#StopAdventices  : un diagnostic « terrain » du ray-grass et du vulpin

Une vaste étude conduite dans le cadre du projet GRAMICIBLE met en évidence combien le ray-grass et le vulpin sont problématiques sur l’ensemble du territoire. Divers facteurs expliquent les situations observées. 

Malgré une forte pression des graminées adventices (à droite), combiner les leviers permet de diminuer l’infestation (à gauche).
Malgré une forte pression des graminées adventices (à droite), combiner les leviers permet de diminuer l’infestation (à gauche). © D. Gaudillat - Arvalis

Une enquête réalisée auprès de plus de 80 structures d’acteurs locaux sur 2024-2025 met en évidence la présence de ray-grass sur l’ensemble du territoire. Les vulpins restent surtout un problème dans l’est et le nord-est de la France, bien que présents dans d’autres régions. Cette enquête, menée dans le cadre du projet GRAMICIBLE1, montre que le ray-grass est capable de se développer dans des situations pédoclimatiques variées, et lève tout au long de l’année. Le vulpin présente quant à lui une levée majoritairement automnale.

72 % des agriculteurs enquêtés ont des problèmes 

Une enquête nationale en ligne a été menée entre janvier et mars 2025, et a mobilisé 1398 agriculteurs répondants. Les témoignages recueillis illustrent et corroborent les informations issues des diagnostics nationaux. 

  • 72 % des répondants ont des problèmes de désherbage avec impact sur leur production. Parmi eux, 81 % estiment que la situation se dégrade.
  • Le ray-grass et le vulpin dominent en tant qu’espèces problématiques, avec 55,3 % des mentions.
  • 85 % des répondants reconnaissent un problème de graminées d’automne résistantes, par ressenti (63 %) ou confirmé par des tests (22 %). Attention cependant à l’écart entre la perception, souvent surestimée, et les données mesurées.

Il convient de modérer l’impact de l’enquête, puisque la diffusion en ligne a favorisé les répondants déjà sensibilisés à la problématique, sous-représentant les agriculteurs moins informés. L’échantillon présente une forte représentation des zones agricoles à dominante céréalière, et par conséquent une majorité de systèmes de production en grandes cultures (78 %) par rapport à la polyculture-élevage (21 %).

Les zones à ray-grass d’une part, et les zones à vulpin d’autre part, tendent à se développer à travers le territoire, tout comme les zones mixtes de ces deux espèces, complexifiant leur gestion (figure 1).

Carte des graminées automnales problématiques
Figure 1 >>> Carte des graminées automnales problématiques.

Une dégradation liée aux résistances, aux rotations et au climat

Une forte disparité entre les régions ressort des données collectées (figure 2). Le centre de la France ainsi que le sud semblent être des foyers historiques de graminées automnales, avec des problématiques remontant à plus de 15 ans. À l’inverse, des zones encore récemment indemnes voient leur situation se dégrader, d’après les remontées terrain. 

Carte de perception d’ancienneté de la situation ray-grass/vulpin
Figure 2 >>> Carte de perception d’ancienneté de la situation ray-grass/vulpin.

La gestion des graminées automnales se dégrade en raison de plusieurs facteurs. Les trois principales causes de risque citées par les organismes interrogés (coopératives, chambres d’agriculture, négoces, instituts) sont : 

  • Le développement des résistances aux herbicides, associé à la réduction du nombre de substances actives autorisées sur le marché. Les herbicides antigraminées contenant des substances actives appartenant aux groupes HRAC 1 ou 2 sont très touchés par ce phénomène, ce qui a conduit de nombreux secteurs à basculer en herbicides d’automne, sur céréales à paille par exemple. Des cartes de résistance sont en cours d’élaboration.
  • Des rotations culturales courtes qui entrainent un manque de diversité des modes d’action herbicides dans les cultures, favorisant certaines adventices et donc une augmentation des stocks semenciers.
  • Des conditions climatiques difficiles, compliquant les interventions chimiques ou mécaniques, avec des fenêtres d’intervention plus ou moins restreintes selon les années et les contextes pédoclimatiques. Ce facteur ressort d’autant plus dans les diagnostics que les campagnes 2023-2024 et 2024-2025 ont été globalement compliquées.

Ces facteurs sont d’autant plus impactant dans des situations à contraintes naturelles fortes. 

Les sols argileux et les limons hydromorphes posent ainsi des difficultés pour travailler au bon moment, du fait de leur sensibilité à l’humidité. Le mauvais drainage de certaines parcelles, couplé à l’interdiction de l’utilisation de certaines substances actives, réduit encore les marges de manœuvre. 

L’absence d’irrigation (ou des restrictions) limite la diversification, en particulier en sols superficiels. Les rotations sans cultures de printemps ou d’été aggravent les situations. Les rotations courtes réduisent les opportunités en interculture. Elles restreignent aussi l’accès aux molécules herbicides. 

Une nuisibilité en cascade

La présence de graminées dans une parcelle entraîne une certaine nuisibilité pour la culture en place. En effet, les adventices rentrent en concurrence pour les ressources disponibles (eau, éléments nutritifs, lumière), ce qui impacte plus ou moins fortement la production selon l’espèce concernée : de quelques quintaux à plus de 60 q/ha sur blé et maïs, et plus de 25 q/ha sur colza. Si les baisses de rendements sont indéniables, des études sont en cours pour tenter de déterminer plus précisément cette nuisibilité primaire directe. De plus, des difficultés à la récolte peuvent largement augmenter la pénibilité du travail. La dégradation du produit récolté (qualité sanitaire, impuretés…) génère également une nuisibilité primaire indirecte qui a un impact négatif sur le revenu final. Enfin, la nuisibilité secondaire (augmentation du stock semencier) risque de se répercuter sur les cultures suivantes, impactant également le potentiel de production et la valeur patrimoniale des parcelles.

Le manque de temps, un facteur aggravant fréquemment cité

Plusieurs autres facteurs contribuent à l’aggravation de la problématique actuelle. Sont cités notamment :

  • L’agrandissement des exploitations.
  • La simplification des pratiques agricoles.
  • La réduction du travail du sol : les systèmes sans labour sont généralement plus exposés aux impasses, notamment lorsqu’aucun travail du sol n’est effectué, réduisant les leviers mécaniques disponibles pour gérer les adventices.
  • Un entretien insuffisant du matériel (nettoyage des moissonneuses batteuses).
  • Le manque de temps : il a été cité de nombreuses fois lors des entretiens. Il peut être une conséquence des agrandissements et/ou à l’origine de la simplification des pratiques et de la réduction du travail du sol. Certains organismes observent une augmentation du pourcentage de double-actifs, tandis que d’autres signalent au contraire leur disparition progressive, signe d’une modification de l’organisation du temps de travail. Par ailleurs, certaines exploitations sont désormais entièrement gérées par des prestataires. Ces phénomènes sont amplifiés par une main-d’œuvre agricole qui tend à se raréfier.

Ces différents facteurs concourent à l’apparition de véritables situations d’impasse sur certaines parcelles, où les marges de manœuvre agronomiques, techniques ou réglementaires sont devenues extrêmement limitées. 

1. GRAMICIBLE est un projet PARSADA, financé par le ministère de l’Agriculture, porté par Arvalis, avec comme partenaires : Acta, Centre Français du Riz, Chambre d’Agriculture France, Contrat de solutions, les EPLEFPA Chalons en Champagne et Chartres-La Saussaye, Agrocampus 47, FNAMS, Fédération du Négoce Agricole, FRANCOPIA, Inov3PT, INRAE, ITB, La coopération agricole Métiers du Grain, La coopération agricole–Luzerne de France, Terres Inovia et UNILET. La responsabilité du Ministère chargé de l’agriculture ne saurait être engagée.

Les leviers mobilisables sont nombreux

Alors que la problématique ray-grass/vulpin touche désormais quasiment tout le territoire français, quels sont les leviers mis en œuvre par les agriculteurs ?

Les pratiques complémentaires à la lutte chimique sont des leviers agronomiques qui, s’ils sont bien combinés, permettent de limiter le développement des graminées. Chaque levier pris individuellement, y compris le désherbage chimique, ne permet pas un contrôle suffisant sur les parcelles problématiques. Plus l’enherbement est important, plus il faut les associer et les mobiliser ensemble pour aboutir à un résultat satisfaisant et durable.

L’utilisation combinée de ces différents leviers (figure 3) contribue dans un premier temps à prévenir l’installation de situations problématiques, mais aussi à gérer et à limiter une pression graminée déjà importante. Selon les organismes, leur niveau de déploiement varie selon les régions.

Niveau de déploiement des pratiques complémentaires à la lutte chimique
Figure 3 >>> Niveau de déploiement des pratiques complémentaires à la lutte chimique.

Et en résumé

Le projet GRAMICIBLE révèle que le ray-grass se développe sur tout le territoire français, tandis que le vulpin reste surtout dans l’est et le nord-est. La gestion des graminées automnales se complique face aux résistances aux herbicides, aux rotations courtes et aux conditions climatiques difficiles, créant des situations d’impasse sur certaines parcelles.

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