Enquête « Pratiques culturales » : quelles tendances sur la conduite du colza en 2024 ?

La dernière enquête de Terres Inovia est révélatrice des évolutions de pratiques culturales sur colza d’hiver. Parmi les tendances qui dénotent, citons notamment le développement des mesures préventives contre les risques liés aux insectes, et des évolutions dans les applications herbicides.

Tous les deux ans Terres Inovia réalise une enquête sur les pratiques culturales du colza d’hiver dont les résultats permettent de comparer les pratiques dans les principaux bassins de production, et de suivre leurs évolutions au cours du temps.

Tous les deux ans Terres Inovia réalise une enquête sur les pratiques culturales du colza d’hiver dont les résultats permettent de comparer les pratiques dans les principaux bassins de production, et de suivre leurs évolutions au cours du temps.

La campagne 2023-2024 a été caractérisée par des pluies importantes rendant certaines parcelles impraticables, limitant les interventions et provoquant des pertes de rendements parfois conséquentes. Elle a également été marquée par des épisodes de températures plus élevées que la moyenne qui ont influencé le développement de la culture de colza. Quels impacts ces conditions ont-elles eu sur les pratiques culturales et quelles sont les tendances qui se dessinent ? C’est ce que Terres Inovia a cherché à savoir en 2024 à travers son enquête bisanuelle sur les pratiques culturales.

Les données ont été collectées à l’échelle de la parcelle via un questionnaire en ligne avec réponse volontaire des producteurs de colza.

En 2024, les 1181 réponses couvrent bien les principaux bassins de production de colza (figure 1). 66 % des répondants sont exploitants en grandes cultures, 32 % en polyculture-élevage. Dans cet échantillon, la part du colza dans la SAU des exploitations varie de 11 % en AURA à 19 % en Centre–Île-de-France. Les parcelles enquêtées sont principalement en sol limon argileux (43 % des parcelles) ou argilo-calcaire (22 %), sur des sols moyennement profonds (42 %), superficiels (41 %) ou profonds (17 %). Dans les parcelles enquêtées, le colza s’insère dans une rotation triennale pour 53 % ha1 et il est principalement précédé d’un blé tendre (44 % ha) ou d’une orge d’hiver (41 % ha).

Enquête 2024 : l’échantillon couvre bien les principaux bassins de production
Figure 1 >>> Enquête 2024 : l’échantillon couvre bien les principaux bassins de production. Bassins de production du colza et localisation des parcelles enquêtées en 2024. Source : Terres Inovia

Le travail du sol profond progresse

Le labour avant le semis, en nette baisse tendancielle sur les quatre dernières enquêtes, représente 16 % des ha de colza en 2024, contre 31 % en 2018. Cette évolution s’est faite au profit du travail du sol sans labour, à une profondeur supérieure à 15 centimètres. Ce type de travail du sol avant colza est donc en augmentation, avec 83 % des ha concernés en 2024 contre 66 % en 2018. Le travail du sol inférieur à 15 centimètres (hors rouleau et outil combiné au semoir) est stable sur les dernières années d’enquête. Le strip-till  est pratiqué sur moins de 5 % de la sole de colza et le semis direct sur 5 %. Les dates de semis médianes du colza s’échelonnent du 16 août dans le bassin Est au 30 août dans le bassin Sud (tableau 1).

Colza : des dates de semis de plus en plus précoces
Tableau 1 >>> Colza : des dates de semis de plus en plus précoces. Date médiane de semis du colza par bassin de production et par année d’enquête.

Un fort renouvellement variétal

Le semoir à céréales prédomine au niveau national (63 % ha) dans tous les bassins à l’exception du bassin Sud, où le semoir monograine couvre 77 % des surfaces. L’utilisation de semences certifiées augmente sur les quatre dernières enquêtes et atteint près de 88 % en 2023-2024 contre 75 % en 2017-2018, allant de pair avec la progression des variétés hybrides au détriment des lignées.

À l’échelle nationale, les cinq variétés les plus citées sont (dans l’ordre décroissant) : LG Austin, LG Aviron, Helypse, KWS Arianos, Feliciano KWS. Trois d’entre elles figuraient déjà dans le top 5 en 2022 (LG Aviron, LG Austin, Feliciano KWS). En revanche, aucune n’était présente dans le top 5 des enquêtes 2020 et 2018, ce qui témoigne d’un fort renouvellement variétal en colza. La qualité de la levée, indispensable pour obtenir un colza robuste, a été jugée bonne sur 80 % des hectares de colza.

En 2023-24, le colza « associé » représente 16 % ha. C’est légèrement moins qu’en 2019-20 et 2021-22 où il représentait près de 20 % ha. Cette pratique est la plus répandue dans le bassin Est (près de 21 % ha) à l’opposé du bassin AURA (près de 12 % ha). Le premier objectif recherché par les agriculteurs mettant en place du colza associé est la lutte contre les insectes (78 % ha de colza associé), suivi de la couverture du sol (56 % ha de colza associé) et de l’économie d’azote (54 % ha de colza associé).

En matière de désherbage, les difficultés à contrôler le ray-grass ou le vulpin ressortent nettement dans l’enquête. Le chardon, la matricaire et le géranium sont également cités par les agriculteurs comme adventices problématiques mais les graminées constituent désormais les préoccupations principales. Les applications d’antigraminées racinaires (type Kerb Flo) sont en augmentation sur les quatre années d’enquête (64 % ha en 2024 contre 50 % ha en 2018).

Les herbicides de postlevée (type Mozzar / Belkar) concernaient 22 % ha en 2020 et ont atteint 35 % ha en 2024. Les parcelles enquêtées sont néanmoins jugées plutôt propres après le désherbage sur près de 89 % des hectares (5 points de moins qu’en 2022). Ce chiffre varie de 75 % en AURA à 95 % en Normandie. Le bassin Centre–Île-de-France est celui qui présente les coûts herbicides estimés les plus élevés (31 % ha à plus de 130 €/ha) à l’inverse du bassin Bretagne / Pays de la Loire (4 % ha à plus de 130 €/ha).

Des adaptations pour limiter les risques liés aux insectes

Afin de réduire les risques liés aux insectes, les agriculteurs adoptent des mesures préventives : semis précoce (47 % ha), choix d’une variété à forte vigueur (46 % ha), fertilisation au semis et en début de cycle (42 % ha). Ces pratiques sont désormais amplement recommandées dans le cadre de l’approche « colza robuste ». L’utilisation d’un mélange variétal avec faible proportion de variété précoce « piège à méligèthes » concerne 28 % ha (+ 1 % vs 2022).

Dans le cadre du raisonnement de la protection phytosanitaire, 66 % des répondants disent avoir au moins une cuvette jaune sur l’exploitation et 29 % des agriculteurs réalisent un test Berlèse afin d’estimer précisément le nombre de larves d’altises. À l’automne, le nombre moyen de traitements insecticides varie de 1,1 (Bretagne / Pays de la Loire) à 1,9 (Est). Les principaux ravageurs d’automne ciblés sont les petites altises (51 % ha), les grosses altises (41 % ha) et le charançon du bourgeon terminal (36 % ha). Au printemps, le nombre moyen de traitements insecticides varie de 0,7 en Bretagne / Pays de la Loire à 1,8 dans le bassin Sud. Les principaux ravageurs de printemps ciblés sont le charançon de la tige (58 % ha), le méligèthe (34 % ha) et le charançon des siliques (22,4 % ha). 78 % des agriculteurs disent avoir adapté leur stratégie insecticide en fonction de la vigueur de leur colza.

En lien hautement probable avec les conditions humides de l’année, on constate une légère augmentation du nombre moyen de traitements fongicides appliqués en colza (1,5 en 2024 ; 1,4 en 2022 ; 1,2 en 2020 ; 1,3 en 2018). À l’échelle nationale, le Sclérotinia reste la première cible des traitements fongicides sauf dans le bassin Sud où l’oïdium prédomine. À noter cette année, une augmentation des traitements contre Mycosphaerella. Les applications de régulateurs de croissance à l’automne ont également progressé (16 % en 2024 contre 9 % ha en 2022) sûrement en lien avec les températures anormalement élevées de la fin d’été qui ont favorisé le développement rapide de la culture.

Des biomasses plus élevées en 2024

Comme sur les précédentes enquêtes, la moitié des surfaces de colza est fertilisée par un apport de produit organique. Cette proportion est plus élevée en Bretagne / Pays de la Loire (77 % ha) que dans le bassin Sud (20 % ha). Afin de raisonner la fertilisation en azote minéral, la biomasse du colza est estimée par pesée sur 36 % des hectares, par satellite ou drone sur 26 %, visuellement sur 25 %. La dose minérale apportée en sortie hiver est répartie en 2 apports sur 60 % ha et en 3 apports sur 25 % ha.

En 2024, les biomasses étaient plus élevées que la tendance pluriannuelle : en conséquence, les doses étaient  légèrement plus faibles. Quand il n’y a pas eu d’apport de produit organique à l’été, la dose médiane d’azote minéral apportée au printemps varie de 130 unités en Bretagne / nord Pays de la Loire à 180 unités dans le bassin Nord. Quand il y en a eu en revanche, cette dose varie de 80 unités en Bretagne / nord Pays de la Loire à 160 unités dans les bassins Nord, Nord / Est et Centre–Île-de-France.

La date de récolte moyenne en 2024 est le 14 juillet. C’est plus tardif de 4 à 6 jours selon les bassins que lors des précédentes enquêtes. Le rendement moyen des parcelles enquêtées est de 32,3 q/ha. Il varie de 26,5 q/ha en Bretagne / nord Pays de la Loire jusqu’à 35,6 q/ha dans le bassin Nord. En 2024, sans surprise, l’excès d’eau et les maladies sont les deux facteurs limitants les plus cités par les producteurs répondants, avec respectivement 76 % ha et 23 % ha.

(1) Les données sont exprimées en pourcentage des surfaces avec une double pondération (une sur la surface en colza du bassin où se situe la parcelle pour les valeurs nationales et une sur la surface totale de l’espèce sur l’exploitation pour les valeurs par bassin de production).

 

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