Couverts végétaux en AB : quelles options face aux adventices ?
Des couverts peuvent être mis en place en agriculture biologique ; ils constituent un moyen de restituer de l’azote à la culture suivante. Cette pratique ne convient qu’aux parcelles faiblement infestées par les adventices vivaces comme le chardon. Mais des solutions existent pour permettre les interventions mécaniques d’été.
Implanter un couvert végétal : est-ce une bonne idée en agriculture biologique ? Pendant la période de l’interculture, la gestion mécanique des adventices, en particulier des vivaces, est plus souvent de mise en AB que l’implantation de couverts végétaux. Les cultures intermédiaires représentent une réelle opportunité d’augmenter les apports de matières organiques au sol - et d’améliorer les restitutions d’azote aux cultures lorsque des légumineuses sont mises en place.
Les systèmes bio sont toutefois plus adaptés à la technique de semis sous couvert d’une culture en place. C’est possible en bio - en l’absence d’herbicides rémanents et parce que les cultures sont moins couvrantes qu’en conventionnel. Le point sur les différentes stratégies de gestion des couverts en agriculture biologique.
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Semer un couvert dans la culture
En bio, les couverts sont à réserver aux parcelles sans chardons
La gestion des adventices vivaces (chardons) ou pluriannuelles (rumex) reste une gageure en agriculture biologique. Un essai à Villarceaux (95) en 2014-2015 a montré que la destruction des rumex de souche avait nécessité quatre scalpages, ce qui est peu compatible avec une implantation suffisamment précoce d’un couvert en été.
Un autre essai à Salvagnac (81) en 2015-2016 a comparé différentes stratégies de gestion des chardons avant d’implanter un blé (figure 1). Une modalité avec un seul déchaumage a été suivie de l’implantation d’un couvert de sorgho fourrager. Les autres modalités intégraient des déchaumages superficiels à 5-10 cm, ou des déchaumages superficiels puis profonds (5-10 cm puis 30 cm), réalisés soit tous les mois de façon systématique, soit à la reprise des chardons.
Pendant l’interculture et dans le blé suivant, la population de chardons a reculé davantage dans les parcelles travaillées plusieurs fois que dans celles avec couvert. D’ailleurs, le travail du sol déclenché après la repousse des chardons (vers « 6 feuilles ») a mieux fonctionné que celui réalisé systématiquement.
Figure 1 >>> Évolution relative dans le temps de la population de chardon des champs
Ce type de résultats confirme qu’en cas de présence significative de vivaces, l’implantation d’un couvert annuel - qui s’accompagne d’une nette réduction des opérations de travail du sol d’été - n’est pas appropriée. Cependant, le broyage régulier au stade « Boutons floraux » des trèfles d’un couvert (en août, en septembre, puis début octobre) revient à mettre en place une stratégie d’épuisement des chardons presque aussi efficace que des déchaumages successifs. Une telle pratique est évidemment à réserver aux parcelles qui ne sont pas totalement colonisées par le chardon.
Comment gérer le rumex ?
Pour gérer le rumex, sur des parcelles libérées tôt (mi-juillet) après deux à trois scalpages, il est encore possible de semer des couverts tardifs « en sortie de crise ». Semer des crucifères (moutarde d’Abyssinie, moutarde blanche, radis chinois) début septembre reste pertinent pour atteindre des objectifs de biomasses honorables ; elles peuvent être éventuellement épaulées par quelques kilos de phacélie – par exemple, dans un mélange de moutarde d’Abyssinie (3 kg/ha) + radis chinois (2 kg/ha) + phacélie (2 kg/ha).
C’est d’autant plus pertinent qu’il sera possible de décaler la date de labour du couvert à décembre - oire en janvier-février en sol de limons francs.
Règlementation en semences bio et dérogations
Le couvert, en pur ou en mélange, doit être composé d’au moins 70 % de semences produites en agriculture biologique ou en deuxième année de conversion. Pour les 30 % restant, les semences peuvent être issues de l’agriculture conventionnelle, sauf pour les variétés en liste négative et pour les espèces classées « hors dérogation ».
Ces règles sont valables pour les semences de ferme comme pour les semences certifiées. Les statuts dérogatoires des espèces sont téléchargeables sur semences-plants-biologiques.org.
Diminuer le stock semencier des annuelles
Concernant les adventices annuelles, l’efficacité des faux-semis semble devoir être relativisée selon une synthèse de 58 essais annuels réalisés en agriculture conventionnelle. Cette synthèse montre que des déchaumages superficiels et répétés favorisent les levées d’adventices pendant l’interculture sans pour autant réduire les levées d’adventices dans la culture suivante.
L’importance du stock semencier et la dormance des graines d’adventices expliquent ces résultats. Des essais pluriannuels en agriculture conventionnelle sont en cours pour en valider les conclusions sur une échelle de temps d’environ 4 ans.
Gérer les annuelles reste possible en bio même avec un couvert.
Cette pratique montre néanmoins des efficacités intéressantes sur les graminées, notamment après un printemps chaud et sec car les dormances seront plus faibles. Mais elle reste très décevante sur les graines de dicotylédones !
Rappelons que le faux-semis sert avant tout à éviter de stocker les graines adventices de l’année plutôt qu’à les déstocker.
Autrement dit, entre réaliser des faux-semis et semer un couvert, privilégier le couvert. D’autres leviers de gestion des adventices peuvent être mis en œuvre : la rotation, l’alternance labour/non-labour, la valorisation des temps annuels de décroissance (TAD) de certaines adventices…
Application « Choix des couverts »
L’outil d’aide à la décision gratuit « Choix des couverts » vous permettra d’affiner votre choix en fonction de votre contexte de production et de vos objectifs.
Des espèces pour couvert à exclure en AB
En agriculture biologique, le semis de couverts en été avec des espèces annuelles est assez proche de ce qui peut se faire en agriculture conventionnelle. La nécessité de semer le couvert sur un sol propre impose a minima un déchaumage après la moisson.
Si la parcelle n’est pas trop sale, un enchainement rapide moisson-déchaumage-semis-rappui peut offrir un compromis entre gestion de la flore et conservation de l’eau du sol pour assurer une levée précoce du couvert.
Toutes les espèces pour couverts ne sont pas adaptées à l’AB.
Certaines espèces de couvert sont déconseillées en AB (tableau 1). Pour des raisons sanitaires, afin de préserver à terme la capacité de cultiver des légumineuses à graines dans les rotations bio, on évitera ainsi pois, lentilles et féveroles (à moins d’être capable de respecter un délai de retour de 5-6 ans).
Tableau 1 >>> Espèces de couverts conseillées ou déconseillées en agriculture biologique
Le radis fourrager et la navette peuvent être durs à détruire, même avec un labour : ils sont aussi à éviter.
Éviter les espèces pouvant se ressemer dans la culture suivante
Éviter de même les vesces dont on maîtrise mal la levée de dormance ; elles peuvent avoir des levées tardives dans la rotation et prendre ainsi un statut d’adventices, car elles graineront à la maturité des blés et seront quasi impossibles à trier. On peut toutefois tenter la vesce du Bengale (ou vesce pourpre) dans les régions où l’hiver reste significatif, car cette espèce est particulièrement gélive. Mais attention aux mélanges commerciaux qui contiennent souvent des vesces communes ! La vesce de Narbonne (petite féverole) se trie bien compte tenu de la taille de sa graine, mais sa biomasse reste souvent décevante.
D’autres espèces peuvent monter à graine et devenir invasives dans les années suivantes, comme la phacélie (sauf si elle est semée tard), le mélilot ou le sarrasin. Ça peut être aussi le cas des espèces à la floraison précoce et semées tôt : moutardes blanche ou brune, caméline, moha... Cependant les gammes se diversifient et proposent, par exemple, des variétés tardives de moutardes blanches ou brunes.
Des cas de pollution de la récolte de la culture suivante ont été observés derrière du fenugrec : ce dernier transmet des odeurs au grain, comme la majorité des légumineuses, notamment les vesces.
Enfin, le lotier et la luzerne sont déconseillés en raison du coût de leurs semences.
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