2026 remet-elle en cause l’assurance multirisques climatiques ?

Jean-Michel Geeraert, directeur du marché de l’agriculture et de la prévention chez Pacifica (filiale de Crédit Agricole Assurances), dresse un point de situation et répond aux interrogations sur l’assurance climatique que soulève la campagne.

JM Geeraert

Yvoir.fr : Quelle est l’ampleur des déclarations de sinistres en 2026 ?

Jean-Michel Geeraert :  Entre l’excès d’eau hivernal, la grêle, la sécheresse, les canicules, le vent avec effet sèche-cheveux… il y a beaucoup de dégâts.

85 % de nos clients ont adressé une déclaration de sinistre. Cela ne signifie pas que 85 % des clients toucheront une indemnité : j’estime qu’environ 3 à 4 % l’ont fait par précaution, tôt, poussés par l’ambiance générale. Et c’est très bien ainsi ! Nous encourageons les agriculteurs à déclarer avant la récolte. Cela simplifie l’expertise. C’est d’autant plus important quand il y a des « bascules » qui anticipent les chantiers, comme du maïs grain qui part en ensilage.

Les déclarations concernent surtout les cultures de printemps. Les rendements sont plutôt corrects en culture d’hiver, même s’il existe des exceptions. Et les grandes cultures ne sont pas les seules touchées. Toutes les productions le sont, à des degrés divers selon les régions et les plantes. Nous observons des dommages beaucoup plus marqués dans le « grand » sud de l’Hexagone.

85 % de nos clients ont adressé une déclaration de sinistre

Nous avons aussi constaté une évolution au cours du temps, notamment pour les prairies. Fin mai, seulement 8 % des contrats enregistraient une chute de production supérieure à la franchise. C’était 27 % fin juin, et 60 % fin juillet. Pour rappel, l’Etat subventionne les cotisations d’assurance au-delà de 20 % de pertes, et nous proposons le rachat de franchise pour abaisser ce seuil.

Les non-assurés sont indemnisés pour des pertes supérieures à 30 % en arboriculture et prairie, et 50 % en grandes cultures et viticulture. De plus, le taux d’indemnisation des pertes supérieures à la franchise n’est pas de 100 % comme pour les assurés, mais de seulement 30 % en moyenne – c’est variable selon les cultures.


Yvoir.fr : Quel est le coût de l’assurance récolte pour les assureurs en France en 2026 ?

J.-M. G. : Le ministère a annoncé le 4 septembre que 520 millions d’euros (M€) d’indemnité de solidarité nationale (ISN) seraient versés. Environ 80 % de cette ISN seront pour les non-assurés.

Je m’attends à ce que les assureurs versent également environ 500à 600 M€ aux assurés pour la part de risque qu’ils portent.

Ceci, alors que les surfaces assurées se sont tassées de 4 % au niveau national en 2026 (+2 % chez nous). Toutes cultures confondues, 23 % des surfaces sont couvertes, pour 23 % des capitaux de la « ferme France ». En Espagne, 60 % des capitaux agricoles sont assurés.


Yvoir.fr : L’assurance récolte est-elle encore tenable pour les assureurs ?

J.-M. G. : Oui, même si 2026 est une « annus horribilis ». Les deux précédentes années étaient moyennes à bonnes, et nous avons l’habitude de gérer ce genre d’évènement sur huit ans. C’est tout le travail de nos modélisations de risque d’imaginer à quel rythme peuvent advenir les équivalents de 2026, 2016 ou encore 2017 avec le gel sur vigne – notamment avec le changement climatique.

Notre groupe est très confiant pour accompagner dans la durée l’ensemble des productions agricoles françaises. Les cotisations s’ajustent au fur et à mesure mais elles ne devraient pas augmenter déraisonnablement.

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