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Question d’actu : stress climatiques de fin d’hiver

01 mars 2021
Les aléas météorologiques sont une préoccupation croissante. Jean-Charles Deswarte, agronome et spécialiste en physiologie des céréales chez Arvalis, détaille les phénomènes qui touchent les céréales à paille en sortie d’hiver.
Perspectives Agricoles : Dans quel état physiologique se trouvent les plantes en sortie d’hiver ?

Jean-Charles Deswarte : La sortie d’hiver est une période cruciale pour les céréales à paille. Elle correspond à la fin du tallage, au cours de laquelle l’apex - la pointe de la tige - évolue d’une phase végétative à une phase reproductive. La plante génère des ramifications et construit sa capacité à produire des futurs épis. Ce mécanisme physiologique est commandé par la durée du jour, la température et la vernalisation. La sensibilité au gel augmente fortement, de manière croissante, à cette période, jusqu’au début de la montaison. L’enracinement se développe également à ce moment-là. La plante prépare ainsi son aptitude à exploiter les ressources en eau et en azote. Cette phase charnière intervient quelques semaines avant le stade « épis 1 cm ».

P. A. : Comment les évolutions climatiques se caractérisent-elles ?
J-C D. : Ces dernières années, les hivers sont, en tendance, plus doux et plus humides. Des aléas ponctuels sont néanmoins possibles comme le froid intense de 2012 et, à un moindre niveau, celui de 2018 ou encore de 2021. Cette période précède des printemps et des étés de plus en plus chauds et secs, 2011 et 2020 en sont des exemples emblématiques, avec des aléas plus fréquents. La jonction entre l’hiver et le printemps sera probablement davantage marquée par une alternance d’épisodes humides et secs.

P. A. : Ces évolutions entraînent-elles de nouveaux risques ?
J-C D. : La douceur hivernale accélère le développement des plantes qui arrivent alors plus rapidement en fin de période de résistance au froid. Pour s’endurcir, les plantes doivent être progressivement exposées à des températures de plus en plus froides, sans alternance avec des températures nettement positives. La faculté à résister à des périodes de gel risque donc d’être plus problématique. Les faibles rayonnements et l’application de certains herbicides réduisent encore la résistance au froid. Par ailleurs, un hiver plus humide est synonyme d’un risque accru d’engorgement en eau des sols. L’enracinement des cultures s’en trouve alors pénalisé, ce qui réduit leur capacité à encaisser les printemps et les étés chauds et secs.

P. A. : Faut-il adopter de nouveaux réflexes dans la conduite des cultures ?
J-C D. : L’objectif reste de limiter l’exposition au gel pendant la période sensible qui s’étend de la fin du tallage au début de la montaison. Le matériel variétal, à travers l’offre des sélectionneurs et les choix des producteurs, doit évoluer vers une capacité à un endurcissement au froid plus rapide et une moindre sensibilité aux excès d’eau. Le raisonnement de la fertilisation azotée doit pouvoir s’adapter aux risques de lixiviation et à la disponibilité en azote pour les plantes : la stratégie de fractionnement doit gagner en flexibilité afin d’ajuster le mieux possible les apports aux successions de périodes humides et de périodes sèches. Les systèmes de culture peuvent également être à reconsidérer en diversifiant les cultures et les variétés pour limiter les conséquences des aléas météorologiques. Les dates de semis et le choix de variétés de précocité différentes sont également des leviers à utiliser pour étendre les stades de développement des cultures présentes au même moment sur une exploitation.

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