L’interculture pour venir à bout des chardons
Pour gérer les chardons en végétation, c’est un peu tard une fois le mois de juillet entamé. Mais profiter de l’interculture ne sera pas de trop pour s’en débarrasser. Les déchaumages répétés s’avèrent la meilleure stratégie de lutte.
La maitrise des chardons doit associer luttes mécanique et chimique.
Comme de nombreuses vivaces, le chardon constitue des réserves racinaires jusqu’à la fin de l’été afin de passer l’automne et l’hiver. En sortie d’hiver, ses réserves sont au plus bas, puis à nouveau à la fin du printemps jusqu’au début de l’été pendant la production de graines. L’après-moisson est le meilleur moment pour intervenir avant l’entrée en dormance du chardon en novembre.
L’un des facteurs clés dans la gestion du chardon est l’utilisation d’outils de travail du sol permettant de travailler en plein, afin d’épuiser les pousses souterraines des chardons. Avec des outils ne permettant pas un recouvrement suffisant, certains drageons passent au travers du travail du sol et poursuivent alors leur expansion.
Attention aux dates de fauche
Trois à quatre interventions à 6-10 cm de profondeur au stade « 5-8 feuilles » du chardon avec des outils qui sectionneront les organes végétatifs et permettront d’épuiser la vivace. Un temps sec après le travail du sol optimisera l’efficacité.
Cependant, la lutte mécanique n’est pas aisée sur cette adventice. La biologie du chardon limite l’efficacité du labour : ses organes souterrains sont implantés profondément dans le sol. La fauche des pousses n’est efficace que si elle est réalisée après le stade « boutons floraux », en empêchant la montée à graine. Attention, avant ce stade, une fauche sera préjudiciable : elle provoquera une levée de la dominance apicale, engendrant l’émergence d’une multitude de plantules issues des bourgeons racinaires. La fauche accélère l’expansion du chardon.
À noter que le semis direct, dans la mesure où il ne perturbe pas le système racinaire, permet aux organes multiplicateurs de s’étendre sans aucun frein.
Le chardon, un colonisateur hors pair
Le chardon (Cirsium arvense) a un pouvoir de dissémination important : il peut produire jusqu’à 1 500 graines par pied, facilement transportées par le vent. Mais, moins de 5 % des chardons sont issus d’une reproduction sexuée. Sa nuisibilité provient principalement d’une reproduction végétative, par la production de drageons (pousses racinaires) et de rhizomes qui lui permettent de rapidement coloniser le milieu. Par exemple, une étude a montré qu’un chardon pouvait coloniser 250 m2 en trois ans par cette voie végétative.
Bâtir une rotation propice aux fenêtres d’interventions
Contre les vivaces, il est important de combiner les méthodes de lutte pour épuiser au maximum ces adventices. Dans ce cadre, la rotation n’est pas un levier très puissant dans la gestion du chardon, à l’exception de la luzerne. Grâce à sa présence sur trois ans et la pratique de fauches, cette légumineuse est une plante d’intérêt, mais elle n’empêche pas la réapparition du chardon après sa destruction. Les cultures de la rotation peuvent cependant être choisies de manière à élargir les possibilités de lutte herbicide et/ou mécanique, comme le binage. Dans ce cadre, un escourgeon semé tôt et récolté également précocement permettra d’intervenir mécaniquement dès le début de l’été.
Quatre prérequis pour des interventions mécaniques efficaces sur chardons
- Intervenir en sortie d’hiver ou fin du printemps/début d’été au stade « 5-8 feuilles » du chardon.
- Utiliser des outils avec le maximum de recouvrement (> 30 %), disposant d’ailettes.
- Intervenir par temps sec et chaud.
- Combiner avec des cultures étouffantes ou permettant d’intervenir au bon moment, comme la luzerne ou l’escourgeon.
Un désherbage mécanique effectué dès les premières apparitions du chardon limitera sa prolifération et donnera les meilleurs résultats.
Quid des applications herbicides ?
La stratégie chimique est un levier supplémentaire. La période optimale pour une application herbicide se situe au stade « 20-30 cm » du chardon (aux environs du stade « 2 nœuds » du blé tendre), qu’il faudra répéter à l’interculture.
À cette période en effet, le chardon, sectionné par la coupe de la moissonneuse, sera reparti en végétation. Cette masse foliaire va faciliter la pénétration du produit dans la plante. Le plus important est d’intervenir sur plusieurs années afin de contrôler durablement l’adventice. Il est possible de rajouter du 2,4 D au glyphosate dans la lutte en interculture, à raison de 750 g/ha. Attention cependant au délai de rentrée avant l’implantation de la culture suivante pour cette substance active.
L’utilisation du glyphosate est évidemment soumise à la réglementation en vigueur. Pour une interculture avant l’implantation d’une culture d’automne, l’application de glyphosate, hors lutte obligatoire, n’est possible que sur une parcelle non labourée et à une dose maximale de 1080 g/ha par an. Avant l’implantation d’une culture de printemps, la même règle s’applique avec une possibilité supplémentaire pour une application d’été ou de début d’automne en parcelle labourée si on est en présence d’un sol hydromorphe.
En végétation, en fonction des cultures, les stades d’application peuvent être différents. Sur blé, le meilleur stade de passage correspond au stade « 2 nœuds » de la céréale avec une spécialité à base de clopyralid (type Chardex ou Effigo par exemple) mais il est possible d’intervenir jusqu’à « Dernière feuille étalée » avec une spécialité à base de metsulfuron ou clopyralid. Sur maïs et sorgho, la lutte se fait jusqu’à la fermeture des rangs (avec une application d’un herbicide à base de clopyralid).
En maïs, les herbicides à base de dérivés auxiniques, type Dicamba, ont une efficacité limitée sur chardons. Ils peuvent être utilisés en plein avant le stade « 6 feuilles » du maïs ou bien en dirigé dans l’inter-rang après « 6 feuilles ».
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