Réchauffement climatique : quel impact sur la conservation des grains ?
De plus en plus de producteurs stockent à la ferme. Mais le climat évolue, et le potentiel de refroidissement de la ventilation à l’air ambiant diminue. Qu’est-ce que cela va changer, et quelles actions mettre en place ?
L’objectif de la ventilation est de refroidir progressivement les grains qui arrivent au stockage : d’abord à 20°C (palier 1), typiquement entre mi-juillet et mi-septembre, puis à 12°C (palier 2) de mi-septembre à mi-novembre afin de juguler la prolifération des insectes, et enfin à 5°C (palier 3, de mi-novembre à mi-janvier) afin de réduire totalement leur mobilité, voire les tuer si le grain reste à 5°C suffisamment longtemps. Ces paliers sont calés sur les évolutions saisonnières de la température.
Le grain est refroidi au contact de l’air plus froid insufflé par les ventilateurs. Les ventilateurs sont généralement mis en marche la nuit, lorsque la température descend en-dessous de la température visée pour le grain. Pour piloter la ventilation au mieux, il faut tenir compte du fait que l’air est comprimé au niveau du ventilateur, ce qui augmente sa température. Dans les silos fermiers, cette élévation de température se situe autour de 1 à 2°C. Dans des silos de taille plus importante, le réchauffage de l’air est de 4 à 5°C, voire davantage.
Une offre climatique subordonnée au climat local
L’offre climatique est le nombre d’heures où la température extérieure est effectivement inférieure au seuil de déclenchement des ventilateurs. Or l’offre moyenne pour chaque palier durant la période 2000-2019 a diminué de 7 à 12 % par rapport à l’offre de la période 1980-1999 (figure 2).
Pour le palier 1, elle reste située autour de 600 heures (valeur médiane sur toute la France), mais varie selon les régions : par exemple, elle est de 680 h dans le Grand Est et de 420 h en Occitanie. En général, 40 à 50 heures de ventilation sont nécessaires pour refroidir à 20°C le blé stocké dans une cellule métallique, mais ce temps peut doubler selon les situations. Néanmoins, l’offre climatique reste confortable, sauf dans les régions de production les plus méridionales où les températures nocturnes ne descendent pas toujours en-dessous de 20°C.
L’offre climatique passe à 400 heures (en médiane) au niveau national pour les deux derniers paliers, et dans 25 % des situations elle tourne autour de 250-300 h. Les régions situées dans une grande moitié ouest de la France ont ainsi le plus de mal à refroidir.
Plus fréquentes, les années chaudes compliquent la donne
Selon les projections climatiques, l’offre climatique attendue pour la période 2041-2060 pourrait diminuer de 15 à 45 % par rapport à 1980-1999 selon les scénarios de réchauffement et les paliers, avec une offre médiane inférieure à 400 heures, y compris pour le palier 1.
Refroidir deviendra systématiquement compliqué, surtout pour atteindre le premier palier. Quant aux 5°C du dernier palier, il est probable qu’ils seront rarement atteints : en France, il est déjà impossible d’exposer les insectes à 5°C suffisamment longtemps pour les éradiquer.
Outre la diminution de l’offre climatique liée à l’augmentation des températures moyennes depuis quarante ans, notamment en hiver, c’est sa variabilité d’une année à l’autre qui posera question. En effet, la durée et l’intensité des vagues de chaleur sont amplifiées par le changement climatique. En 2022, par exemple, le mois d’octobre est resté exceptionnellement chaud.
La variabilité pluriannuelle de l’offre climatique (visible à la largeur des boites à moustaches dans la figure 2) se mesure aussi par l’écart-type ; plus celui-ci est grand, plus l’offre varie d’une année sur l’autre. La cartographie de ces écarts-types sur la période 1980-1999 et sur la période actuelle (2000-2019) révèle plusieurs choses.
Pour le palier 1, cette variabilité a diminué ces vingt dernières années dans le sud de la France : il y fait tout le temps un peu trop chaud en été, et il est à présent toujours difficile de refroidir le grain à 20°C. En revanche, la variabilité de l’offre climatique pour le palier 3 est devenue très importante dans le nord-est (elle varie de ± 300 heures !) : d’un hiver à l’autre, difficile de savoir s’il sera possible de refroidir à 5°C. Ces situations risquent de s’aggraver dans les prochaines années.
Comment s’adapter à une offre de froid réduite ?
La première réponse est de suivre la température des grains. Il est inutile de ventiler si l’objectif du palier est atteint ou si la température extérieure devient supérieure à celle du grain.
Le grain doit être refroidi dès son stockage. Il faut ensuite profiter de chaque moment favorable. C’est plus facile quand on peut se doter d’un dispositif d’asservissement du ventilateur (thermostat) qui déclenche la ventilation dès que la température devient favorable.
Quand les périodes fraîches sont courtes, augmenter le débit du ventilateur permet de refroidir plus vite et, ainsi, de mieux profiter de l’offre climatique.
À température extérieure donnée, la température des grains sera abaissée de façon plus homogène si l’air est diffusé et réparti à l’aide de diffuseurs d’air adaptés plutôt qu’en « recyclant » des tuyaux de drainage.
Enfin, des pertes de charge seront évitées en ventilant un grain dépoussiéré et débarrassé des débris (le passage de l’air y sera facilité), avec un ventilateur fonctionnant en zone de rendement optimal. Cette plage de fonctionnement optimale peut être déterminée avec l’application gratuite Venti-LIS agri.
0 commentaire
Réagissez !
Merci de vous connecter pour commenter cet article.