L’artificialisation des terres deux fois moins rapide

En conférence de presse le 21 mai, la Fédération Nationale des Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural (FNSafer) constate une chute du rythme d’artificialisation des terres. Mais elle relève d’autres menaces sur le foncier agricole.

vue aérienne

En quatre ans, les surfaces destinées à l’artificialisation ont été divisées par deux. Elles atteignent en 2025 le niveau plancher de 8 500 ha. C’est 17 % de moins qu’en 2024 (figure 1).

Selon la FNSafer, cette baisse résulte de la loi Zéro Artificialisation Nette (Zan), mais aussi du contexte économique défavorable.

Figure 1 : Nombre de transactions, surfaces (en hectares) et valeur (en milliards d’euros) artificialisées de 2020 à 2025

Figure 1 : Nombre de transactions, surfaces (en hectares) et valeur (en milliards d’euros) artificialisées de 2020 à 2025
Source : FNSafer

Plus en détails, le nombre de transactions chute pour les acquisitions par les structures publiques/parapubliques et les « personnes morales privées » (les promoteurs, qui convoitent des biens de plus d’un hectare). En revanche, le nombre d’acquisitions par des particuliers, pour des biens plus petits que ce seuil, augmente. Cette légère reprise s’accompagne d’une hausse des prix.

28 400 ha de consommation masquée

À ces surfaces s’ajoute la « consommation masquée » - et pour des surfaces bien plus importantes : plus de 28 000 ha en 2025. 

L’artificialisation correspond, selon la FNSafer, aux surfaces destinées à la construction, aux infrastructures, aux carrières et aux espaces liés aux déchets et stockage. « Il s’agit d’un changement d’usage, prévu dans des plans locaux d’urbanismes », définit Loïc Jégouzo, adjoint au directeur du service études, veille et prospective de la FNSafer. A contrario, la consommation masquée est un détournement d’usage des terres agricoles pour du loisir et du stockage informel, ou par stratégie de spéculation/anticipation de l’urbanisation. « En théorie, cette consommation est réversible », souligne l’expert. Dans la majorité des cas, les biens font moins d’un hectare, et environ la moitié sont bâtis. La consommation masquée passe parfois par un « bail emphytéotique », c’est-à-dire un bail de très longue durée, qui inquiète fortement la FNSafer. « C’est un phénomène nouveau, depuis quelques années, que l’on observe surtout en Paca et Ile-de-France. Et nous n’avons pas moyen de le contrer ».

« La consommation masquée est un marché très important, qui continue à croître », déplore Loïc Jégouzo – même si le soufflet est un peu retombé après le Covid (figure 2).

Figure 2 : Surfaces en hectares de la consommation masquée, de la consommation d’espaces agricoles, naturels et forestiers (Enaf) et du marché de l’artificialisation

Figure 2 : Surfaces en hectares de la consommation masquée, de la consommation d’espaces agricoles, naturels et forestiers (Enaf) et du marché de l’artificialisation
Les années 2023 à 2025 de la consommation masquée sont représentées en pointillés car il s'agit d'une estimation. Source : FNSafer, d’après données Safer et Centre d'études et d'Expertise sur les Risques, l'Environnement, la Mobilité et l'Aménagement (Cerema).

« La consommation masquée contribue au mitage des terres agricoles », souligne le président, Thierry Bussy. « Chaque fois que l’on perd du foncier, on perd de la production, on perd de la souveraineté ». C’est pourquoi la FNSafer a porté l’inscription de la consommation masquée au programme de la Loi d’Urgence Agricole, via l’élargissement des motifs d'opposition à une transaction.

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