Vingt bonnes pratiques de fertilisation  à connaître

Le projet européen NUTRI-CHECK NET a identifié une vingtaine de pratiques de fertilisation qui optimisent la nutrition des cultures. Tout en réduisant les pertes d’azote, coûteuses à la fois pour sa trésorerie et la planète.

La dose totale prévisionnelle d’azote est souvent déterminée en début de campagne par la méthode du bilan prévisionnel. On gagnera à la réévaluer en cours de campagne, en s’appuyant sur l’observation de l’état réel du sol et des cultures.
La dose totale prévisionnelle d’azote est souvent déterminée en début de campagne par la méthode du bilan prévisionnel. On gagnera à la réévaluer en cours de campagne, en s’appuyant sur l’observation de l’état réel du sol et des cultures. © N. Cornec - Arvalis

Quelles pratiques adopter pour atteindre les objectifs du Pacte vert européen ? Autrement dit, comment optimiser sa fertilisation de façon à maximiser ses rendements, à moindre coût, tout en préservant l’environnement ?

Dans le cadre du projet européen NUTRI-CHECK NET, qui vient de s’achever, un consortium d’agronomes, d’économistes et de décisionnaires européens réunis en ateliers ont identifié vingt « bonnes pratiques » pour atteindre ce triple objectif. Certaines sont connues, d’autres traduisent prise en compte plus dynamique de la fertilisation.

Petit guide (format PDF) de la fertilité biologique des sols.

Un plan de fertilisation bâti sur du solide

Au-delà du réglementaire plan prévisionnel de fumure, le plan de fertilisation, plus global, est le pilier de toute stratégie de nutrition des cultures. Il prend en compte de nombreuses informations, à collecter et à mettre à jour régulièrement. Lesquelles ?

1. Diagnostiquer régulièrement la fertilité de ses sols

C’est la garantie qu’une modification graduelle de cette fertilité sera détectée. Une analyse physico-chimique de terre des parcelles, tous les 4 à 5 ans, identifiera les nutriments dont la disponibilité dans le sol est insuffisante ou nécessite d’être entretenue. Pour l’analyse, échantillon­ner le sol aux stades cruciaux des cultures.

2. Comprendre les types d’engrais et leur mode d’action

Les besoins en nutriments d’une culture varient fortement au fil de sa croissance. Appliquer un type d’engrais mal adapté à un stade donné diminue l’efficience d’utilisation des nutriments par la plante - parce que sa vitesse de libération est trop lente ou trop rapide, ou parce que dans le contexte de la saison, il sera davantage soumis au lessivage ou à la volatilisation.

3. Estimer les besoins du moment

Chaque culture a des besoins en nutriments spécifiques, qui varient selon son stade de développement et sont à ajuster selon le rendement visé. Pour le blé, par exemple, les OAD incluant les modèles FER­TI-ADAPT CHN et APPI-N s’appuient sur l’indice de nutrition azotée pour ajuster la fertilisation au besoin du moment.

4. Connaître la composition de ses fertilisants organiques

Une analyse par un laboratoire certifié de ses engrais organiques établira leur composition précise en macronutriments (N, P, K), nutriments secondaires (S, Ca, Mg), et micronutriments (Zn, Cu, Mn, B). À savoir : les engrais organiques contenant un taux élevé de carbone (rapport C/N supérieur à 30) minéralisent lentement, ceux dont le C/N est inférieur à 20 minéralisent plus vite ; le plan d’application de ces fertilisants doit en tenir compte. L’outil gratuit  « Fertiliser avec les produits organiques »  accompagne dans le choix des produits.

5. Tenir compte des fournitures en nutriments par le système

Apports de fumier au cours de la rotation, résidus du précédent, couverts d’interculture enfouis… Tous ces apports organiques libèrent des nutriments lors de leur dégradation, dont la quantité doit être estimée et intégrée au plan de fertilisation. Un couvert à base de trèfle, par exemple, fournit de 50 à 80 kg/ha d’azote à la culture suivante. La méthode MERCI calcule ces apports, tandis que les OAD labellisées Prev’N sont paramétrés pour en tenir compte.

6. Quantifier les nutriments dans l’eau d’irrigation

Dans certaines régions comme la Charente-Maritime, l’eau d’irrigation est naturellement riche en nutriments dissous qui peuvent contribuer substantiellement à la fertilisation (de l’ordre de 50 kg N/ha pour une eau contenant plus de 25 mg/l de nitrates). Mieux vaut analyser l’eau d’irrigation, puis soustraire du plan de fertilisation les nutriments fournis par un nombre moyen de tours d’eau.

7. Calibrer les buses et les épandeurs d’engrais et de fumier

Leur calibration est essentielle, notamment en cas d’usure ou de changement de type d’engrais, afin d’appliquer une dose correcte et uniforme : une heure de calibration peut économiser des centaines d’euros et garantit la conformité réglementaire. Certains épandeurs disposent de systèmes électroniques embarqués pour un ajustement automatique.

8. Respecter la réglementation en vigueur

La règlementation environnementale implique le respect des périodes d’interdiction d’épandage, l’enregistrement des pratiques et la comptabilisation de tous les apports (engrais minéraux, organiques, irrigation, reliquats), la couverture des sols, et l’équilibre de la fertilisation.

Un plan ajusté aux réalités de la campagne

Le plan de fertilisation doit être ajusté à l’état réel des cultures, qui dépend de nombreux facteurs variables - en premier lieu, la fertilité du sol et la météo.

9. Observer ses cultures

Des observations au champ en cours de campagne (visuelles, mesures par capteurs) établiront l’état réel de la culture, qui a peut-être subi des aléas climatiques ou des attaques de bioagresseurs, ce qui modifie sa capacité à absorber les nutriments. Ainsi, mieux vaut différer un apport d’azote si une plante subit un stress hydrique, car elle ne le valorisera pas correctement.

10. Examiner la santé du sol

Quand le sol est compacté, saturé d’eau ou desséché, la croissance des racines, et donc l’absorption des nutriments, sont amoindries. À l’aide d’une bêche ou d’un pénétromètre, diagnostiquer la fertilité physique du sol aux stades-clés de la croissance de la culture : sa structure et son humidité, la profondeur de pénétration des racines, etc. Si des facteurs limitants sont détectés, prendre les mesures appropriées : décompactage, implantation de couverts, apport de matière organique…

11. S’appuyer sur les prévisions météo

La météo est sans doute la variable qui affecte le plus l’efficience de la fertilisation. Apporter l’engrais si une pluie modérée (15 mm d’eau) est attendue dans les 10 jours suivants, mais éviter de fertiliser avant une grosse pluie, ou si le sol est saturé d’eau ou gelé. Pour un apport d’urée, de lisier ou de solution azotée, viser une période fraîche pour minimiser la volatilisation, à moins d’incorporer rapidement l’engrais au sol. Appliquer une urée juste avant une pluie légère plutôt que par un après-midi chaud évite ainsi de perdre 20 à 30 kg N/ha par volatilisation.

12. Effectuer l’apport au bon endroit

S’appuyer sur des équipements calibrés et des technologies comme le GPS, la modulation de dose ou l’injection ciblée, en respectant les recommandations propres à chaque culture et en tenant compte des conditions météo.

13. Fractionner les apports d’azote

Les cultures absorbent l’azote graduellement. Un apport trop massif à un stade trop précoce, c’est de l’engrais « gaspillé ». Par exemple, le rendement et la qualité du blé tendre sont améliorés en fractionnant l’azote minéral en trois, voire quatre apports : au tallage, à montaison et à la dernière feuille, voire au début de la floraison ; pour le maïs grain, réaliser un premier apport au semis, puis l’essentiel de l’apport au stade « 6-8 feuilles ».

14. Identifier les éventuels facteurs limitants avant tout nouvel apport

Une culture sous-nourrie ne doit pas automatiquement déclencher un apport d’engrais. La malnutrition peut avoir une autre cause qu’un sol carencé en nutriments – par exemple, une terre trop sèche ou au pH inadapté, des ravageurs, une compaction. Ces facteurs limitants doivent être identifiés et si possible éliminés avant une nouvelle fertilisation.

15. Documenter les apports et la réponse de la culture

Inclure les observations agronomiques, idéalement via des outils numériques intégrant les analyses de sol et les éventuelles mesures de capteurs ou de télédétection. Ces historiques permettent d’ajuster les stratégies, tout en constituant une base fiable pour les audits et certifications.

Un bilan pour améliorer son prochain plan

Un plan de fertilisation doit être évalué à la lumière de toutes les informations collectées au long de la campagne. L’objectif est d’identifier les causes du succès ou des échecs, et le cas échant, d’y remédier autant que possible.

16. Analyser les teneurs en nutriments dans la culture

L’analyse des tissus des plantes en cours de campagne ainsi que des produits de la récolte fournit une preuve directe de l’efficience de la fertilisation. Collecter des échantillons représentatifs des feuilles, grains, fibres, tubercules ou ensilage, puis les faire analyser par un laboratoire. Ce seront autant de pistes pour identifier les causes d’une mauvaise nutrition, ou des déficiences cachées – par exemple, pourquoi le rendement en grain est bon mais le taux de protéines, insuffisant.

17. Documenter les variations de rendement

Les variations de rendement d’une parcelle à l’autre, voire au sein d’une parcelle, sont d’autres clés pour comprendre pourquoi la fertilisation a été moins efficace. Le rendement peut être mis en relation avec d’autres informations collectées : imagerie des parcelles en culture par drone ou satellite, cartes des sols… Leur analyse comparée permet d’identifier là où les fréquences d’apport ont été inappropriées, ou encore les zones à amender ou à drainer ; ainsi que, sur le long terme, les parcelles à bas rendement.

18. Calculer le bilan des nutriments et l’efficience d’utilisation des nutriments

Le bilan des nutriments compare les importations de nutriments (fertilisants minéraux et organiques, nutriments apportés par l’irrigation, dépôts atmosphériques) et les exportations (absorption par les cultures, pertes). L’efficience d’utilisation des nutriments mesure avec quelle efficacité la culture convertit les nutriments absorbés en rendement. Sans ces calculs, le risque est de sur- ou sous-fertiliser, ou de mésestimer les pertes par lixiviation et volatilisation.

19. Comparer avec les références de la région

Comparer ses propres résultats aux rendements de sa région est un moyen d’évaluer ses performances, d’identifier des voies d’améliorations ou de renforcer la pertinence de ses choix. Discuter avec ses voisins, consulter la presse agricole locale, les chambres d’agricultures, les organismes stockeurs et/ou les conseillers agricoles pour obtenir des références. Sans oublier de participer aux mises en commun de données via son CETA ou son GDA.

20. Collaborer à des recherches, partager ses données

La recherche agronomique a besoin de partenaires pour concevoir et tester de nouveaux modes de fertilisation, et de données harmonisées pour alimenter ses modèles. Participer à des groupes de réflexion d’agriculteurs ou à des essais fait aussi évoluer sa propre réflexion. Collecter des données standardisées et les partager avec les instituts de recherche contribue à l’innovation, pour le bien de tous.

 

0 commentaire

Réagissez !

Merci de vous connecter pour commenter cet article.

Se connecter
Ou connectez-vous avec
Pas encore inscrit ?
Créer un compte
Vérification
Saisissez d’abord votre adresse email pour vous connecter ou créer un compte
Ou connectez-vous avec
Mot de passe oublié

Pour réinitialiser votre mot de passe, vérifiez votre adresse mail ci-dessous, cliquez sur Envoyer et suivez les instructions qui vous seront envoyées par mail.