6 étapes clés pour lutter contre l’ergot sur céréales à paille
Si l’ergot n’impacte que peu les rendements des céréales, son impact économique peut être lourd. Sa présence est strictement encadrée au niveau européen du fait de sa toxicité. Une bonne maîtrise des facteurs limitant la propagation du champignon permet de sécuriser la qualité sanitaire de ses récoltes.
L’ergot (Claviceps purpurea) est un champignon parasite des graminées, dont les sclérotes produisent des toxines de la famille des alcaloïdes, dangereuses dans l’alimentation humaine et animale. En conséquence, la présence de sclérotes dans les céréales brutes et la teneur en alcaloïdes dans les aliments sont strictement encadrées au niveau européen pour éviter toute intoxication. Des lots de céréales non conformes doivent ainsi être traités et/ou déclassés, voire même refusés par les collecteurs, toujours plus attentifs à ce risque sanitaire. Les pertes financières ne sont pas négligeables. Pour limiter les risques, plusieurs leviers d’action existent.
À ce jour, aucun traitement phytosanitaire n’est homologué au champ pour lutter contre l’ergot lorsqu’il infecte les fleurs des graminées. Sa gestion repose donc exclusivement sur des mesures agronomiques qui préviendront son apparition ou limiteront une réapparition. Cette lutte doit être menée de façon rigoureuse et sur le long terme, étant donné que le développement de l’ergot dépend des conditions météorologiques et que sa détection au champ est difficile.
1. Connaître les conditions favorables à la maladie
Certaines conditions météorologiques favorisent l’apparition de l’ergot. C’est le cas d’un printemps humide, avec des températures douces. Ces conditions sont nécessaires à la germination des sclérotes tombés au sol, puis à la libération des ascospores. Les accidents de fécondation, avec des épillets qui « baillent » dans l’attente d’une fécondation, augmentent également les risques. Il n’est pas possible d’intervenir sur ces facteurs mais il est indispensable de repérer les situations favorisant une contamination.
De réels dangers pour la santé humaine et animale
Les alcaloïdes produits par l’ergot des céréales sont particulièrement toxiques pour les humains et les animaux. Ainsi, l’ingestion d’aliments contaminés peut provoquer l’ergotisme chez l’homme, maladie connue depuis le Moyen Âge. Dans les cas d’intoxications aiguës les plus graves, la mort peut survenir en quelques heures. En revanche, de faibles doses entraînent des symptômes plus discrets tels que des migraines ou des troubles hormonaux notamment.
Les animaux sont exposés en consommant directement des grains ou fourrages contaminés. Même à faible dose, des symptômes se déclarent, variables selon les espèces, impactant la production. Par exemple, les bovins peuvent présenter une baisse de production laitière, des boiteries, des nécroses des extrémités ainsi que des problèmes de fertilité et des avortements. Les volailles, quant à elles, voient leurs pontes diminuer.
2. Apprendre à la repérer au champ
Une étude menée par Arvalis a révélé que seuls 7 % des agriculteurs participants ont identifié visuellement la présence du champignon dans le champ à de faibles taux de contamination (inférieures à 0,1 g/kg). Pour des contaminations supérieures au seuil réglementaire de 0,2 g/kg, 41 % des agriculteurs ne les ont pas identifiées non plus1.
Les symptômes apparaissent seulement sur les épis, avec la formation entre les glumelles d’une masse blanchâtre qui devient noire violacée : c’est le sclérote. Celui-ci, une fois découpé, présente une couleur blanc violacé, dont la taille varie selon la plante-hôte. Sur seigle, le sclérote dépasse nettement de l’épi, ce qui vaut à la maladie son nom d’ergot. Mais ce n’est pas systématique ; en blé, par exemple, les sclérotes ont souvent la même forme et la même taille (généralement 1 à 2 cm) que les grains.
3. Éviter d’introduire la maladie dans la parcelle
Le premier levier consiste à limiter l’introduction du champignon dans la parcelle. Il repose sur l’utilisation de semences certifiées ou de semences de ferme indemnes de sclérotes. Aucun traitement de semences n’est autorisé contre l’ergot.
Les graminées présentes en bordure de champ constituent également un vecteur de propagation. La dispersion des spores pouvant atteindre 20 mètres, un fauchage des bordures en début de floraison permet de réduire significativement ce risque. C’est en effet à cette période que les spores émises par les sclérotes pénètrent dans les graminées via les fleurs. Cette intervention doit toutefois rester compatible avec la réglementation en vigueur.
La présence d’ergot et d’alcaloïdes réglementée au niveau européen
- Étant donné sa toxicité, la teneur maximale en ergot (sclérotes) dans les céréales destinées à l’alimentation humaine est strictement encadrée au niveau européen (règlement (UE) 2023/915, modifié notamment par le règlement (UE) 2024/1808). Elle est fixée à 0,2 g/kg pour les céréales brutes (excepté maïs et riz). Les procédés de transformation ne font pas disparaître les alcaloïdes. C’est pourquoi le règlement prévoit aussi des teneurs maximales applicables à la somme des 12 alcaloïdes de l’ergot pour les produits transformés. Celles-ci sont variables selon les catégories d’aliments ; certains seuils sont susceptibles d’évoluer au 1er juillet 2028.
- Les céréales non moulues destinées à la consommation animale voient également leur teneur maximale en ergot du seigle plafonnée à 1 g/kg (directive 2002/32/CE).
- Concernant les lots de semences, la directive 66/402/CEE fixe une tolérance de :
- 3 sclérotes (ou fragments) pour 500 g de semences certifiées
- 1 sclérote (ou fragment) pour 500 g de semences de base.
4. Éviter de multiplier l’inoculum
Le second niveau d’action vise à limiter la multiplication de l’inoculum. Deux leviers sont déterminants : le désherbage et le travail du sol.
Les graminées adventices, en particulier le vulpin et le ray-gras, constituent des réservoirs de contamination. Leur maîtrise passe par un désherbage rigoureux, en céréales comme en cultures non hôtes. Des travaux menés par Arvalis montrent que, en l’absence de désherbage, le risque de contamination d’une récolte de blé par l’ergot est multiplié par sept.
5. Enfouir les sclérotes
Lorsque la présence d’ergot a été constatée, un labour ou un déchaumage profond doit être envisagé dès la campagne suivante. L’objectif est d’enfouir les sclérotes à plus de 10 cm afin de limiter leur capacité de développement au printemps. Cette pratique permet de réduire d’environ 85 % le potentiel infectieux.
Les sclérotes restant viables dans le sol pendant un à deux ans, un nouveau labour l’année suivante risquerait de les ramener en surface. Un travail superficiel du sol est alors préférable la seconde année.
La gestion de l’ergot est multifactorielle. La mise en œuvre des différents leviers est indispensable pour gérer les contaminations.
6. Agir sur la rotation en cas de risques
Quand la maladie est apparue sur une parcelle, il importe d’agir sur la rotation pour éviter son retour ou son développement. L’idéal est évidemment d’éviter pendant au moins deux ans d’implanter des céréales à paille sur la parcelle en optant pour des cultures non-hôtes. Et ce, surtout si le sol n’est pas labouré ou peu travaillé, comme en agriculture de conservation des sols.
Pour être pleinement efficace, la rotation doit s’accompagner d’une stratégie de désherbage ciblée sur les graminées, afin d’éliminer toute plante hôte potentielle.
Lorsque la modification de la rotation s’avère difficile, le choix de l’espèce devient déterminant. En situation à risque, le blé, l’orge ou l’avoine sont à privilégier. Par contre, on évitera le seigle et le triticale. Des essais conduits par Arvalis, en partenariat avec l’obtenteur Momont, sur des variétés de seigle ont montré que les hybrides possédant le gène Rfp1 sont moins contaminés que les autres hybrides.
1. 788 parcelles d’agriculteurs toutes cultures, avec présence d’ergot dans l’échantillon entre 2015 et 2024.
La gestion de l’ergot des céréales repose sur une combinaison de leviers agronomiques à long terme : utilisation de semences indemnes, maîtrise des graminées adventices, fauchage des bordures, travail du sol pour enfouir les sclérotes et adaptation de la rotation. Une approche rigoureuse est indispensable pour limiter des risques sanitaires et économiques réels.
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