Agroéquipements et jours disponibles : des solutions sous conditions
Malgré son autorisation de mise sur le marché, l’usage du glyphosate fait débat. Les travaux du projet CASDAR AGILE montrent que les solutions mécaniques existent, mais que leur efficacité dépend fortement des conditions de salissement, du choix des outils et des fenêtres d’intervention offertes par la météo.
Alors que l’autorisation de mise en marché du glyphosate a été renouvelée dans l’Union européenne pour dix ans en novembre 2023, son usage fait débat. Or, de nombreux systèmes de culture en demeurent plus ou moins dépendants.
Au-delà des questions réglementaires, l’apparition d’adventices résistantes au glyphosate en grandes cultures relance les interrogations autour de cette substance active.
En outre, les techniques sans labour doivent faire avec une seule application par an plafonnée à 1080 g/ha. Il y a donc besoin de compléter la chimie par du mécanique.
Enfin, des techniques qui regroupent l’absence de produits chimiques et techniques de labour, comme l’ABC (agriculture biologique de conservation) commencent à arriver.
La situation est loin d’être figée. Les évolutions observées aujourd’hui soulignent la pertinence des travaux engagés dans le cadre du projet CASDAR AGILE, initié début 2022 alors que la sortie du glyphosate constituait un objectif majeur des politiques publiques.
Répondant à la problématique des situations d’impasse en grandes cultures (sols argileux hydromorphes, ACS et sols caillouteux superficiels), AGILE a permis d’explorer différentes questions, comme celui des agroéquipements candidats à la substitution au glyphosate.
Les jours disponibles, une condition essentielle
L’efficacité des techniques alternatives dépend étroitement des conditions météorologiques. L’humidité du sol conditionne les possibilités d’intervention et les risques de tassement, tandis que les conditions après passage déterminent en partie la réussite du dessèchement des graminées tallées.
Pour mieux appréhender le caractère aléatoire de ces alternatives, un outil de calcul des jours agronomiquement disponibles a été développé par Arvalis et ses partenaires : J-Distas. Ce modèle utilise des données d’entrée (sol, climat, itinéraires techniques & matériels) pour alimenter un modèle hydrique (CHN) et calculer des indicateurs intermédiaires de travaillabilité, de dessication et de tassement, via le modèle Terranimo. Ces résultats intermédiaires seront ensuite agrégés pour définir les possibilités d’intervention. Les simulations sont réalisées à partir de séquences météorologiques, au pas de temps journalier, couvrant vingt années passées pour un site donné.
Les résultats indiquent ensuite le nombre de jours disponibles sur une période clé de l’année, par exemple avant le semis des céréales ou des protéagineux de printemps. Compte tenu de la forte variabilité interannuelle, ils sont généralement présentés sous forme de médiane ou de déciles.
Actions mécaniques alternatives au glyphosate
Le premier état des lieux de l’offre des constructeurs a été progressivement actualisé au fil du projet, à la lumière des essais réalisés et des enseignements tirés de l’utilisation de certains outils spécifiques (tableau 1).
Tableau 1 >>> Outils testés et niveaux de satisfaction atteints
Ces essais ont principalement visé deux situations d’impasse pour lesquelles on cherche à remplacer le glyphosate : destruction d’adventices ou de repousses de céréales avant une culture de maïs (Boigneville, printemps 2023, 2024 et 2025), alors que les essais se sont surtout focalisés sur les couverts végétaux sur le site de Saint-Hilaire-en-Woëvre. Les situations très différentes selon les années permettent de dégager des limites claires en termes de modes de destruction selon le type de flore présente et les stades de développement atteints.
Toutes les familles d’outils recensées n’ont toutefois pas pu être étudiées. Certaines n’étaient pas disponibles au moment des essais (herse à disques et chaînes, outil Grindstar), tandis que d’autres sont apparues peu adaptées aux enjeux du remplacement du glyphosate (désherbage laser et thermique). Sans même aborder les coûts d’utilisation, ces deux dernières techniques ne peuvent prétendre à remplacer directement le glyphosate.
Des efficacités dépendantes de plusieurs facteurs
Les essais de destruction de couverts végétaux mettent en évidence l’influence de la présence et biomasse des repousses de graminées ou d’adventices sur l’efficacité de destruction des outils. C’est bien ce point spécifique qui différencie les deux essais de Saint-Hilaire-en-Woëvre : en 2025, le couvert est propre (plus 6,8 t MS/ha). Celui de 2023 fait seulement 2,7 t de MS/ha dont 1 t MS/ha pour les différentes graminées.
Le résultat est très clair : les techniques sans bouleversement du sol sont d’une efficacité très moyenne à satisfaisante selon le degré de salissement. Le résultat de destruction est donc conditionné à la réussite du couvert végétal, avec le minimum de graminées possible. Aucun outil alternatif sans bouleversement du sol n’est efficace dans toutes les différentes situations.
Si l’on se focalise désormais sur les essais de gestion de l’interculture avant maïs, on butte sur la question des créneaux de travaux permis par la météo. Pour être efficaces, les outils doivent travailler la totalité de la surface (recouvrement nécessaire) et la profondeur doit être adaptée au type de flore adventice.
Face à des graminées développées (plein tallage ou montaison), l’outil de désherbage électrique testé est largement inefficace puisqu’à peine différent de la modalité témoin. Les techniques alternatives avec bouleversement du sol se différencient par leur intensité de travail : la fraise rotative, outil animé, est plus agressive que les outils non animés tels que le scalpeur ou le vibrodéchaumeur.
Opter pour une stratégie en deux passages (outil non animé puis herse rotative) peut constituer une solution dans des situations difficiles : cela permet d’atteindre de bons niveaux d’efficacité avec des outils qui sont souvent présents sur les exploitations.
Le choix d’un outil adapté travaillant la totalité de la surface du sol est bien une condition nécessaire mais pas suffisante à la réussite de l’opération : les jours disponibles sont essentiels à la maîtrise totale.
L’exemple de Boigneville (figure 1) a été complété avec de nombreux autres cas types sur la France entière. Les résultats sont présentés sous forme de cartes pour les trois périodes étudiées (20 février - 20 mars, 21 mars - 20 avril et 1 octobre - 31 octobre).
Figure 1 >>> Jours disponibles à Boigneville (91), pour la période 20 février-20 mars, avec une flore difficile. Sols argilo-limoneux
Catégorisation des jours disponibles pour définir des stratégies
Une approche complémentaire a été développée : elle consiste à utiliser un pas de temps décadaire et à catégoriser ces décades selon des règles de décision définies (tableau 2 et figure 2). L’idée globale est de déterminer les décades dites « pivots » qui font passer les probabilités de destruction mécanique d’une catégorie vers une autre.
Figure 2 >>> Jours disponibles à Boigneville (91) sur toute l’année pour une opération de type « destruction mécanique en interculture »
Tableau 2 >>> Règle de décision et catégorisation des décades
Cet exemple a été complété par de nombreux cas types sur la France entière. Les résultats sont disponibles (PDF) sous forme de cartes.
Dans les grandes lignes et pour l’ensemble des cas types étudiés, cette étude (figure 3) révèle différents points importants pour détruire les graminées tallées sans labour : tout d’abord, le faible nombre de jours pour la destruction mécanique en automne (1-30 octobre : 6,15 jours) et au début du printemps (20 février - 20 mars : 6,21 jours). En parallèle, il est quasi impossible de trouver des créneaux durant la grande période hivernale (de nov 1 à mars 1).
Tableau 3 >>> Décades pivots et pourcentage de cas types cumulés à la période (décile 2 – flore difficile)
Enfin, il existe des périodes d’opportunités plus ou moins larges en automne (5 décades) et au printemps (9 décades).
Ces éléments expriment le caractère aléatoire de la destruction mécanique et la réactivité à avoir lorsque l’on est sur des créneaux d’opportunités. Les stratégies culturales devront tenir compte de ces paramètres (largeur de machine, élimination des pièces travaillantes qui limitent le travail en conditions non sèches…).
Nos remerciements aux techniciens, ingénieurs, agriculteurs et cumistes ayant contribué au projet, en particulier Simon Boulenger, Jeanne Brives et Pauline Lefranc.
Merci également aux constructeurs et importateurs ayant mis leurs matériels à disposition pour les essais : Actisol, Agrosoil, Bionalan, Bonnel, Kuhn, Kverneland, Lemken, Nucrop, Sky Agriculture et Stecomat.
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