Des économies à la clé sur les charges de mécanisation

Investir, partager ou déléguer ? Le choix n’est pas anodin, tant ce poste pèse lourd dans les charges des exploitations. S’il n’existe pas de recette miracle pour réduire ses charges, plusieurs pistes sont à explorer. 

La mutualisation permet de réduire les charges de mécanisation de 17% en moyenne, selon la FNCUMA.
La mutualisation permet de réduire les charges de mécanisation de 17% en moyenne, selon la FNCUMA. © C. Baudart - UpTerra

Alors que le monde céréalier enchaîne les années difficiles, le parc matériel est, selon les experts en gestion, un levier majeur pour réduire les charges des exploitations. Les machines représentent, en effet, environ 30 % des charges fixes en grandes cultures et près de 50 % en incluant la main-d’œuvre.

De plus, le prix des engins, comme celui du carburant, augmente fortement ces dernières années. « Le prix du matériel neuf a bondi de 20 à 30 % depuis la période post-Covid. À cela s’ajoute la hausse des taux d’emprunt, qui amène des charges supplémentaires », indique Laetitia Sabreja, responsable des opérations à l’AS Aisne Comptagri.

Entre achat individuel, ETA, CUMA ou autres formes de mutualisation, plusieurs options s’offrent aux agriculteurs qui cherchent à optimiser leurs systèmes. « Ceux qui parviennent le mieux à maîtriser leurs charges sont autour de 450 euros par hectare », observe Emmanuel Lambert, conseiller d’entreprise chez Agriexperts dans le Val-d’Oise, contre 650, voire 700 euros pour d’autres. Alors que faire pour se rapprocher de cette cible ? 

« Le mieux reste d’avoir son propre matériel, à condition de l’obtenir à un prix raisonnable, en faisant peut-être l’impasse sur certaines options et en se tournant vers le marché de l’occasion », estime Emmanuel Lambert. Quant au leasing et au crédit-bail, ils restent relativement chers. « Les cas où ils peuvent être intéressants, c’est pour du matériel qui tourne beaucoup, en vérifiant les conditions d’utilisation du loueur en cas de dépassement des heures », explique le conseiller. 

De fait, l’achat individuel reste privilégié par les exploitants pour l’autonomie qu’il procure, mais il s’avère parfois moins avantageux financièrement, surtout pour des machines qui servent peu dans l’année, comme les moissonneuses-batteuses. L’un des principaux problèmes, selon Pascal Allard, directeur du Cercle d’échange de l’Eure, est la sous-utilisation du matériel. « Le parc actuel est largement surdimensionné par rapport aux besoins réels », affirme-t-il.

Bien évaluer ses besoins

À l’échelle individuelle, l’erreur classique est de choisir son outil en fonction des années les plus extrêmes. « Si un exploitant a connu une année où il n’a eu que cinq jours pour récolter, il sera tenté d’acheter une machine capable de tout moissonner en cinq jours. Mais dans ce cas, il paiera pendant sept ou huit ans cette marge de sécurité dont il n’a pas besoin la plupart du temps », analyse Pascal Allard qui préconise plutôt de se baser sur une moyenne décennale. Selon lui, les charges de mécanisation sont trop souvent négligées. « Si les exploitants connaissent le coût des engrais ou des semences à l’hectare quasiment à l’euro près, ils ignorent souvent le prix de revient réel de leur matériel », constate-t-il. La clé est aussi de « chercher le juste équilibre pour conserver une force de traction suffisante tout en évitant de tomber dans la surpuissance, par simple envie ou confort », note Laetitia Sabreja de l’AS Aisne Comptagri. 

Mettre en commun ?

La mutualisation est un moyen efficace de réduire ses charges - au travers d’un achat commun avec des voisins, de l’adhésion ou de la constitution d’une CUMA... D’après la Fédération nationale des CUMA, la coopération permet de réduire les charges de mécanisation de 17 % en moyenne. « La CUMA permet d’accéder à du matériel performant en répartissant les coûts sur plusieurs utilisateurs », met en avant Laetitia Sabreja. En revanche, il faut savoir composer avec un calendrier de travaux établi collectivement. Le modèle coopératif a néanmoins d’autres avantages, comme l’entraide entre adhérents. De nombreuses CUMA mettent également des salariés à disposition pour effectuer des travaux. 

Au-delà du partage de matériel, une stratégie plus radicale consiste à mettre en place un assolement commun : plusieurs exploitations regroupent l’intégralité de leurs terres (parfois un millier d’hectares) et mutualisent leurs travaux. Ce modèle permet de diluer les charges fixes et ainsi de faire des économies d’échelle, mais il requiert d’avoir des parcelles relativement proches et surtout des relations humaines solides. 

Déléguer des travaux ?

Les cercles d’échange sont une autre alternative. Ils fonctionnent comme un réseau de mise en relation : lorsqu’un agriculteur a besoin d’un travail spécifique, le cercle trouve un autre agriculteur du réseau ou une entreprise de travaux agricoles (ETA) capable de réaliser la prestation. « C’est une alternative à l’achat, sans les contraintes de l’engagement à long terme », explique Pascal Allard du Cercle d’échange de l’Eure. « D’après le centre de gestion AS27, les charges de mécanisation d’une exploitation moyenne se situent entre 650 et 700 € pour un hectare de blé dans l’Eure. En passant par le cercle d’échange, ces mêmes travaux coûtent entre 500 et 550 € par hectare », précise-t-il. 

« Regarder au cas par cas quels travaux méritent d’être confiés à un tiers. »

Le recours aux ETA se développe, avec une hausse de 20 % du nombre d’entreprises depuis dix ans. L’externalisation des travaux permet de réduire son parc matériel, de ne pas investir dans de nouvelles machines et de gagner du temps. « Pour des travaux spécifiques ou dans le cadre d’une diversification, l’ETA peut s’avérer plus pertinente que la CUMA, car elle fournit des machines très spécialisées que la coopérative n’a pas toujours intérêt à acquérir », note Laetitia Sabreja. « L’inconvénient, c’est que l’on ne maîtrise ni le tarif, ni le planning, ce qui peut être risqué en cas de récoltes tardives, par exemple », complète-t-elle.

Les gains potentiels sont non négligeables : une étude réalisée sur 1000 exploitations agricoles de l’Oise, reprise dans un rapport du ministère de l’Agriculture, montre un écart de 70 € par hectare par rapport à une gestion individuelle. Cependant, tout déléguer de A à Z n’est pas forcément le meilleur calcul. Mieux vaut regarder au cas par cas quels travaux méritent d’être confiés à un tiers. 

Que ce soit par l’achat, la mutualisation ou la délégation, la meilleure solution pour réduire les charges de mécanisation n’est pas la même pour toutes les fermes. « Chaque modèle a un intérêt, il faut réfléchir à l’échelle de l’exploitation. Peut-être que la meilleure solution sera de faire un peu de tout », résume Emmanuel Lambert. Sans compter que le critère financier n’est pas le seul à prendre en compte.  

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