Quand ça va mal, vers qui se tourner ?
Analyser, alerter, accompagner : le comptable joue un rôle central pour prévenir les difficultés et protéger la santé économique de l’exploitation.
Les années passent, mais ne se ressemblent pas toujours : mauvaise récolte, achats imprévus, commandes irrégulières… L’accumulation de difficultés peut rapidement submerger l’agriculteur. Dans ce contexte, le comptable constitue un premier niveau d’alerte, grâce à sa lecture chiffrée de la situation.
« Chaque année, nous présentons des analyses de groupe qui donnent un état de santé de l’agriculture dans notre département, avec des critères comme le taux d’endettement moyen, le taux d’annuité sur l’EBE ou les besoins en fonds de roulement » explique Xavier Bozec, qui dirige Accompagnement Stratégie 77, en Seine-et-Marne.
Dans son département, l’agriculture était plutôt en bonne santé mais les situations se tendent : « Nous arrivons à un seuil après deux à trois années difficiles qui s’accumulent », observe le spécialiste. La situation financière peut ainsi basculer rapidement si des problèmes personnels ou de santé s’ajoutent. Même si, dans le monde agricole, la solidarité entre voisins reste réelle, il est difficile de se reposer uniquement sur elle si l’ornière est profonde.
Le réseau Sentinelle : repérer et accompagner
Le réseau Sentinelle rassemble des personnes qui gravitent autour de l’exploitant agricole : techniciens de la chambre d’agriculture, comptable, voire médecin généraliste. Leur rôle est de repérer rapidement des signes de mal-être et d’orienter la personne en souffrance vers des services adaptés, qu’ils soient techniques, économiques, fiscaux ou psychologiques. Le suicide représente en effet la troisième cause de décès chez les agriculteurs exploitants, selon la MSA.
« Quatre de nos collaborateurs se forment cette année pour rejoindre le réseau », indique Xavier Bozec. Ils suivent un module spécifique pour repérer les situations de mal-être liées à l’accumulation de difficultés. Cette formation leur permet d’intervenir en amont, toujours avec l’accord de l’agriculteur ou de l’agricultrice.
Les difficultés pouvant déclencher un mal-être sont variées : santé mentale ou physique dégradée, problèmes financiers, juridiques ou administratifs, mais aussi tensions dans la vie privée ou professionnelle.
Tout citoyen intéressé peut se former pour rejoindre le réseau Sentinelle et contribuer à ce dispositif de prévention essentiel dans le monde agricole.
Identifier les signaux d’alerte
Pour le comptable, les signaux d’alerte apparaissent souvent via la rentabilité et la solvabilité de l’exploitation. « Grâce à notre proximité et aux chiffres, nous pouvons détecter les situations critiques », précise Xavier Bozec.
« Il s’agit d’un premier niveau d’alerte. Le rendez-vous de clôture, qui a lieu dans la majorité des cas sur l’exploitation, est de ce point de vue essentiel car il s’effectue en face à face. Nous partageons l’alerte avec le correspondant local de la MSA, qui va déterminer le degré d’urgence et identifier les bons interlocuteurs », explique-t-il.
Un premier signal d’alerte peut, par exemple, être une comptabilité tenue irrégulièrement. « Nous sommes souples, mais nous nous devons d’être vigilants pour identifier le plus tôt possible un besoin d’accompagnement, car il est alors plus facile de mettre en place des solutions viables », ajoute-t-il.
Des solutions adaptées
« Dans nos réseaux, nous avons également des coachs qui accompagnent l’exploitant dans la révision de sa stratégie ou la restructuration de ses dettes. Puis, si besoin, nous l’aidons à dialoguer avec la banque », complète Xavier Bozec. L’idée est de soutenir l’adhérent à la hauteur de son projet et de son ambition.
« Identifier le plus tôt possible un besoin d’accompagnement est essentiel : plus on agit tôt, plus il est facile de mettre en place des solutions viables. »
Prévenir plutôt que guérir
Au niveau des chambres d’agriculture, les cellules « Réagir » rassemblent plusieurs intervenants, de la MSA aux comptables, en passant par les banques, la Safer, voire les coopératives. « Si l’exploitant est volontaire, la cellule va l’aider à identifier des solutions après un diagnostic et l’établissement d’un prévisionnel », complète le dirigeant. Pour une écoute rapide, les exploitants peuvent également contacter la MSA au 09 69 39 29 19 (numéro Agri’écoute).
Pour prévenir ces situations difficiles, l’élaboration d’un prévisionnel, suivi année après année, permet de vérifier la trajectoire de l’exploitation et de corriger rapidement tout écart. « Calculer son seuil de commercialisation y contribue, or moins de 20 % des agriculteurs le connaissent. Pourtant c’est une référence incontournable, au-delà de la marge et du coût de production, car il tient compte des prélèvements privés et des annuités à payer », précise celui qui le construit depuis une quinzaine d’années à l’échelle du département. « Il faut calculer ce seuil de commercialisation pour sa propre situation, culture par culture, surtout alors que les fluctuations de prix sont de plus en plus importantes », alerte-t-il.
Le comptable aide également à se conformer aux nouvelles obligations, comme la facture électronique. Toutes les exploitations doivent être prêtes à la recevoir dès le 1er septembre prochain. L’impact d’une non-conformité n’est pas neutre : un retard peut ralentir le flux financier et entraîner des sanctions. Heureusement, il existe des solutions, y compris pour les profils peu digitaux ou implantés en zones blanches.
En savoir plus : as77.fr
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