Blé tendre : 40 ans de progrès génétique constant
Un réseau d’essais animé par Arvalis et l’UFS, et mis en place en 2025 avec l’aide de 31 partenaires, confirme l’amélioration continue de la génétique des céréales à paille depuis les années 1980 et notamment celle des variétés de blé tendre, principale céréale cultivée en France. Le progrès se mesure sur les rendements, la résistance aux maladies.
Depuis la fin des années 1990, les rendements de céréales à paille plafonnent en France. Ceux du blé tendre, par exemple, stagnent depuis près de trois décennies autour de 72 quintaux par hectare, après avoir progressé de 1,3 q/ha/an jusqu’en 1996. Ce plafonnement des rendements est-il lié à un arrêt du progrès génétique ?
Pour répondre à cette question, Arvalis et l’UFS coordonnent une étude sur le progrès génétique des céréales à paille. Des essais sont conduits en blé tendre, blé dur, orge d’hiver, orge de printemps et triticale par un réseau de partenaires1 répartis sur tout le territoire. De premières expérimentations ont été menées en 2025 sur 68 lieux d’essais. Elles sont reconduites en 2026 sur 74 lieux d’essais et le seront sûrement en 2027.
La méthode consiste à cultiver simultanément – dans les mêmes parcelles et conditions (climat, maladies…) – des variétés allant des années 1980 à aujourd’hui. Une comparaison de leur comportement en culture permet ensuite d’évaluer le progrès génétique sur différents critères : rendement, résistance aux maladies, qualité… « En 2023, Arvalis et les membres de l’UFS ont ainsi recherché les variétés historiques de la sole française afin que l’expérimentation soit représentative de l’activité des agriculteurs », explique l’UFS. Ces variétés anciennes n’étant plus cultivées actuellement ont dû être multipliées un an à l’avance par les membres de l’UFS, spécialement pour ces essais.
Un progrès constant sur les rendements
Trente expérimentations ont été conduites en blé tendre, principale céréale cultivée en France. Au total, 31 variétés inscrites entre 1981 et 2024 ont été testées dans trois zones de production (tableau 1).
Les premiers résultats montrent un progrès génétique continu depuis les années 80. Les rendements augmentent, en moyenne, de 0,47 quintal par hectare et par an (figure 1). « Il n’y a pas de rupture de pente, le progrès génétique est donc constant », explique Philippe du Cheyron, ingénieur chez Arvalis. « Ces résultats sont provisoires et seront à confirmer en 2026 et 2027 sous d’autres conditions climatiques », ajoute-t-il. Ils sont néanmoins « cohérents » avec des estimations réalisées à partir des bases de données historiques dans le cadre d’une précédente étude qui concluent à un progrès génétique autour de 0,5 q/ha/an sur la même période.
Les résultats sont similaires pour les autres céréales étudiées (encadré). L’essoufflement de la croissance des rendements agricoles ne s’explique donc pas par un arrêt du progrès génétique, mais en grande partie par les effets des aléas climatiques. « Le progrès génétique parvient à compenser les effets négatifs du changement climatique en permettant aux rendements de se maintenir, plutôt que de baisser », observe Philippe du Cheyron.
De meilleurs rendements pour toutes les céréales testées
En 2025, les essais ont montré un progrès génétique constant entre les années 1980 et aujourd’hui sur les rendements pour les céréales à paille évaluées : triticale, blé tendre, blé dur, orge d’hiver, orge de printemps. Le triticale possède le coefficient de progrès génétique le plus important avec des rendements en hausse de 0,75 quintal par hectare et par an entre 1984 et 2023. Pour le blé dur, le rendement progresse de 0,44 q/ha/an entre les variétés de 1984 et 2023. Concernant l’orge d’hiver, il augmente de 0,37 q/ha/an entre 1986 et 2024. Enfin, le rendement des variétés d’orge de printemps progresse de 0,58 q/ha/an entre 1987 et 2024. Les premiers résultats révèlent aussi une augmentation de la précocité des variétés d’orge de printemps, de meilleurs calibrages des orges d’hiver 6 rangs brassicoles, ou encore un niveau accru de résistance à la rouille jaune des variétés de triticale récentes.
Plus de grains par épi
En blé tendre, l’innovation est très dynamique : entre vingt et trente variétés sont inscrites chaque année au Catalogue français. Le défi pour les obtenteurs est d’améliorer les performances de la plante sans affecter négativement d’autres caractéristiques qu’ils souhaitent conserver. « Une nouvelle variété doit amener de la productivité, un bon niveau de qualité et de résistance aux bioagresseurs, ainsi qu’à la verse et au froid. La question est : arrive-t-on à tenir toutes ces promesses en même temps ? », souligne Philippe du Cheyron.
Concernant le rendement, le progrès génétique peut jouer sur différentes composantes. Les données de sept essais menés en 2025 permettent de se faire une première idée des tendances des quarante dernières années. « En moyenne, le nombre d’épis reste le même. En revanche, les variétés récentes semblent avoir plus de grains par épi et des grains un peu plus gros », décrit Philippe du Cheyron. Autre caractéristique analysée : la hauteur des blés, qui n’a, en tendance, pas évolué depuis 40 ans. « Il faut rester prudent, ce ne sont que des résultats provisoires », précise toutefois l’expert.
Enfin, sur l’épiaison, il n’y a, en moyenne, pas de différence de précocité entre les variétés des années 1980 et les nouvelles. Cependant, entre-temps, les variétés les plus tardives ont disparu des catalogues en raison des risques plus importants de sécheresse et d’échaudage en fin de cycle.
Un peu moins de protéines
La teneur en protéines est un critère de qualité essentiel en céréale. Or, elle est corrélée négativement au rendement. En d’autres termes : plus le rendement est important, moins la teneur en protéine l’est. En effet, la quantité d’azote dans le grain, qui donne la teneur en protéines, est diluée. Les variétés récentes parviennent-elles mieux à concilier ces deux critères ? « Les nouvelles variétés ont des teneurs en protéines un peu plus faibles que les variétés anciennes, principalement à cause de la hausse des rendements », note Philippe du Cheyron. Néanmoins, l’augmentation du rendement aurait pu affecter de manière plus importante cette teneur en protéines si le progrès génétique n’avait pas permis d’améliorer la capacité des plantes à exporter l’azote dans le grain.
Critère déterminant pour le stockage et le transport du grain, le poids spécifique (PS) n’a, en moyenne, pas changé. Certaines variétés des années 1980 étaient déjà très performantes. En revanche, à la lumière des résultats, aucune variété récente ne présente un mauvais PS, signe de l’importance de cette caractéristique.
Des variétés plus résistantes
Les modalités conduites sans fongicide ont permis d’évaluer le niveau de résistance des blés aux trois principales maladies foliaires : rouille jaune, septoriose et rouille brune. Sur la rouille jaune, les variétés récentes ont, en général, un meilleur niveau de résistance que les anciennes. « Il existe néanmoins des exceptions avec des variétés récentes très sensibles à la rouille jaune en raison du contournement de gènes de résistance par de nouvelles souches de la maladie », explique Philippe du Cheyron.
Concernant la septoriose, les résultats montrent aussi une plus grande résistance des variétés récentes. Même tendance sur la rouille brune, avec toutefois des écarts moins importants. « Le progrès génétique sur les trois principales maladies se traduit par une baisse de la nuisibilité globale sur les variétés récentes », souligne l’expert. La diminution est de 0,26 % par an (figure 2).
La nuisibilité des maladies est mesurée en comparant les rendements des blés traités avec des fongicides à ceux des blés non traités. « Les maladies évoluent et s’adaptent au paysage des variétés cultivées. Les variétés récentes ne conserveront peut-être pas toutes leur bon niveau de résistance après quelques années de mise en production », rappelle cependant l’expert.
Les premiers essais du réseau montrent donc un progrès génétique continu depuis les années 1980 sur les principales caractéristiques recherchées par les céréaliers et les filières de blé tendre. Reste à attendre les données des deux prochaines années d’expérimentation pour étayer les résultats de l’étude.
1. Agora, Agri Obtentions, Alliance BFC, Arterris, Arvalis, BASF, Cavac, Cérésia, Bonneval Beauce et Perche, DSV, Emergence Agro, Eureden, Florimond Desprez, Inrae, KWS, Semences Lemaire Desffontaines, Lidea, LG, Lorca, Malteurop, Noriap, RAGT, Saaten Union, Secobra Recherches, Soufflet, Terre Atlantique, Terrena, Uneal, Unisigma, Vivescia, Union française des semenciers.
Depuis les années 1980, le progrès génétique des céréales à paille françaises reste constant, malgré le plafonnement apparent des rendements dû aux aléas climatiques. Les essais menés sur blé tendre, blé dur, orge et triticale montrent des gains réguliers de rendement, une meilleure résistance aux maladies et plus de grains par épi, sans altérer le poids spécifique.
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