Hausse des prix du blé attendue « dès le mois de juillet », selon Jean-François Lepy

Et si les prix du blé remontaient dès cet été, permettant enfin aux producteurs de sortir de l’effet ciseau ? C’est le scénario défendu par Jean-François Lepy, PDG de Soufflet Negoce by Invivo, fin connaisseur des marchés des commodities, s’appuyant sur cinq indicateurs. Explications.

La baisse progressive des stocks mondiaux de blé en 2026/2027 favorise la hausse des prix.
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Mise en jachère forcée, repli des surfaces de céréales vers des cultures moins exigeantes en azote telles que le colza ou les légumineuses…La hausse du prix des engrais provoquée par la guerre en Iran n’a pas ouvert de perspectives très réjouissantes pour la filière céréalière française. Mais le vent pourrait bientôt tourner, estime Jean-François Lepy, PDG de Soufflet Negoce by Invivo: « La crise des engrais nous fait entrer dans un nouveau cycle, dans lequel le prix du blé va augmenter. Probablement dès le mois de juillet, une fois les moissons terminées », a-t-il ainsi affirmé lors du congrès européen de la meunerie, qui s’est tenu à Marseille début juin 2026. Selon l’expert, pas moins de cinq signaux sont en effet au vert. 

1/ Une inflation en hausse

La distorsion sur le marché du pétrole causée par la fermeture du détroit d’Ormuz a un impact massif sur l’inflation. En réponse, les banques centrales resserrent leurs politiques financières, notamment en augmentant les taux d’intérêt. Cela entraine un ralentissement de la croissance, et un repli des capitaux à risque vers des valeurs refuges comme l’or ou le dollar américain. « Un dollar fort entraine une contraction économique, qui génère une baisse de l'activité donc de la demande énergétique », a expliqué Jean-François Lepy. Les prix du pétrole finissent par baisser, et un nouveau cycle s’enclenche, dans lequel on peut espérer un rebond des cours du blé. « Cependant, ce ralentissement de l’activité mondiale risque d’être dur pour nos économies déjà fragilisées, analyse Jean-François Lepy. Il y aura sûrement une extrême volatilité des prix, comme entre 2008 et 2012 ».

2/ Une consommation mondiale supérieure à la production

Avec 844 millions de tonnes (Mt), la récolte mondiale de blé 2025 est la plus importante jamais enregistrée, notamment grâce aux records de production atteints en Europe et en Argentine. « Mais à 824 Mt, la consommation mondiale a elle aussi atteint des sommets. Elle devrait se maintenir au même niveau en 2026, alors que la production devrait passer sous le seuil de la consommation », note Jean-François Lepy. Compte tenu des stocks, il n’y a pas de risque de pénurie. Mais cette légère baisse devrait avoir un impact sur le prix du blé.  

Évolution annuelle des stocks mondiaux de blé tendre (en Mt) depuis 2020/21

Production mondiale de blé tendre, consommation et évolution du ratio stock/utilisation (S/U) entre les campagnes 2020/21 et 2026/27
Production mondiale de blé tendre, consommation et évolution du ratio stock/utilisation (S/U) entre les campagnes 2020/21 et 2026/27

3/ Une récolte historiquement basse aux États-Unis

 

Avec 819 Mt attendues, la récolte 2026 de blé tendre s’annonce excellente, juste derrière 2025. Sauf pour les États-Unis, qui ont connu divers aléas climatiques ayant largement pénalisé les rendements. « Ils vont connaitre leur pire récolte depuis 1972. Par conséquent, ils vont piocher dans leurs stocks pour alimenter leur marché intérieur, et réduire fortement leurs exportations », développe Jean-François Lepy. Les blés européens devraient donc regagner en compétitivité, « d’autant plus si le dollar américain est fort ».

« De très bonnes récoltes sont attendues dans les pays du nord de l’Afrique et au Moyen-Orient », indique par ailleurs le PDG de Soufflet Négoce. Alors que certains marchés de ces zones sont historiques pour le blé français, la baisse attendue des importations va nécessiter d’ajuster la stratégie commerciale à l’export. Sans quoi la filière française pourrait passer à côté d’une belle opportunité de revaloriser le prix de son blé. 

Production mondiale de blé tendre attendue en 2026 (en Mt) versus 2025.

Les prévisions tablent sur une nette progression des volumes de récolte en Afrique du nord et au Moyen-Orient.
Les prévisions tablent sur une nette progression des volumes de récolte en Afrique du nord et au Moyen-Orient.

4/ Un épisode d’El Niño annoncé très intense 

2026 marque le retour du phénomène climatique El Niño, dont l’intensité devrait battre tous les records, d’après les modèles météos. « Il y aura sûrement des impacts néfastes sur les récoltes de l’hémisphère sud, notamment en Australie », suppose Jean-François Lepy.

5/ Le rouble russe atteint son plus haut niveau depuis 3 ans

Représentant 20% des échanges mondiaux de blé, la Russie pèse évidement sur les cours. « Une bonne récolte est attendue pour le blé d'hiver, mais celle des blés de printemps est à surveiller compte tenu des retards au semis », précise Jean-François Lepy. C’est surtout l’appréciation du rouble, en hausse de 20% depuis le mois de janvier 2026 pour atteindre son plus haut niveau depuis trois ans, qui pourrait avoir un impact sur les marchés. « Cette revalorisation menace la rentabilité des exportateurs, et met beaucoup de pression sur les bénéfices des agriculteurs », analyse le PDG, avant de préciser que « le potentiel d’exportation de la Russie reste toutefois élevé pour 2026/27 ».

Vers un choc d’approvisionnement en engrais ?

Pour le PDG de Soufflet Négoce, ces différents éléments sont autant d’arguments pour éviter de se détourner du blé tendre à l’automne prochain. Sa principale inquiétude concerne le faible taux de couverture en engrais des agriculteurs français pour la prochaine compagne, qui n’atteignait pas 20% début juin. « Le marché sous-estime l’impact de l’interruption des approvisionnements pendant la fermeture du détroit d’Ormuz, et des dommages occasionnés par la guerre sur les usines de fabrication. On va être témoin du 1er choc d’approvisionnement qui n’est pas induit par le climat », alerte t-il. Pour éviter des pertes de récolte considérables en 2027, il exhorte les producteurs à passer commande dès à présent, afin d’être couverts « au moins jusqu’à décembre 2026, idéalement juin 2027 »

Contenir les hausses de prix du blé

Si une revalorisation du prix du blé devient urgente pour contrer l’effet ciseau, attention toutefois aux effets d’une hausse excessive sur les denrées alimentaires de base. Dans un contexte de repli économique, et alors qu’une récession n’est pas à exclure, cela pourrait stopper nette la consommation. « On l’a vu il n’y a pas si longtemps, en 2022 avec le début de la guerre en Ukraine », a rappelé Jean-François Lepy.

 

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