Les « Intercultures Pièges Pilotées » font leurs preuves pour réduire les populations d'altises
Le développement des résistances aux insecticides, combiné à des conditions d’implantation et de croissance automnale souvent difficiles, compliquent la protection du colza. En test depuis 2019, les « Intercultures Pièges Pilotées » se montrent intéressantes pour maîtriser les populations de grosse altise et de charançon du bourgeon terminal.
Sommaire du dossier :
• Résistances aux insecticides : les contours du Plan de sortie du phosmet
• L’implantation, une phase cruciale pour obtenir un colza robuste
• Interview croisée : face aux altises, la recherche de variétés alliant tolérance et productivité
• Altises : 70 essais confirment l’absence d’effet significatif des variétés « pièges »
• Les « Intercultures Pièges Pilotées » font leurs preuves pour réduire les populations d'altises
• Interview croisée : écologie chimique, quelles perspectives sur la grosse altise ?
• Contre la grosse altise : le biocontrôle à l’épreuve du terrain
• Nutrition azotée à l’automne : quel intérêt, et quelles précautions à prendre ?
• Gestion des insectes ravageurs : le vrai défi, c’est l’adoption des leviers
Si la conduite des colzas robustes permet de limiter les dégâts de grosses altises et de charançons du bourgeon terminal lorsque les conditions d’implantation sont favorables, il manque aujourd’hui un levier pour limiter les dégâts d’adultes de grosses altises lorsque les conditions d’implantation sont défavorables. Dans les zones où ces insectes ont le gène de résistance Super KDR, aucun insecticide n’est aujourd’hui disponible, puisque le Minecto Gold est réservé à la lutte contre les larves de grosse altise. Et encore, à condition de pouvoir le justifier par la réalisation d’un test Berlese. La technique des « Intercultures Pièges Pilotées », en plus de réduire les populations d’altises colonisant les parcelles à l’automne, permet de réduire les populations sur le long terme.
Diluer la pression grâce aux intercultures
Dans le cadre du projet R2D2 de 2019 à 2025, puis du projet Concerto depuis 2025, cette démarche appelée « Intercultures Pièges Pilotées » (IPP) est mise en œuvre par un groupe d’agriculteurs de l’Yonne. Leur idée ? Utiliser les parcelles d’interculture pour augmenter la surface attractive pour les adultes, et ainsi diluer leur présence dans le paysage. Le principe est le suivant : lorsque la grosse altise sort de sa période d’estive, à partir de mi-septembre, elle recherche de quoi se nourrir et se reproduire. Les populations se concentrent alors sur les parcelles de colza, provoquant des dégâts importants, surtout si les plantes sont peu développées ou si les populations sont trop élevées. Avec les IPP, les surfaces de couverts végétaux comportant des espèces attractives permettent de diluer la pression des insectes sur un territoire plus vaste. Elles diminuent ainsi les populations de ravageurs qui iront dans le colza (figure 1).
Figure 1 Illustration du concept des « Intercultures Pièges Pilotées »
L’intérêt de cette méthode repose sur le comportement de la grosse altise. Au moment des vols, les insectes sont à la recherche de crucifères pour s’alimenter et pour pondre. Une fois installée dans les parcelles, les muscles des ailes s’atrophient et les altises perdent leur capacité à voler, ce qui limite leurs déplacements. Ainsi, une femelle qui atterrit dans une IPP aura peu de chances de rejoindre ensuite une parcelle de colza voisine. La stratégie consiste ensuite à détruire les couverts d’interculture en entrée d’hiver, ce qui permet de détruire les larves d’altises et réduire les populations de ravageurs qui coloniseront les parcelles l’année suivante.
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Couverts d’interculture : comment choisir des espèces adaptées
Pour améliorer cette technique, les agriculteurs du projet R2D2 ont testé différentes espèces de crucifères afin d’identifier les plus attractives. Le radis chinois et la navette se sont révélés particulièrement efficaces. Toutefois, plusieurs questions restaient ouvertes : quelle densité optimale de crucifères attractives utiliser ? Quelle date de semis adopter par rapport au colza ? Comment détruire efficacement les IPP afin d’éviter une augmentation des émergences de grosses altises et de charançons du bourgeon terminal au printemps suivant ? Quel ratio de surface entre colza et interculture faut-il rechercher ?
Un optimum de 20-25 pieds par m2 de crucifères
Afin de répondre à ces interrogations, le projet Adaptacol2, piloté par Terres Inovia en partenariat avec des coopératives, négoces et Chambres d’agriculture, a conduit des expérimentations entre 2022 et 2025. Les résultats montrent qu’un semis de 20-25 pieds de crucifères attractives par mètre carré est à rechercher. Dans le cas du radis chinois, le stade de développement est également déterminant : il faut éviter qu’il soit trop développé par rapport au colza afin de conserver une attractivité suffisante. C’est pourquoi il est conseillé de semer le colza et les intercultures à la même période. Sur le plan économique, cette technique reste peu coûteuse. L’ajustement des densités de semis du couvert et des crucifères entraîne un surcoût limité, estimé entre 1 et 3 € par hectare. Concernant le ratio entre colza et les IPP, plus la surface dédiée aux intercultures est importante, plus la probabilité de piéger des adultes est élevée.
« En jouant sur l’attractivité des crucifères en interculture, il est possible de capter jusqu’à 77 % des altises adultes. »
En moyenne sur le réseau Adaptacol2, 29 % des altises sont capturées dans l’interculture (en contexte pas toujours optimisé) mais cette valeur est très variable. En effet, entre 2022 et 2025, le niveau de captures dans l’interculture peut monter jusqu’à 77 % selon le respect des critères de réussite. À l’automne 2025, sur le territoire du projet CONCERTO, la stratégie a été mise en place avec un objectif de peuplement en crucifères « pièges » atteint et une surface en IPP équivalente au colza. 47 % des altises ont ainsi été détournés vers les IPP.
Une autre interrogation porte sur le risque d’augmentation des émergences d’adultes au printemps suivant en provenance des parcelles IPP. Les expérimentations de Terres Inovia ont démontré qu’une destruction avant le 15 décembre, de préférence mécanique, permettait de réduire la présence d’adultes au printemps de 90 % pour les grosses altises et de 97 % pour les charançons du bourgeon terminal. Cette destruction entraine en effet une rupture dans le cycle de développement des insectes.
Une technique à développer à l’échelle territoriale
Cette technique présente des résultats encourageants. Mais pour être pleinement efficace, elle nécessite une véritable logique territoriale fondée sur des actions concertées et coordonnées entre agriculteurs afin de maximiser les surfaces en IPP. Les différences de résultats observées montrent également l’importance d’autres facteurs comme la structure du paysage, les niveaux de populations de grosse altise et charançon du bourgeon terminal, ou encore la proximité des parcelles de colza cultivées l’année précédente.
Finalement, les freins à cette technique sont peu nombreux (obligation de couvrir les sols, coût acceptable, conditions de destruction conformes aux pratiques habituelles), ce qui milite pour son développement dans les situations où l’utilisation des crucifères en interculture est possible.
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