Réussir les maïs grâce à un semoir bien réglé

L’augmentation spectaculaire des vitesses annoncées par les constructeurs de semoirs n’est pas forcément gage de précision ni de réussite des levées. Le diable étant dans les détails, une bonne implantation exige avant tout des réglages de précision adaptés au sol et au lot de semences. 

Bien régler l’angle d’ouverture du sillon et la pression de l’élément semeur sont essentiels pour assurer un bon contact sol-graine.
Bien régler l’angle d’ouverture du sillon et la pression de l’élément semeur sont essentiels pour assurer un bon contact sol-graine.

Une levée homogène est belle à voir mais elle est surtout gage d’une meilleure productivité. « Qui dit semoir de précision, dit matériel capable de semer au moins 50 % des graines à la bonne profondeur. Le juge restera toujours le rendement final de la parcelle : il faut, bien sûr, une belle levée, mais pas seulement - car sans précaution tous les pieds levés ne seront pas récoltés », estime Nicolas Thibaud, spécialiste expérimenté en agroéquipement et qualité des grains1. Pour ce dernier, le semoir de précision pour le maïs est naturellement un semoir monograine, conduit à une vitesse compatible avec cette précision. 

Attention à la vitesse

Même si la vitesse annoncée peut dépasser 12 km/h, la bonne qualité de la levée est difficile à assurer à plus de 9 km/h (figure 1).

La vitesse d’avancement du semoir conditionne la qualité des levées.
Figure 1 >>> La vitesse d’avancement du semoir conditionne la qualité des levées.

« Pour l’essentiel, ces matériels se conduisent à 8 ou 9 km/h, même si les constructeurs affirment qu’ils peuvent aller à 12, voire 13 km/h. Car à cette vitesse-là, impossible d’assurer les objectifs de précision », poursuit l’expert. Il constate que dans les grands chantiers de maïs, comme de soja, les entrepreneurs de travaux agricoles privilégient plus la largeur de rang que la vitesse. « Garder 8 km/h et passer de 8 à 12 rangs augmente quand même le débit de chantier de 30 % », calcule-t-il. Les évolutions climatiques raccourcissent les fenêtres disponibles pour les semis et la tentation d’aller vite est compréhensible : d’où l’intérêt d’augmenter plutôt le nombre de rangs que la vitesse pour améliorer le débit du chantier. 

La précision du semis se voit déjà à la régularité de la distance entre plants. « De nombreux essais en maïs montrent que le développement harmonieux des plantes voisines permet la régularité de l’architecture des plantes », complète l’expert.

Un outil pour mieux distribuer les graines

Le semoir monograine, dont l’usage se développe dans de nombreuses espèces – maïs, soja, tournesol, chanvre, pois chiche, colza - a l’avantage de mieux distribuer les graines dans l’espace au moment de l’implantation. « Il est polyvalent, capable de placer la graine de colza à 1 cm de profondeur et celle de maïs à 4-5 cm. Il doit aussi respecter la semence elle-même, naturellement fragile, et les conditions d’implantation de la culture : profondeur, distanciation, levée de 100 % des graines germantes ».

Sachant que chaque espèce a sa propre biologie, la manière dont chacune se développe influence les réglages. Ainsi, le maïs possède un coléoptile, organe transitoire de germination qui forme une gaine protectrice autour des pointes émergeantes : il perce le sol et libère les premières feuilles. Si la graine est positionnée plus profondément que sa hauteur, les risques d’une mauvaise levée et d’hétérogénéité du rang augmentent. 

« La technologie embarquée sur un semoir est spectaculaire, mais elle n’affranchit pas du contrôle des conditions réelles dans le sol : son humidité, sa température, sa granulométrie influencent les levées. Par exemple, la machine va chercher à positionner la graine dans une zone humide mais trop profondément. La vigueur semencière sera alors pénalisée ».

« Jusqu’à 100 graines par seconde pour certaines densités ! »

Nicolas Thibaud : « Le respect de la distance entre graines tient à une vitesse modérée de la rotation du disque de sélection des semences. Le nombre de trous des disques qu’offrent les constructeurs n’est pas toujours suffisamment élevé. Sur les semoirs à entrainement mécanique, les pignons réducteurs apportent une précision remarquable. Il en est de même avec l’entraînement électrique sur les matériels modernes. »

Assurer le contact entre la graine et le sol

L’évolution technique des semoirs les dote également d’un certain nombre d’options, comme les chasse-débris ou des roues de fermeture du sillon, qui doivent aussi être bien réglés. Mais il faut avant tout s’assurer du respect des critères, comme la régularité du travail et la bonne qualité de l’ouverture du sillon, qui précèdent sa fermeture. 

Réussir, c’est bien placer la graine dans un mélange de terre assez fine sans que le(s) disque(s) ouvreur(s) ne bouleverse(nt) trop le sol : l’angle idéal d’ouverture se situe entre 11 et 13°. Une fois bien assurée l’ouverture du sillon selon la réalité des conditions de sol, il faut vérifier qu’il soit ensuite facile à refermer, pour assurer le bon contact entre la graine et le sol. 

C’est là que peut intervenir une autre tendance concernant le poids de l’élément semeur. Il s’est alourdi – au risque parfois d’un excès de tassement sous ou sur la graine. Ce risque apparait, voire s’accentue, avec des roues de fermeture du sillon mal réglées. « Sur le terrain, je constate que le tassement sur la graine est trop important dans un tiers de cas, comme celui sous la graine. Il n’est donc parfait que dans un tiers des cas, l’objectif théorique étant de rappuyer le sol seulement autour de la graine ».

Autre critère lié à la biologie de la graine, sa fragilité : le maïs possède un germe prééminent, très sensible aux frottements pneumatiques dûs à la pression appliquée dans les semoirs modernes, qui va plaquer la graine à l’aide d’air comprimé à une vitesse jusqu’à 70 km/h. « Or la graine de maïs est altérée dès que la vitesse de l’air dépasse 40 km/h », quantifie Nicolas Thibaud. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains semoirs sont proscrits pour des espèces encore plus fragiles comme les petits pois ou les haricots d’industrie.

Le convoyage pneumatique dans les tuyaux de descente ou un caillou du sol avec lequel la graine rentre violemment en contact peuvent également abimer le germe.

Le confort des interfaces modernes et les différentes assistances proposées par les constructeurs n’affranchissent donc pas d’une bonne maîtrise de la biologie. 

 

1. Avec 28 ans d’expérience et de références sur plus de 120 espèces, Nicolas Thibaud propose des prestations en faveur des acteurs des filières qualité des grains, amélioration des valeurs techniques et commerciales. contact@nicolas-thibaud.fr www.nicolas-thibaud.fr

Les semoirs monograines permettent une meilleure répartition des graines dans de nombreuses cultures, mais leur efficacité dépend autant de la biologie des semences que de la technologie. La précision repose sur une vitesse modérée, le respect de la profondeur et de la distance entre graines, ainsi que le bon réglage des disques et des roues de fermeture. Même les semences hétérogènes ou fragiles peuvent compromettre la levée, malgré les aides techniques modernes.

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