Faux-semis : un levier à relativiser pour maîtriser les adventices

Les données du projet COMBHERPIC montrent que les faux-semis ne réduisent pas nécessairement les levées d’adventices dans les cultures d’automne. Mais ils peuvent parfois se révéler efficaces sur flore spécifique avant une culture de printemps.

Levées de graminées dans du blé. La pratique des faux-semis à l’interculture n’a pas l’effet qu’on pourrait attendre sur les levées d’adventices dans la culture d’hiver suivante.
La pratique des faux-semis à l’interculture n’a pas l’effet qu’on pourrait attendre sur les levées d’adventices dans la culture d’hiver suivante. © L. Jouy (ARVALIS)

Le faux-semis permet-il vraiment de réduire les levées d’adventices dans la culture suivante ? Les travaux menés dans le cadre du projet COMBHERPIC1 ne permettent pas de l'affirmer. Les partenaires du projet ont observé sur 58 essais et quinze campagnes le nombre total d’adventices ayant levé pendant l’interculture précédant le semis d’une culture d’hiver (blé principalement, et colza) ou de printemps (tournesol principalement), ainsi que les adventices ayant levé dans cette culture.

Et ils ont rarement observé à court terme une réduction significative des levées d’adventices dans la culture d’hiver après des faux-semis. Ces derniers s’avèrent plus efficaces pour limiter les levées d’adventices (notamment d’ambroisie) dans la culture de printemps s'ils sont combinés à un décalage de la date de semis. En revanche, la perturbation du sol lors du semis ou les jours précédents favorise systématiquement les levées d’adventices en culture.

Quinze ans d’essais annuels analysés

Pendant l’interculture, différentes opérations de travail du sol concourent à faire lever les adventices, au principe que les semences qui auront levé ne germeront plus dans la culture suivante. Ces opérations font partie de la panoplie des leviers de gestion intégrée des adventices, mais peuvent toutefois avoir d’autres finalités que les levées d’adventices : le déchaumage, la préparation du lit de semences ou encore la destruction mécanique à l'interculture.

Le projet COMBHERPIC a permis d’harmoniser les définitions des leviers de travail du sol mobilisables à l’interculture pour gérer les adventices. Le terme « faux-semis » désigne ainsi les opérations réalisées dans les deux mois qui précèdent le semis de la culture suivante ; celles réalisées avant sont considérées comme des opérations de déstockage grainier (encadré).

Quel est l’impact des faux-semis sur le stock grainier ?

En théorie, la multiplication des opérations de déstockage ou de faux-semis en conditions favorables augmente les levées d’adventices et diminue donc le stock semencier. Mais très peu d’études ont chiffré cet impact.

La plupart des références bibliographiques ne montrent pas d’effet des faux-semis sur l’enherbement de la culture suivante. Deux études de 2016 et 2021 précisent que, lorsque les faux-semis réduisent le nombre d’adventices, cette réduction n’est pas observée dans toutes les cultures, ni tous les ans.

Une étude en système maraicher bio a établi que quatre faux-semis réalisés pendant une saison où aucune culture n’a été mise en place ont permis, en l’absence de toute irrigation, de réduire le stock semencier de 3 % par rapport au témoin sans faux-semis ; mais en irriguant (40 mm/semaine de mai à août), la réduction du stock grainier a atteint environ 50 %.

Une autre étude a estimé qu’un faux-semis diminue de 0,7 % le stock semencier total sous l’hypothèse que 10 % des graines d’adventices sont non dormantes à tout moment de l’année, et que seules 7 % de celles-ci sont enfouies dans les trois premiers centimètres du sol - et restent donc aptes à germer.

Dans les essais annuels analysés par les partenaires, le suivi a été fait pendant l’interculture puis dans la culture suivante. En aucun cas ces essais ne permettent de conclure sur l’effet à long terme des faux-semis sur le stock semencier : ils ne traitent que du potentiel effet à court terme, dans la culture suivante.

Les analyses ont porté sur le nombre total d’adventices ayant levé pendant l’interculture (toutes espèces confondues, en incluant les repousses du précédent) à la suite de tous les passages réalisés, ainsi que sur les adventices ayant levé dans la culture suivante.

Un effet limité des faux-semis dans les cultures d’automne

Un regroupement de 14 essais a permis de comparer trois stratégies de lutte contre les adventices : sans faux-semis (chaume nu ou couvert d’interculture) et sans perturbation du sol proche du semis ; des faux-semis réalisés entre 3 et 10 cm de profondeur, sans perturbation du sol près du semis ; des faux-semis réalisés entre 3 et 10 cm de profondeur mais avec perturbation du sol avant ou au semis.

Il n’apparaît pas de corrélation ni d'effet significatif des faux-semis observés sur les levées pendant l’interculture, ni sur les levées dans la culture d’automne qui suit. En revanche, la perturbation du sol lors du semis ou dans les 10 jours qui le précèdent tend à faire augmenter le salissement de la culture, mais sans que l’effet soit significatif.

Le regroupement de 4 essais comparables sur blé avec un précédent paille montre cependant un effet significatif des faux-semis sur les levées de ray-grass pendant l’interculture (figure 1). Mais là encore, on n’observe pas d’effet des faux-semis sur les levées de ray-grass dans le blé suivant.

Levées de ray-grass pendant l’interculture et dans la culture suivante en fonction de la gestion de l’interculture et du semis
Figure 1 >>> Levées de ray-grass pendant l’interculture et dans la culture suivante en fonction de la gestion de l’interculture et du semis.
« Perturbé » : sol perturbé avant ou au moment du semis.
Test statistique de Tukey : une même lettre indique qu’il n’y a pas de différence significative entre les résultats.
Regroupement de 4 essais sur blé à Boigneville (91) et Crestot (27) entre 2007-2008 et 2014-2015.

Un effet de la perturbation du sol lors du semis est à nouveau observé (significatif dans le cas d’une gestion sans faux-semis, mais non significatif avec faux-semis) : ne pas perturber le sol lors du semis ou les jours précédents stimule moins les levées de ray-grass dans le blé. Ce phénomène est d’autant plus marqué que le sol n’a pas été travaillé pendant l’interculture, ce qui maximise le mulch de résidus présents en surface et limite la création de terre fine par les éléments semeurs.

Quatre autres essais identiques sur blé ont été réalisés en 2006-2007, mais la flore adventice étudiée était cette fois le vulpin. Ils ont croisé quatre dates de semis - un semis classique (le 30/09) et trois semis plus ou moins décalés (les 19/10, 02 ou 03/11, et 20/11) - avec un, deux ou trois faux-semis réalisés à 3-7 cm de profondeur pour les semis retardés, et aucun faux-semis pour le semis classique.

Le semis décalé au 19 octobre avec un seul faux-semis a un très fort impact sur les levées de vulpin dans le blé suivant (figure 2). Pour les semis de novembre, un seul faux-semis génère statistiquement autant de levées de vulpin que deux ou trois.

Levées de vulpin dans le blé en fonction de la date de semis de la culture et du nombre de faux semis qui précèdent
Figure 2 >>> Levées de vulpin dans le blé en fonction de la date de semis de la culture et du nombre de faux semis qui précèdent. Effectuer un seul faux-semis et retarder le semis du blé au 19 octobre ou à novembre suffit à diminuer drastiquement le nombre de vulpins levant dans le blé.
« Perturbé » : sol perturbé avant ou au moment du semis.
Test statistique de Tukey : une même lettre indique qu’il n’y a pas de différence significative entre les résultats.
Regroupement de 4 essais sur blé.

Positionner autrement le travail du sol

Le faible impact des faux-semis constaté sur le salissement en culture et l’effet de la perturbation du sol au semis militent pour un changement des habitudes de gestion des sols durant les semaines qui précèdent le semis.

Si le travail du sol reste un levier important de la gestion des adventices, idéalement, il faudrait le réaliser au plus près de la récolte estivale du précédent. Et après une pluie qui réhumectera les graines indésirables - plus particulièrement après la récolte d’un colza.

En revanche, ce travail du sol doit être limité au maximum au semis et dans les semaines qui le précèdent, sauf en cas de labour réalisé au dernier moment avant de semer. Mais la non-perturbation du sol impose souvent une destruction chimique des adventices présentes.

Dans un blé semé tard, il n’y a pas d’avantage significatif à multiplier les faux-semis pour éviter les levées de vulpin.

Ce type d’itinéraire avec peu de perturbation du sol au semis est assez facile à adopter avec des cultures d’automne. Il pourrait être une alternative au décalage de la date de semis dans des sols qui ressuient très lentement. Il est plus difficile à mettre en œuvre sur cultures de printemps, autant pour des questions de ressuyage du sol les semaines précédant le semis que de réussite de la levée de la culture. Les faux-semis, malgré toutes les limites évoquées précédemment, peuvent avoir des effets sur des flores spécifiques dans les cultures de printemps (comme l’ambroisie), notamment s’ils sont complétés par un décalage de la date de semis.

Reste que ces résultats s’appuient sur des essais annuels. Ils doivent être infirmés ou validés à une échelle pluriannuelle par des essais qui seront mis en place cet été par les instituts techniques agricoles, dans le cadre du PARSADA . Les mêmes dispositifs étudieront également la non-perturbation du sol au semis ou les jours précédents, pour en valider l’intérêt sur la gestion de la flore, la faisabilité de mise en œuvre, et les conséquences sur le semis de la culture.

1. COMBHERPIC est un projet conduit par Arvalis, en partenariat avec l’Acta, INRAE, Terres Inovia, l’ITB et Agroscope, avec le concours financier d’Écophyto, de l’Office français de la biodiversité (OFB) et du CASDAR.

Et pour les cultures de printemps ?

Seize essais portant sur du tournesol, du maïs, des betteraves et du soja ont été regroupés et analysés. Réalisés entre 2008 et 2022, ils comparaient trois stratégies incluant toutes un labour d’hiver préalable : pas de faux-semis (labour repris a minima, sans perturbation du sol proche du semis) ; des faux-semis (3 à 10 cm de profondeur) mais sans perturbation du sol proche du semis ; et des faux-semis (3 à 10 cm de profondeur) avec perturbation du sol dans les 10 jours avant le semis, avec destruction et/ou préparation du lit de semence et/ou semis en combiné.

Comme sur les cultures d’automne, aucun effet significatif des faux-semis n’est mis en évidence sur les levées d’adventices pendant l’interculture, ni dans les cultures de printemps. Néanmoins les faux-semis tendent à diminuer le salissement de la culture, alors que perturber le sol au semis tend à l’augmenter (figure 3).

"En cultures de printemps, il y a plutôt moins de levées après des faux-semis."

Treize essais ont comparé trois stratégies de destruction des adventices avant le semis d’un tournesol : pas de travail du sol (glyphosate à l’interculture), vibroculteur, ou herse rotative. Les sols avaient été labourés en entrée d’hiver ; des reprises de sol sur 6 à 15 cm ont fait office de faux-semis. Les outils de travail du sol ont généré davantage de levées d’adventices dans les tournesols (environ 50 plantes levées par m² avec la herse rotative, un peu moins de 50 avec le vibroculteur) que l’absence de perturbation du sol avant le semis (moins de 20 plantes levées/m²).

Comme en céréales d’hiver, un regroupement de trois essais sur cultures de printemps montre une nette réduction des levées d’adventices en culture grâce au retardement de la date de semis.

Levées d’adventices et repousses du précédent pendant l’interculture et dans la culture de printemps suivante en fonction de la gestion de l’interculture et du semis
Figure 3 >>> Levées d’adventices et repousses du précédent pendant l’interculture et dans la culture de printemps suivante en fonction de la gestion de l’interculture et du semis.
« Perturbé » : sol perturbé avant ou au moment du semis. 
Test statistique de Tukey : une même lettre indique qu’il n’y a pas de différence significative entre les résultats. 
Regroupement de 16 essais sur cultures de printemps.

Article rédigé en collaboration avec Benjamin Perriot, Valérie Bibard, Ludovic Bonin, Delphine Bouttet, Lise Gautellier-Vizioz & Pascaline Pierson (Arvalis), Alain Rodriguez (Acta), Sandie Masson (Agroscope), Stéphane Cordeau (Inrae), Cédric Royer (ITB), et Franck Duroueix & Fanny Vuillemin (Terres Inovia).

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