 à 2020, et subdivise le territoire en trois zones (Nord, Centre et Sud). L’analyse menée ici ne s’est pas intéressée au rendement moyen des essais, ou à la variabilité intra-essai, mais à la variabilité des rendements moyens entre essais au sein d’une même zone une année donnée.

On constate que la variabilité entre essais a été particulièrement élevée cette année, en particulier dans les zones Nord et Centre (figure 1). La seconde année la plus hétérogène est 2011 et était, elle aussi, concernée par une sécheresse printanière et une forte différenciation des parcelles selon leurs ressources hydriques. Cette variabilité accrue, également observée par les agriculteurs, peut vraisemblablement être reliée d’abord à des effets de stress hydriques et/ou azotés, éventuellement eux-mêmes liés à des problèmes d’enracinement et, dans certains cas, à la présence de viroses ou de maladies du pied pas toujours bien identifiées et décelées tardivement.

En orge d’hiver, l’effet de la JNO est évidemment le facteur principal de variations entre parcelles.

Un climat chamboulé… mais en phase avec les projections climatiques futures

Climatiquement, la campagne 2019-2020 s’est caractérisée par des fluctuations saisonnières des pluies très inhabituelles et des températures globalement élevées - un schéma étonnamment proche des simulations faites pour la France pour caractériser le changement climatique à moyen terme !

Les températures ont été constamment au moins égales aux températures moyennes et, très souvent, nettement supérieures. Les gelées hivernales ont été très discrètes : rares, ponctuelles et peu impactantes, alors qu’une fois de plus des gelées tardives (fin mars et tout début avril) sont apparues sur des cultures avancées et potentiellement sensibles. Du côté des pluies, la saisonnalité a été plus marquante que les cumuls annuels : des périodes sèches de plus d’un mois alternent avec des mois de précipitations abondantes et fréquentes qui ne laissent pratiquement pas de créneaux d’intervention pour implanter les cultures et rendent les interventions délicates. Ces particularités climatiques ont eu des conséquences en cascade sur les plantes, mais aussi sur les sols et sur les ravageurs.

La sécheresse de septembre et le retrait de traitements de semences insecticides vis-à-vis des vecteurs de viroses justifiaient de retarder les semis à l’automne 2019. Cependant, le retour des pluies courant octobre a perturbé la récolte des précédents (maïs, betteraves) et les implantations des céréales à paille d’hiver. Ainsi, les situations étaient partagées entre les implantations réalisées « dans les temps » mais exposées aux pucerons (présents de manière modérée mais durable en raison des difficultés pour intervenir) et celles significativement retardées), parfois derrière des préparations de sol très imparfaites. Ainsi, près de 50 % des parcelles de blé dur ont été implantées après le 1er janvier dans la moitié Sud !

Une conduite bousculée par la météo capricieuse

D’un point de vue physiologique, les écarts en sortie d’hiver ont été moindres que prévus : d’une part, les semis précoces ont souvent souffert des excès d’eau hivernaux et ont ainsi vu leur tallage significativement limité (-15% en moyenne dans nos essais) ; d’autre part, les semis tardifs ont bénéficié de la douceur hivernale (températures moyennes 1 à 3°C au-dessus des moyennes de saison) pour rattraper une partie de leur retard.

Ceci n’était évidemment que la partie visible de la situation : enracinements déficients et viroses laissaient craindre une suite du cycle plus compliquée.

Parallèlement, le désherbage des parcelles implantées précocement a été localement difficile en raison des perturbations météorologiques : difficultés pour intervenir, problèmes d’efficacité dans les sols secs de début octobre, problèmes de phytotoxicité localement… En outre, les forts cumuls de pluie ont entrainé une lixiviation importante de l’azote et du soufre en dehors des horizons de sol exploitables. Cependant, la douceur hivernale semble avoir dopé la minéralisation et conduit à des reliquats azotés finalement moins faibles que prévu.

La sortie d’hiver a été brutale : les fenêtres climatiques favorables aux interventions de février (fertilisation, désherbage, semis des orges de printemps) ont été rares, voire localement nulles, reportant beaucoup d’interventions sur le mois de mars, lorsque les conditions climatiques ont enfin viré vers davantage de soleil et moins de pluie. Ainsi, la moitié des orges de printemps a été semée dans le créneau du 15 au 31 mars.

Des cycles de croissance accélérés

L’excès d’humidité a soudainement cédé la place à des conditions séchantes en surface : les préparations de sol étaient délicates (les horizons de surface séchaient rapidement alors que les sols étaient à peine ressuyés en profondeur), et les apports d’azote mis en difficulté (humidité insuffisante pour permettre une valorisation optimale des engrais).

Les amplitudes thermiques, les forts rayonnements, et l’apparition progressive de stress hydriques et azotés ont eu des conséquences significatives sur les céréales. Tout d’abord, les stades se sont rapidement enchainés, alors que les couverts restaient courts. Ainsi, il était fréquent de se faire surprendre par l’émergence de la feuille drapeau alors que les plantes n’atteignaient pas le haut des bottes.

Ensuite, une montée à épi dégradée s’est cumulée à un faible tallage herbacé. Enfin, si l’absence de pluie a limité très nettement l’apparition de maladies foliaires, la douceur a fait réapparaître les pucerons qui avaient aisément survécu à l’hiver, après avoir abondamment colonisé les parcelles semées en automne. Ceux-ci ont d’ailleurs infesté rapidement les parcelles d’orges de printemps et les ont fréquemment infectées du virus de la jaunisse nanisante de l’orge (encadré).

Des symptômes inhabituels observés sur feuilles et épisAu cours du printemps, des symptômes assez inhabituels sont apparus : des jaunissements quasiment systématiques de feuilles courant montaison sur les orges de printemps, ponctuellement des symptômes sur la feuille drapeau en blé et, sur une grande moitié ouest, des épis noircis (ou parfois rougis) dressés juste avant la récolte.

La plupart de ces situations ont pu être reliées à des problèmes de viroses transmises par des pucerons - ou, plus rarement, par des acariens en Auvergne. Néanmoins, il n’est pas possible d’écarter des effets combinés de plusieurs facteurs, avec des effets accrus de stress climatiques sur des plantes potentiellement affaiblies par les virus.

Sur orges de printemps, il est très probable que les conditions climatiques printanières (forts rayonnements, amplitudes thermiques élevées, semis tardifs) aient engendré une forte amplification des symptômes.
Sur blé, les observations d’épis noircis ont le plus souvent pointé vers des défauts de remplissage imputables à la JNO et/ou à des maladies du pied favorisées par les conditions climatiques de l’année : fusariose, piétin-verse ou piétin-échaudage. Ces pathologies ont affecté la mise en place puis le remplissage des grains, réduisant à la fois le nombre de grains par épi et le poids des grains.

À partir de la mi-avril, les scénarios climatiques se différencient selon une ligne sud-ouest/nord-est. Ainsi, dans le quart sud-ouest, les stress hydriques apparus sont rapidement stoppés, mais l’humidité, les basses températures et le manque de rayonnement inquiètent. À l’inverse, c’est bien la sécheresse persistante (et en conséquence des carences azotées induites) qui affecte les parcelles superficielles ou les cultures mal enracinées dans un grand quart nord-est. Les retours de pluie épisodiques, fin avril et courant mai, permettent aux cultures les moins affectées de se maintenir et de compenser une faible densité d’épis par une fertilité supérieure à la moyenne (tableau 1).

À l’échelle France, la faible densité d’épis (-15 % dans nos essais) est complétée par une faible biomasse au stade floraison, qui est un indicateur repère pour le nombre de grains par m² et pour la capacité de la plante à réaliser un bon remplissage post-floraison. En outre, les statuts azotés sont hétérogènes, et presque partout sur nos plateformes expérimentales, les cultures ont, à ce stade-clé, absorbé moins d’azote qu’au cours des campagnes précédentes. Ce constat peut être le résultat de deux effets, éventuellement cumulatifs : une mauvaise valorisation de l’azote du sol (par défaut d’enracinement ou par lixiviation tardive) et/ou une efficacité altérée des apports d’engrais, notamment à partir du 15 mars (temps sec et venteux).

Il faut également mentionner les épiaisons et floraisons étonnamment précoces malgré des semis souvent retardés : la succession de mois systématiquement plus chauds que la moyenne a eu un effet net d’accélération du cycle dès la fin du tallage.

Moins de protéines produites à l’hectare en blé tendre

La fin de cycle s’est déroulée dans des conditions plus fluctuantes : des périodes humides et fraiches ont alterné avec les phases plus chaudes et sèches, jusqu’à l’installation d’un temps estival fin juin qui a permis une récolte dans de bonnes conditions. Ce temps variable a eu un impact net sur les cultures. Il a permis un remplissage des grains satisfaisant, car les plantes saines ont réussi à maintenir un métabolisme et des transferts efficaces jusqu’au bout ; mais il a induit un retard des premières récoltes d’orges d’hiver, initialement prévues en première moitié de juin.

Au final, en blé tendre, les rendements moyens observés semblent être légèrement en retrait de la moyenne décennale (source Agreste), avec des teneurs en protéines proches de 11,6 %. Cette combinaison de rendements moyens un peu faibles et de teneurs en protéines moyennes mène à une quantité de protéines produites à l’hectare inférieure aux années précédentes, à mettre en relation avec le déficit d’azote absorbé par les cultures au stade floraison. Ceci interroge donc sur les pratiques de fertilisation azotée des producteurs (dates et doses d’apports) et sur les capacités des cultures à valoriser au mieux les reliquats du sol et les apports en végétation.

Les effets de milieu (sol, secteur de production) ont eu un effet majeur sur la mise en place du rendement, avec en superposition des impacts significatifs de la JNO, en orge comme en blé. Les situations hydromorphes ont évidemment fortement pâti des excès d’eau hivernaux, avec un système racinaire altéré entrainant des pertes de talles et une mauvaise montée à épi, alors que les sols superficiels ont très rapidement induit des stress hydriques dès le mois d’avril.

Cependant, les forts rayonnements disponibles pour les cultures au printemps, et l’absence d’échaudage thermique précoce et de maladies foliaires ont permis d’atteindre des niveaux de rendement inattendus cette année. Ces très hauts potentiels ne peuvent s’expliquer que par un cumul d’effets environnementaux (réserve en eau des sols, pluies ponctuelles) et culturaux (structure de sol favorable, absence de viroses) favorables.

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