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Blé tendre : l’impasse du T1 devient la règle

01 décembre 2019
Traitement fongicide précoce des blés, le T1 est traditionnellement destiné à les protéger contre les maladies qui se déclarent avant le stade dernière feuille pointante. Traiter à ce stade est-il vraiment rentable? Comment traiter seulement quand il le faut?

Réalisé entre les stades BBCH 31 et 37 (stades « 1 nœud » à « dernière feuille pointante »), le T1 vise le piétin-verse, l’oïdium, la rouille jaune et/ou la septoriose. Toutefois, l’utilisation de variétés plus résistantes, combinée à l’évolution des pratiques agronomiques, a progressivement conduit à la raréfaction du piétin-verse et de l’oïdium. Ces deux maladies se limitent à quelques situations très spécifiques et ne font plus que très rarement l’objet d’une lutte fongicide ; de plus, les traitements fongicides ont perdu de leur efficacité sur le piétin-verse. Désormais le T1 cible donc, dans la plupart des cas, la septoriose, et parfois la rouille jaune pour les variétés les plus sensibles et les régions les plus océaniques.

Par ailleurs, grâce aux évolutions génétiques récentes, il est aujourd’hui plus facile de trouver des variétés à la fois productives et résistantes à la septoriose et aux rouilles (rouille jaune principalement). En 2019, 36 % des surfaces cultivées en blé tendre l’étaient avec des variétés résistantes à la septoriose (note supérieure ou égale à 6,5) et 63 % avec des variétés résistantes à la rouille jaune (notre supérieure ou égale à 7). Enfin, ces dernières années, les printemps ont été plus secs, en particulier le mois d’avril. L’épidémie de septoriose s’installe par conséquent plus tardivement, et un traitement précoce est moins justifié.

« Un traitement inutile coûte aussi cher, sinon plus, qu’une mauvaise impasse. »


Les enjeux du T1

Actuellement, environ 3 millions d’hectares de blé tendre reçoivent un T1 - un chiffre en baisse de 15 % en 2019, mais encore très élevé eu égard aux conditions de l’année. Ce traitement représente un enjeu agronomique et économique considérable. Dans un contexte de réduction de la dépendance aux pesticides, l’intérêt technique et économique de ce traitement méritait donc d’être réévalué en fonction des données les plus récentes.

Arvalis a rassemblé 363 données relatives au T1, provenant du réseau R2E(1) et d’essais propres menés depuis 2013 principalement dans la moitié nord de la France, afin de déterminer le gain brut de rendement apporté par le T1. Ce gain correspond à l’augmentation de rendement obtenue par l’ajout de ce traitement à un programme de référence à un ou deux traitements. En intégrant 2019, année où le T1 n’a, en moyenne, apporté aucun gain de rendement (voir En savoir plus), la contribution moyenne du T1 au rendement final est de +1,7 q/ha.

Un calcul économique simple tenant compte du coût des fongicides utilisés au T1 (environ 25 €/ha), du coût du passage (5 à 10 €/ha), et d’un bénéfice attendu (5 à 10 €/ha) pour rémunérer à la fois le risque et le temps liés à chaque passage, conduit à estimer le seuil de rentabilité du T1 à 3 q/ha, sur la base d’un prix du blé de 15 €/q.

Selon la base de données disponible, qui surestime la proportion de variétés sensibles à la septoriose et minore la proportion de variétés sensibles à la rouille jaune, la rentabilité d’un T1 n’est assurée que dans 27 % des cas. Son bénéfice est donc limité, sinon négligeable.

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Les gains de rendement obtenus en 2019 grâce au T1 sur des variétés diversement sensibles sont discutés sur http://arvalis.info/1pm

Quels sont les principaux déterminants du T1 ?

Établis par Arvalis en 2018, les facteurs influençant le plus l’intérêt économique du T1 sont le stade de réintervention du traitement puis la région de production, la date de semis, la sensibilité variétale et la présence de maladies autres que la septoriose.

Le stade d’application du T2 est le facteur le plus explicatif du poids du T1. En effet, lorsque le T2 intervient tard, après le stade « gonflement » (BBCH 49 à 59), le gain de rendement associé au T1 grimpe à +4,4 q/ha, soit au-dessus du seuil de rentabilité. En revanche, si le T2 intervient tôt, dès la dernière feuille étalée (stade BBCH 39 à 45), la contribution du T1 n’est plus que de +1,6 q/ha.

S’agissant de la date de semis, la distinction entre un semis précoce et tardif est faite sur la date pivot du 16 octobre. Le poids du T1 est estimé à +3,9 q/ha en semis précoce, contre +2,2 en semis tardif.

La région intervient également. Ainsi le poids du T1 est maximal en Bretagne et en Pays de Loire (+4,8 q/ha), et minimal en Barrois-Lorraine (+1,2 q/ha), ce qui suggère un lien avec la nuisibilité globale des maladies. Dans les autres régions, il se situe entre +2,4 q/ha et +3,7 q/ha. L’effet « année » est également explicatif et significatif.

Entre 2013 et 2019, Arvalis a analysé spécifiquement l’effet variété. Il ressort qu’à elle seule, la sensibilité variétale à la septoriose peut être décisive (en l’absence de rouilles) sur la nécessité de traiter ou non. Le gain moyen dû au T1 sur variétés peu sensibles (note de septoriose supérieure à 6,5) est de -0,5 q/ha, alors qu’il est respectivement de +1,8 et +2,1 q/ha pour les variétés sensibles (note de 5,5 ou 6) et très sensibles (note inférieure à 5). La rentabilité n’est ainsi presque jamais assurée sur variété peu sensible à la septoriose (dans moins de 3 % des essais). Pour des variétés sensibles et très sensibles, la probabilité que le T1 soit rentable passe à 29 et 31 % respectivement dans notre base de données, soit moins d’une fois sur trois.

Le poids du T1, n’est pas indépendant de la pression de maladie globale. Plus il y a de maladies sur un site d’essai donné, plus grandes sont les chances de valoriser un T1. Lorsque l’on constate a posteriori dans les essais une nuisibilité supérieure à 15 q/ha, alors la probabilité de valoriser un traitement est de 40 %. En revanche, lorsque la nuisibilité est inférieure à 15 q/ha, cette même probabilité est de 14 %.


Faire l’impasse du T1 est globalement payant

Disposant d’un nombre de données significatif, un calcul économique très simple a permis d’évaluer l’impact économique d’une bonne et d’une mauvaise décision (figure 1). D’un côté, les bénéfices d’un traitement et d’une impasse réussie ont été estimés, et de l’autre, les pertes dues à un traitement inutile et à une mauvaise impasse. Les calculs sont réalisés sur la base d’un seuil de rentabilité de 3 q/ha, à partir des moyennes observées dans la base de données où les variétés sensibles à la septoriose sont sur-représentées.

Il apparait qu’un traitement inutile coûte aussi cher, sinon plus cher, qu’une mauvaise impasse. Le risque financier pris en ne traitant pas n’est pas plus grand que le coût de « l’assurance » que l’on prend en traitant. De même, les bénéfices tirés d’une impasse réussie comme d’un traitement justifié ne sont pas très différents.

Il en résulte que si l’on souhaite réduite notre « dépendance aux pesticides », traiter précocement le blé doit devenir l’exception. Alors, quand faut-il (ou pas) faire l’impasse ? Le pilotage de la décision de supprimer le T1 (tableau 1) doit prendre en compte la résistance variétale et les indicateurs de risque agroclimatique, tels que Septo-LIS.


Quand le T1 s’impose, comment traiter ?

Aucune solution de biocontrôle ne maitrise actuellement la rouille jaune, même partiellement. Le recours à une solution conventionnelle comprenant une substance active de la famille des IDM(2) ou des QoI(2) est donc incontournable. Il est possible d’y associer (ou non) du soufre pour renforcer l’activité contre la septoriose.

Lorsque le risque rouille jaune est nul, il est possible d’envisager un T1 de biocontrôle associé à une solution conventionnelle : 2400 g/ha de soufre à une dose réduite d’un IDM. Toujours hors risque rouilles, le 100 % biocontrôle au T1 est envisageable si la pression de maladie n’est pas trop forte. Porter alors la dose de soufre à 4000 g/ha, si besoin. Lorsqu’elle sera disponible (sans doute en 2021), l’association du soufre avec des phosphonates devrait apporter une solution 100 % biocontrôle plus « passe partout » encore.

Vigilance malgré tout ! Une analyse des données, aussi complètes soient-elles, ne couvre pas tout le champ des possibles. Ainsi la résistance génétique peut être contournée, parfois rapidement s’agissant de la rouille jaune. Par ailleurs, certaines années exceptionnelles ne sont pas représentées dans notre échantillon qui porte sur sept années tout de même. Dans le Sud-Ouest, il peut être utile de prendre en compte la rouille brune qui, très exceptionnellement, peut être présente dès le stade « 2 nœuds ». Ces recommandations, simples aides à la décision, ne doivent pas exclure la visite de vos parcelles.

(1) Réseau d’Excellence Expérimentale (R2E) : réseau de recherche participatif constitué d’organismes collecteurs agréés BPE (bonnes pratiques d’expérimentation) ayant vocation à travailler ensemble à l’élaboration de références agronomiques en vue de développer une agriculture multiperformante.
(2) IDM : Fongicides inhibiteurs de la C14 déméthylase (triazoles). Qol : Fongicides inhibant la chaîne respiratoire des champignons (strobilurines).

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