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Quel avenir pour les grandes cultures bio en France ?

01 avril 2021
Amélie Carrière et Régis Hélias, animateurs de la filière bio chez Arvalis, dressent un état des lieux du marché français des grandes cultures bio. Entre productions de niche et consommation de masse, l’avenir du bio doit faire face à de multiples enjeux, dont celui de la rémunération des producteurs.

Perspectives Agricoles : Comment les productions bio ont-elles évoluées ?

Amélie Carrière : La production française en AB, toutes cultures confondues, a doublé ces cinq dernières années. En 2019, elle représentait 8,5 % de la Surface Agricole Utile ; et 10 % des agriculteurs français. Les cultures conduites en bio sont plus particulièrement présentes dans le sud, les Pays de Loire et l’est de la France. Trois-quarts des surfaces bio sont fourragères. Le développement de l’AB est porté par la demande des consommateurs, les politiques agricoles et les plans filières. Le programme « Ambition bio », coordonné par le ministère de l’Agriculture et les acteurs agricoles, vise 15 % de la SAU en bio en 2022. Selon l’Agence Bio, 4,9 % des surfaces en grandes cultures étaient cultivées en AB en 2019.

P. A. : Quelles sont les principales grandes cultures en bio ?

A. C. : Les assolements en grandes cultures bio se caractérisent par plus de diversité. En 2019, ils incluaient 23 % de blé tendre, contre 40 % en conventionnel. Les mélanges de céréales et de légumineuses occupent une place importante en AB, du fait de leurs avantages agronomiques ; ces mélanges représentent 13 % de l’assolement des grandes cultures bio - 20 % en tenant compte de la partie autoconsommée en élevage ! Parmi les oléagineux bio, on retrouve surtout le soja et le tournesol mais peu de colza, plus difficile à cultiver en AB. Les protéagineux, la féverole surtout et les pois, sont intégrés dans les rotations pour leurs apports en azote ; leurs débouchés sont encore insuffisamment développés. Les légumes secs sont beaucoup plus présents en bio qu’en conventionnel : 34 % des surfaces de pois chiche et de lentille sont cultivées en bio.

« +30 % de grandes cultures certifiées bio sont attendues pour la campagne 2020-2021 (Agence Bio).»

P. A. : La collecte suit-elle la même courbe que celle des surfaces bio ?

Régis Hélias : La production des grandes cultures bio est fluctuante d’une année à l’autre malgré l’augmentation des surfaces. La collecte 2020-2021 de céréales bio (blé tendre, orges, triticale, maïs), qui s’élève à 535 000 t(1) contre 579 439 t(1) en 2019-2020, a subi les mêmes aléas qu’en conventionnel. En blé ou en orge, la collecte bio représente 1 % de la collecte nationale. Les protéagineux bio ont connu une très forte diminution, d’environ -50 %, due à un manque de débouchés ; ils sont en « compétition » avec les tourteaux de soja importés. En tournesol et soja, les rendements 2020 ont aussi été pénalisés ; toutefois, les reports de surfaces des céréales d’hiver en cultures d’été a soutenu la collecte de ces deux cultures. Les enjeux pour la filière des grandes cultures bio sont d’investir pour augmenter les capacités de stockage et de transformation, structurer des filières solides régionalement sans perdre de vue le contexte global, en visant l’augmentation des capacités de production.

P. A. : Les marchés sont-ils en capacité d’absorber cette augmentation de production ?

A. C. :

L’utilisation des grandes cultures bio par les meuniers et les fabricants d’aliment du bétail a plus que doublé entre 2013 et 2019. Elle suit la consommation malgré une production fluctuante. L’origine France est généralement recherchée par les utilisateurs de bio. Si on prend l’exemple du blé tendre, en cas de baisse de la production céréalière, comme en 2020 avec 75 % d’autosuffisance contre 95 % en 2019, le stock de report compense la perte de collecte. Les importations sont ainsi en nette diminution après un pic en 2018. Pour la campagne en cours, avec l'augmentation des surfaces certifiées et des rendements qui s'annoncent satisfaisants, le comportement du marché du blé tendre sera à suivre de près. Globalement, même si le marché français est encore loin d’être saturé, il faut continuer à consolider les filières pour assurer les débouchés. Environ 40 % des volumes de grandes cultures bio sont destinés à l’alimentation humaine et 60 % à l’alimentation animale. Attention cependant aux marchés de niche, plus sensibles au risque de surproduction.

P. A. : Les prix élevés des productions bio vont-ils se maintenir 

R. H. : En France, les prix sont relativement stables. Les marchés bio subissent moins de fluctuations de prix qu’en conventionnel. Bien sûr, cela peut évoluer. Les aides sécurisent le résultat mais depuis 2018 les financements sont régionalisés. Des disparités apparaissent avec des risques de concurrence entre les régions. De plus, les prix des céréales bio françaises sont plus élevés que ceux de nos voisins européens.

P. A. : La concurrence avec les pays de l’UE et hors UE est-elle importante ?

A. C. : Les surfaces en grandes cultures bio augmentent aussi en Europe (2,6 Mha en 2017), avec également des croissances annuelles à deux chiffres. La France est devenue le premier pays producteur de grandes cultures bio en 2017 en totalisant 15,1 % des surfaces ; elle n’était que le quatrième en 2012. Viennent ensuite l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne. Les importations françaises de céréales bio sont stables à 33 % des utilisations, d’origine européenne essentiellement. Les industriels français veulent de la qualité, de la régularité et de la sécurité, ce que l’origine France leur apporte. Les importations servent de variable d’ajustement. Elles alimentent aussi depuis peu certains marchés en quête de prix bas. Il sera nécessaire à l’avenir de bâtir des échanges intracommunautaires sûrs avec nos voisins européens afin de sécuriser les marchés en cas d’aléas.

P. A. : L’AB répond-t-elle aux attentes des consommateurs ?

R. H. : La consommation de produits bio en 2019 en France a atteint 12 milliards d’euros, soit une augmentation de 13,5 % par rapport à 2018. La consommation des ménages en bio a plus que doublé en cinq ans et s’élevait à 6 % en 2019. La grande distribution détient 55 % des parts de marché. Les motivations des consommateurs en faveur des produits bio sont la santé, la qualité et le goût, ainsi que l’environnement ; la proximité de la production devient aussi un critère important. Les freins sont majoritairement le prix, le doute sur l’origine bio, les habitudes de consommations ou encore une offre qui ne correspond pas aux besoins. Les enjeux des années à venir vont être d’augmenter la production pour répondre à la demande, tout en maintenant la qualité, le prix payé au producteur et la confiance du consommateur vis-à-vis du bio.

(1) Source FranceAgriMer, valeurs provisoires.
Source des chiffres sur les surfaces et la consommation : Agence Bio.

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